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Grammaire et usage / Régional (Québec)

Particularités grammaticales du Québec (un survol)

Niveaux: B1, B2, C1, C2

Résumé

Le français québécois suit à l'écrit la même grammaire standard que le français européen, mais la langue familière présente un ensemble de traits morphosyntaxiques distinctifs, dont les pronoms renforcés nous autres / vous autres / eux autres, on pour nous, la particule interrogative -tu, le là en fin de phrase, et plusieurs emplois de verbes et de prépositions comme barrer / débarrer.

Explication

Le français québécois n'a pas une grammaire distincte de celle du français européen. À l'écrit et dans la parole soignée, les règles d'accord, de temps, de mode et de structure de phrase sont les règles standards partagées par toute la francophonie, et un journal ou un document administratif québécois se lit, sur le plan grammatical, comme n'importe quel autre en français. Les traits distinctifs décrits ici relèvent très majoritairement du registre familier et oral. Ils sont systématiques et respectés à l'intérieur de la variété, et non des fautes d'inattention, et les locuteurs compétents les emploient ou les évitent selon la situation. Cette fiche propose un survol choisi des traits les plus saillants plutôt qu'une grammaire exhaustive.

Un premier ensemble concerne les pronoms personnels. Les formes disjointes renforcées nous autres, vous autres et eux autres (littéralement nous autres, vous autres, eux autres) sont très courantes comme pronoms toniques ou de thématisation : Nous autres, on reste ici. Elles fonctionnent là où le français standard emploie les pronoms toniques simples nous, vous, eux, et elles s'associent souvent à on comme sujet réel du verbe. L'élément autres est ici figé et ne garde pas son sens habituel d'« autrui » : il ne fait que renforcer le pronom.

Étroitement lié à cela, l'emploi de on pour la première personne du pluriel. Bien que on avec accord à la troisième personne du singulier pour nous soit répandu dans tout le français familier, c'est le sujet courant dominant pour « nous » à l'oral québécois : On s'en va plutôt que le plus lourd nous nous en allons. L'association Nous autres, on… combine le pronom de thème renforcé et on comme sujet grammatical, façon très typique au Québec d'emballer une phrase à la première personne du pluriel. À l'écrit soigné, nous et l'accord complet réapparaissent.

Un deuxième trait majeur est la particule interrogative -tu, qui marque une question fermée en s'attachant au verbe : Tu viens-tu?, C'est-tu loin?, On peut-tu? Ce -tu est un marqueur d'interrogation, et non le pronom « tu », et il s'emploie avec n'importe quel sujet, y compris je, on, ce et les sujets de troisième personne. Il descend de la désinence d'inversion de questions standards comme vient-il? et s'est généralisé en particule figée. Comme il fait l'objet d'un traitement détaillé à part, il n'est ici que résumé, comme l'un des membres de l'ensemble des stratégies interrogatives familières du Québec.

Les particules de discours constituent un autre signe distinctif, le plus marquant étant le là en fin de phrase. Placé à la fin d'une proposition, là adoucit, insiste ou simplement clôt un énoncé, fonctionnant comme un marqueur pragmatique et non comme l'adverbe de lieu « là » : Fais attention là, Arrête là. Il peut se cumuler avec d'autres marqueurs et compte parmi les signaux les plus audibles du parler québécois détendu. Des éléments à valeur de tag comme hein, et l'emploi affirmatif de certaines interjections, jouent des rôles voisins. Rien de tout cela n'a sa place à l'écrit formel.

Plusieurs verbes et leurs constructions s'écartent des usages européens par défaut. Le couple barrer / débarrer signifie verrouiller / déverrouiller (une porte), là où le français de France emploie fermer à clé / déverrouiller ; la famille de mots s'étend naturellement, comme dans la porte est barrée. D'autres verbes présentent une complémentation différente ou des prépositions préférées dans l'usage familier, et certaines prépositions se comportent de façon distinctive : on peut entendre sur dans des contextes où le français européen préférerait dans ou à, comme être sur le comité, en partie sous l'influence de l'environnement bilingue. Ces choix de prépositions figurent parmi les traits les plus sensibles au registre et les plus susceptibles d'être corrigés dans l'usage soigné.

