Le subjonctif plus-que-parfait
Résumé
Le subjonctif plus-que-parfait est un subjonctif composé littéraire formé avec le subjonctif imparfait de avoir ou être plus le participe passé ; il exprime un subjonctif passé après un verbe principal au passé et sert aussi, en littérature, de deuxième forme du conditionnel passé.
Explication
Le subjonctif plus-que-parfait se forme avec le subjonctif imparfait de l'auxiliaire avoir ou être + le participe passé : qu'il eût fini, qu'elle fût venue, qu'ils eussent mangé, qu'elles fussent parties. Comme le subjonctif imparfait dont il dérive, il appartient à un registre littéraire très soutenu et est pratiquement absent du français parlé et de l'écrit courant.
Sa fonction première est de servir de subjonctif passé de registre littéraire lorsque le verbe de la principale est lui-même à un temps du passé (imparfait, passé simple, plus-que-parfait ou conditionnel) : « Je craignais qu'il ne fût parti. » Là où le français moderne applique la concordance des temps de façon relâchée et emploie le subjonctif passé quel que soit le temps de la principale (Je craignais qu'il ne soit parti), l'usage classique et littéraire reporte le subjonctif lui-même dans cette forme composée bâtie sur l'imparfait.
Un second emploi, distinct, est celui de « deuxième forme » du conditionnel passé : dans la prose narrative soignée, la même forme peut exprimer un irréel du passé, interchangeable avec le conditionnel passé ordinaire — « Il eût aimé la revoir » signifiant exactement « Il aurait aimé la revoir ». Cette double valeur (subjonctif et conditionnel) est une caractéristique de ce temps et ne se résout qu'à partir du contexte.
Dans tous les registres inférieurs au registre littéraire le plus soutenu, ce temps a été remplacé : le subjonctif passé (que j'aie fini, qu'il soit parti) assume son emploi subjonctif, et le conditionnel passé ordinaire (j'aurais fini, il serait parti) assume son équivalent conditionnel. Un locuteur moderne qui veut dire « je craignais qu'il ne soit parti » n'emploie pas « qu'il ne fût parti ».
Le principal piège pour les apprenants est orthographique et auditif : il faut distinguer eut/fut (passé simple de l'indicatif, sans accent) de eût/fût (subjonctif plus-que-parfait, avec l'accent circonflexe qui marque le subjonctif), formes prononcées de façon identique en français moderne. Lire « il eut fini » comme un subjonctif, ou « qu'il eût fini » comme un indicatif, est une erreur de compréhension fréquente à la lecture de la littérature classique.
Règle pratique : l'accent circonflexe sur eût/fût signale le subjonctif plus-que-parfait, réservé à la littérature formelle ; servez-vous-en pour lire et traduire (subjonctif passé après une principale au passé, ou substitut littéraire du conditionnel passé), et rendez le même sens en français moderne par le subjonctif passé ou le conditionnel passé ordinaire.
Exemples
Je craignais qu'il ne fût parti. — I was afraid he had left. (Subjonctif passé littéraire après l'imparfait craignais ; le français moderne dirait « qu'il ne soit parti ».)
Il eût aimé la revoir avant son départ. — He would have liked to see her again before his departure. (Conditionnel passé « deuxième forme », littéraire : eût aimé = aurait aimé.)
On eût dit un rêve. — It looked like a dream. (Deuxième forme du conditionnel dans une description littéraire : on eût dit = on aurait dit. À ne pas confondre avec les propositions temporelles en « à peine … que », qui prennent le passé antérieur (eut, sans accent).)
Elle doutait qu'ils eussent compris la portée de ses paroles. — She doubted that they had understood the significance of her words. (Équivalent moderne : qu'ils aient compris (subjonctif passé).)
Si l'on ne l'eût retenu, il fût tombé. — Had he not been held back, he would have fallen. (Hypothèse littéraire classique : les deux propositions emploient la deuxième forme à la place du plus-que-parfait et du conditionnel passé.)
Erreurs fréquentes
Je craignais qu'il n'eut découvert la vérité.
Je craignais qu'il n'eût découvert la vérité.
Après craindre que à l'imparfait, le français littéraire exige le subjonctif plus-que-parfait, qui s'écrit avec un circonflexe sur l'auxiliaire : eût. Eut sans accent est le passé simple de l'indicatif et relève d'un tout autre mode ; seul le eût accentué marque ici le subjonctif.
Prérequis
Règles liées
literary-tensesubjunctivecompound-tenseanteriority