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Grammaire et usage / Régional (Québec)

Vocabulaire courant du Québec (char, magasiner, dépanneur)

Niveaux: B1, B2, C1

Résumé

Le français québécois partage l'essentiel de son lexique avec le français européen, mais s'en distingue par des centaines de mots du quotidien, les uns hérités d'un usage ancien, les autres créés sur place ou au sens déplacé, les plus connus étant char (voiture), magasiner (faire des achats), dépanneur (petite épicerie) et les noms de repas déjeuner, dîner et souper.

Explication

Le français québécois et le français européen sont une seule et même langue, et l'immense majorité de leur vocabulaire est identique. La différence que remarque l'apprenant se concentre dans une couche de mots très fréquents du quotidien : les termes désignant les objets, les lieux, la nourriture et les liens de parenté qui reviennent sans cesse dans la vie ordinaire. Connaître quelques dizaines de ces mots, c'est ce qui sépare celui qui comprend seulement le québécois écrit de celui qui peut suivre une conversation de cuisine à Montréal ou au Saguenay. Ces mots ne sont pas de l'argot au sens de formes incorrectes : beaucoup sont simplement les termes neutres et ordinaires qu'un Québécois emploie sans y penser.

Plusieurs de ces mots sont des archaïsmes, c'est-à-dire des usages français plus anciens qui ont survécu en Amérique du Nord après s'être effacés ou restreints en France. Le verbe barrer pour verrouiller (une porte) appartient à ce groupe, tout comme l'emploi familier très large de char pour une automobile, qui renvoie à un sens ancien de char comme véhicule à roues. Breuvage pour une boisson (froide) et les noms de repas ci-dessous sont de même des usages anciennement établis plutôt que des inventions récentes. Cette couche conservatrice explique en partie pourquoi le français québécois peut sembler à la fois ancien et nettement local.

Un deuxième groupe reflète la vie au Canada et les institutions locales. Le dépanneur, petit commerce de proximité, en est le prototype ; le mot est formé de façon transparente sur dépanner (tirer d'embarras), puisqu'on y va justement quand on manque de quelque chose. La tuque (bonnet de laine d'hiver) et le banc de neige (amas de neige) relèvent du vocabulaire d'un climat nordique, et la poutine désigne un plat né au Québec. Ces mots n'ont pas d'équivalent courant en français européen parce que la chose ou l'institution est elle-même locale.

Un troisième groupe rassemble des mots qui existent dans les deux variétés, mais avec un sens ou une fréquence par défaut différents. Magasiner signifie faire des achats et constitue un verbe ordinaire au Québec, là où le français de France dirait plus volontiers faire les magasins ou faire du shopping ; le nom magasinage correspond au shopping. Présentement est le mot québécois banal pour en ce moment, là où la France préfère plutôt actuellement ou en ce moment. Blonde et chum, littéralement une blonde et un copain (de l'anglais chum), sont les mots courants et neutres pour désigner une petite amie et un petit ami, ou plus largement un partenaire amoureux ; en France on dirait copine et copain.

Les noms des trois repas de la journée constituent un point de divergence classique et une source fréquente de confusion. Au Québec, le repas du matin est le déjeuner, celui du midi le dîner, et celui du soir le souper. Dans la France contemporaine, ces trois mots ont chacun glissé d'un cran : le petit-déjeuner est le matin, le déjeuner le midi et le dîner le soir, le souper étant réservé à un repas tardif. Le système québécois conserve l'ancien usage roman que l'on trouve aussi en Belgique et en Suisse, de sorte qu'un Québécois qui vous invite à souper vous offre le repas du soir, et non une collation de minuit.

Le registre compte, et il n'est pas uniforme d'un mot à l'autre. Char et bon nombre des termes les plus familiers appartiennent à la langue relâchée ; dans un rapport officiel ou un bulletin de nouvelles, on écrira ou dira voiture. À l'inverse, dépanneur, magasiner, présentement, courriel et les noms de repas sont pleinement standard au Québec et figurent sans réserve dans les journaux, les documents administratifs et la radiotélévision. La perception sociale d'un mot est donc propre à chaque item : certains marquent le registre familier, tandis que d'autres sont simplement la norme régionale, sans aucune nuance d'oralité relâchée.