Les formes d'adresse et quelques tendances d'accord ou d'ordre des mots complètent le tableau. Le choix entre tu et vous suit globalement la même logique de politesse qu'ailleurs, même si l'on ressent souvent que l'interaction québécoise courante recourt assez volontiers au tutoiement dans les contextes informels ; c'est une tendance d'usage plus qu'une règle différente. Diverses petites tournures, comme la dislocation à droite (Tu l'as-tu vu, le film?), des schémas de négation renforcée et certaines expressions figées, se regroupent avec les traits précédents pour donner à l'oral québécois sa texture reconnaissable. Il s'agit davantage de fréquence et de registre que d'une machinerie grammaticale distincte.

Pour l'apprenant, la consigne est constante pour tous ces traits : les reconnaître comme des éléments authentiques et réglés de l'oral québécois, les analyser correctement (surtout -tu et le là de discours, faciles à mal interpréter) et les adapter au registre. Dans une dissertation, une correspondance professionnelle ou un discours formel, on attend les formes standards pan-françaises ; dans la conversation détendue, les traits décrits ici sont naturels et souvent le choix le plus idiomatique. Comme l'inventaire est vaste et en partie continu avec le français familier général, cette fiche est délibérément un survol, la particule interrogative, le lexique et la question des anglicismes étant traités plus en détail dans leurs fiches propres.

Exemples

Nous autres, on s'en va; vous autres, vous restez-tu?As for us, we're leaving; what about you, are you staying? (Illustre nous autres / vous autres, on comme sujet à la place de nous, et la particule interrogative -tu, tous typiques du québécois familier.)

Eux autres, ils sont déjà partis au chalet.Them, they've already left for the cottage. (eux autres est la forme renforcée du pronom tonique eux ; le français de France emploierait simplement eux.)

Oublie pas de barrer la porte en partant, là.Don't forget to lock the door on your way out, okay. (barrer (verrouiller) est un emploi verbal distinctif, et le là final adoucit la demande comme une particule d'appui. En France : fermer à clé.)

Attends, je vais débarrer le char.Hold on, I'll unlock the car. (débarrer (déverrouiller) est le pendant de barrer ; le français de France dirait déverrouiller / ouvrir.)

Fais attention là, c'est glissant en bas des marches.Do be careful now, it's slippery at the bottom of the steps. (Ici là est une particule de discours marquant l'insistance ou l'avertissement, et non l'adverbe de lieu.)

Ma sœur est sur le comité d'école cette année.My sister is on the school committee this year. (être sur le comité emploie sur là où le français de France dirait dans / faire partie du comité ; un choix de préposition sensible au registre.)

On se voit-tu en fin de semaine, nous autres?Are we seeing each other this weekend, the two of us? (Combine on comme sujet, la particule -tu, fin de semaine pour le week-end et un nous autres disloqué à droite.)

Tu l'as-tu vu, le nouveau pont?Have you seen it, the new bridge? (Dislocation à droite (le nouveau pont placé après la proposition) et particule -tu sur l'auxiliaire : deux marques de la syntaxe québécoise relâchée.)

Erreurs fréquentes

Incorrect: J'ai tombé en descendant l'escalier.

Correct: Je suis tombé en descendant l'escalier.

Employer avoir avec tomber (j'ai tombé) est un trait de l'oral familier québécois, au même titre que nous autres ou la particule interrogative -tu — c'est un usage régional réel, pas simplement fautif à l'oral. Mais en français écrit standard, comme dans l'écrit québécois formel, tomber prend toujours être comme les autres verbes de mouvement : Je suis tombé en descendant l'escalier.

Prérequis

Règles liées

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