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Grammaire et usage / Régional (Québec)

Le français québécois / canadien — vue d'ensemble

Niveaux: B1, B2, C1

Résumé

Le français québécois est un standard régional à part entière de la langue française, doté de sa propre prononciation, de son vocabulaire et de sa grammaire familière, mutuellement intelligible avec le français européen et allant de l'usage soigné au vernaculaire qu'on appelle le joual.

Explication

Le français québécois est la variété de français parlée par la majorité des quelque sept à huit millions de francophones du Canada, dont la plupart vivent au Québec, avec d'importantes communautés en Ontario, au Nouveau-Brunswick et ailleurs. Ce n'est pas un dialecte au sens dévalorisé du terme : c'est un standard régional complet et autonome, doté de ses propres normes de prononciation, d'un vaste vocabulaire distinctif, d'une grammaire familière caractéristique, ainsi que de ses propres ouvrages de référence, dictionnaires, diffuseurs, littérature et institutions d'aménagement linguistique. Avec le français acadien et le français de France, de Belgique, de Suisse et d'Afrique, il constitue l'une des grandes variétés standardisées de la langue.

Historiquement, la variété descend du français régional et de koïné apporté par les colons venus du nord-ouest de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui s'est ensuite développé dans un relatif isolement après 1763, lorsque la Nouvelle-France est passée sous administration britannique. Cette trajectoire séparée explique un schéma récurrent : le français québécois conserve souvent des traits anciens (oppositions vocaliques, certains mots et sens) qui ont depuis changé en France, tout en innovant dans sa propre direction et en empruntant à l'environnement anglophone qui l'entoure. Il en résulte une variété à la fois archaïsante par certains aspects et innovante par d'autres, plutôt qu'un simple écart par rapport à un modèle parisien.

Au niveau de l'écrit et de l'oral soigné, le français québécois et le français européen sont très proches. Ils partagent pour l'essentiel la même orthographe, la même grammaire de la langue écrite standard et un registre littéraire et administratif commun, si bien qu'un article de journal, un texte juridique ou un discours officiel se lisent de façon presque identique des deux côtés de l'Atlantique. Les différences marquées se concentrent dans la langue parlée et dans les registres familiers, ce qui fait que l'intercompréhension est élevée à l'écrit et dans une parole soignée, mais peut demander un certain ajustement pour la conversation familière, rapide et vernaculaire.

Les traits oraux les plus saillants se regroupent dans quelques domaines. En prononciation, les marques distinctives sont l'affrication — /t/ et /d/ devenant [ts] et [dz] devant /i/ et /y/, de sorte que tu se dit [tsy] et dire [dzir] — avec le relâchement des voyelles hautes en syllabe fermée, la diphtongaison des voyelles longues et le maintien d'oppositions vocaliques (patte/pâte, brin/brun) perdues dans une grande partie de la France. Dans le lexique, un vaste ensemble de mots distinctifs est d'usage courant : char pour voiture, magasiner pour faire des achats, dépanneur pour une petite épicerie de quartier, blonde et chum pour petite amie et petit ami, et bien d'autres. En grammaire familière, on reconnaît la particule interrogative -tu (Tu viens-tu ?), la réduction de il et ils à un simple [i] ou [j] (souvent écrit y) et des formes pronominales comme nous autres et vous autres.

Le contact avec l'anglais a laissé sa propre couche. Le français québécois contient des anglicismes et des calques — tantôt des emprunts directs, tantôt des traductions littérales comme prendre une marche calqué sur to take a walk — qui varient selon le registre et font souvent l'objet de débats publics et d'aménagement linguistique. En même temps, le Québec est réputé pour forger ou privilégier des équivalents français là où la France a adopté des termes anglais, comme courriel pour email ou fin de semaine pour week-end. Le rapport à l'anglais est donc double : source d'emprunts vernaculaires d'un côté, et forte motivation pour une création lexicale française délibérée de l'autre.