L'orthographe et la prononciation suivent en général les mêmes normes que dans le reste de la francophonie ; la divergence est lexicale et, à l'oral, phonétique plutôt qu'orthographique. Courriel (courrier électronique), création québécoise, est aujourd'hui répandu dans le français officiel en général et illustre bien un mot québécois qui a voyagé. Fin de semaine pour le week-end est la forme recommandée et très courante au Québec, en concurrence avec l'emprunt week-end qui domine en France. L'apprenant doit s'attendre à ce que le registre écrit et formel resserre nettement l'écart avec le français européen, tandis que c'est à l'oral familier que le vocabulaire distinctif est le plus concentré.

Concrètement, l'attitude la plus sûre pour l'apprenant est d'abord réceptive : reconnaître ces mots à l'oreille, et comprendre que char n'est pas enfantin, que dépanneur n'est pas de l'argot et qu'une invitation à dîner au Québec désigne le midi. Les produire est bienvenu et naturel dès qu'on est sûr du registre, mais mélanger les systèmes, par exemple appliquer l'horaire des repas à la française tout en étant au Québec, est la principale cause de malentendus. Comme le lexique est vaste et en partie mouvant, cette fiche recense les items les plus fréquents et les plus stables plutôt que de viser une liste exhaustive.

Exemples

Je passe au dépanneur avec le char, veux-tu de quoi?I'm swinging by the corner store with the car, do you want anything? (dépanneur (magasin de proximité) et char (familier : voiture) sont des mots québécois de base ; de quoi signifie ici quelque chose, là où le français de France dirait quelque chose.)

Ma blonde et moi, on va magasiner une tuque pour l'hiver.My girlfriend and I are going to shop for a winter hat. (blonde (petite amie), magasiner (faire des achats), tuque (bonnet d'hiver). En français de France : ma copine, faire les magasins, un bonnet.)

On déjeune à sept heures, on dîne le midi et on soupe vers six heures.We have breakfast at seven, lunch at midday, and supper around six. (Les noms des repas québécois sont décalés d'un cran par rapport à la France, où l'on dirait petit-déjeuner, déjeuner et dîner.)

N'oublie pas de barrer la porte en partant.Don't forget to lock the door on your way out. (barrer (verrouiller) est un usage ancien conservé ; le français de France emploie fermer à clé / verrouiller.)

Je suis présentement en réunion, je te rappelle dans une heure.I'm currently in a meeting, I'll call you back in an hour. (présentement (en ce moment) est parfaitement standard au Québec ; en France on dirait plutôt en ce moment ou actuellement.)

On se reprend en fin de semaine si la météo est correcte.Let's try again at the weekend if the weather is alright. (fin de semaine est le terme québécois usuel pour le week-end, alors que la France emploie massivement l'emprunt le week-end.)

Je t'envoie les documents par courriel cet après-midi.I'll send you the documents by email this afternoon. (courriel (courrier électronique), création québécoise, s'emploie aussi bien dans un registre formel qu'informel ; on le trouve désormais dans le français officiel ailleurs aussi.)

Le char est pris dans un banc de neige, faut le pelleter.The car is stuck in a snowbank, we have to shovel it out. (banc de neige (amas de neige) appartient au vocabulaire hivernal et n'a pas d'équivalent courant en un seul mot en France (congère est le terme standard le plus proche).)

Veux-tu un breuvage? J'ai du jus pis de la liqueur.Do you want a drink? I've got juice and soda. (breuvage (boisson froide) et liqueur (boisson gazeuse) diffèrent du français de France, où boisson est le mot neutre et liqueur désigne un alcool.)

Erreurs fréquentes

Incorrect: J'ai laissé mes gosses à la garderie.

Correct: J'ai laissé mes enfants à la garderie.

Gosses signifie « enfants » en français de France, mais en français québécois ce mot désigne familièrement les testicules — un faux ami à l'intérieur même du français. Un locuteur de France employant gosses pour parler de ses enfants au Québec provoquera confusion ou embarras ; on emploie plutôt enfants : J'ai laissé mes enfants à la garderie.

Règles liées

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