Les registres comptent énormément, et les confondre est une erreur fréquente chez les non-initiés. À l'extrémité familière, urbaine et populaire se trouve le vernaculaire historiquement appelé joual, marqué par une forte influence anglaise, une phonologie vernaculaire prononcée et une syntaxe caractéristique ; il porte des connotations sociales et a été tour à tour stigmatisé et, depuis les années 1960, revendiqué comme voix littéraire et culturelle. Entre ce pôle et le standard formel s'étend un large continuum de parole ordinaire et instruite (le français québécois standard) que la plupart des gens emploient au quotidien. Un animateur de radio soigné, un enseignant en classe et deux amis qui blaguent dans un bar parleront tous le français québécois, mais ils puiseront très différemment dans cet éventail.

Il importe de présenter ces traits de façon descriptive et respectueuse. Le français québécois n'est ni une forme corrompue du « vrai » français ni simplement du « français avec un accent » : c'est un standard national/régional légitime, doté de ses propres normes internes, de ses formes de prestige et de ses formes stigmatisées, exactement comme le français de France. Son contenu distinctif — vocabulaire, notes régionales et le reste — est aussi ce qui fait la valeur régionale de cette bibliothèque, et il est traité ici comme un matériau original, à licence réservée, à documenter avec exactitude plutôt qu'à caricaturer.

Pour un apprenant, l'enseignement pratique est de lire cette vue d'ensemble comme une carte vers les règles régionales plus détaillées. La prononciation est traitée dans des entrées dédiées sur l'affrication et sur les voyelles ; le lexique, les anglicismes, la particule -tu et les différences grammaticales plus larges font chacun l'objet d'un traitement propre. Comprendre la variété parlée revient surtout à intérioriser un ensemble maîtrisable de traits récurrents et à apprendre à situer un énoncé sur le continuum allant du soigné au vernaculaire, plutôt qu'à apprendre une langue distincte.

Exemples

Je m'en vais magasiner au centre d'achats, je reviens dans une heure.I'm going shopping at the mall, I'll be back in an hour. (magasiner (faire des achats) et centre d'achats (centre commercial) relèvent de l'usage québécois courant ; la France dirait faire les magasins / du shopping et centre commercial.)

Mon chum pis ma blonde s'en viennent souper à soir.My boyfriend and my girlfriend are coming over for dinner tonight. (chum/blonde pour le ou la partenaire ; souper pour le repas du soir (France : dîner) ; à soir pour ce soir. Familier, mais extrêmement courant.)

Tu viens-tu au dépanneur chercher du lait?Are you coming to the corner store to get some milk? (La particule interrogative -tu marque une question fermée ; dépanneur est le magasin de proximité québécois. tu est aussi affriqué en [tsy].)

Y fait frette en titi à matin!It's really cold this morning! (il réduit à y ; frette pour froid ; en titi comme intensificateur ; à matin pour ce matin. Registre familier.)

J'ai reçu ton courriel en fin de semaine.I got your email over the weekend. (Créations françaises délibérément préférées au Québec : courriel pour email et fin de semaine pour week-end (la forme usuelle en France).)

Embarque dans le char, on s'en va au chalet.Get in the car, we're heading to the cottage. (char pour voiture ; embarquer/débarquer pour monter dans un véhicule et en descendre ; chalet pour une maison de campagne. Usage québécois quotidien.)

C'est-tu correct si on se parle demain?Is it OK if we talk tomorrow? (correct [kɔʁɛk] au sens de ça va / d'accord est très courant ; la particule -tu transforme de nouveau l'énoncé en question.)

On va prendre une marche après le souper.We'll take a walk after dinner. (prendre une marche est un calque de l'anglais to take a walk (France : faire une promenade) — un anglicisme par traduction littérale.)

Erreurs fréquentes

Incorrect: Chu ben tanné de c'te job-là.

Correct: Je suis très fatigué de cet emploi.

Le français québécois va de l'usage formel au vernaculaire très familier appelé joual ; chu ben tanné de c'te job-là est un joual authentique et quotidien, pas une faute en soi. L'erreur de l'apprenant porte sur le registre, pas sur la forme régionale : cette phrase n'a pas sa place à l'écrit ou à l'oral formel, où le registre standard s'impose : Je suis très fatigué de cet emploi.

Règles liées

quebeccanadian-frenchvarietiessociolinguistics