Les lettres muettes
Résumé
Le français écrit de nombreuses lettres non prononcées, surtout les consonnes finales et le e ; elles réapparaissent souvent en liaison ou marquent la grammaire.
Explication
Un trait caractéristique de l'orthographe française est que de nombreuses lettres écrites sont muettes. La plupart des consonnes finales ne se prononcent pas : petit, grand, trop, tabac et nez se terminent tous par une voyelle (/pəti/, /ɡʁɑ̃/, /tʁo/, /taba/, /ne/). Le -s du pluriel et la terminaison verbale -ent sont également muets : les chats /le ʃa/, ils parlent /il paʁl/ se prononce exactement comme le singulier il parle.
Une règle empirique approximative veut que les consonnes du mot inventé CaReFuL — c, r, f, l — se prononcent plus souvent en fin de mot que les autres consonnes finales (lac, hiver, neuf, animal, sac, mer, chef, avril). Ce repère n'est qu'une tendance, pas une loi : il connaît de nombreuses exceptions des deux côtés (le r des infinitifs en -er et de premier est muet, parler /paʁle/ ; le t de est est muet ; mais le s de fils et le c de donc se prononcent). Prenez-le comme une première hypothèse, puis apprenez les exceptions.
La lettre e est la grande voyelle muette. Un -e final ne se prononce normalement pas et sert plutôt à faire entendre la consonne précédente : comparez vert /vɛʁ/ et verte /vɛʁt/, ou grand /ɡʁɑ̃/ et grande /ɡʁɑ̃d/. C'est ainsi que de nombreuses formes féminines deviennent audibles. À l'intérieur d'un mot, un e atone (le e muet ou schwa /ə/) tombe souvent aussi dans la parole ordinaire : samedi se dit /samdi/, et je ne sais pas peut se réduire à /ʒən sɛ pa/, voire /ʃsɛ pa/.
Les lettres muettes sont loin d'être inutiles : elles portent une information grammaticale et lexicale que l'oreille retrouve ailleurs. Le -s muet du pluriel ne distingue le chat de les chats que dans l'article et en liaison ; les terminaisons muettes séparent les personnes du verbe à l'écrit ; et les consonnes muettes lèvent l'ambiguïté entre homophones (vert / verre / vers / ver sont tous /vɛʁ/, sang / sans / cent / s'en sont tous /sɑ̃/). L'orthographe encode ainsi un sens que la seule prononciation perdrait.
Surtout, une consonne finale muette ne l'est qu'à l'isolé : elle peut réapparaître en liaison devant une voyelle. Le s muet de petits ou de les revient en /z/ (les‿amis /lez‿ami/), le d muet de grand revient en /t/ (un grand‿homme /ɡʁɑ̃t‿ɔm/), et le t muet de petit revient dans petit‿enfant /pəti.t‿ɑ̃fɑ̃/. La lettre h est toujours muette sous ses deux formes, mais un h aspiré bloque tout de même cet enchaînement. Savoir quelles lettres sont latentes plutôt que vraiment absentes fait le pont entre l'orthographe, la liaison et un accent naturel.
Exemples
petit — small (Le t final est muet : /pəti/, alors qu'il se prononce au féminin petite /pətit/.)
ils parlent — they speak (La terminaison -ent et le s sont muets ; cela sonne exactement comme il parle : /il paʁl/.)
le nez et les yeux — the nose and the eyes (z muet dans nez /ne/ ; la liaison de les yeux donne /le.z‿jø/.)
un sac sur la mer — a bag on the sea (Les consonnes de « CaReFuL » se prononcent : sac /sak/, mer /mɛʁ/, contrairement aux t/s finals muets ailleurs.)
les amis — the friends (Le s muet de les réapparaît en /z/ dans la liaison devant une voyelle : /lez‿ami/.)
Erreurs fréquentes
Ils manges beaucoup.
Ils mangent beaucoup.
La terminaison de la troisième personne du pluriel -ent est muette : ils mangent se prononce exactement comme se prononcerait ils mange, sans aucun son supplémentaire pour -ent. Comme ils ne l'entendent pas, les apprenants écrivent parfois un -es qui ressemble au singulier ou omettent la terminaison, mais l'orthographe -ent doit rester pour marquer la forme verbale au pluriel : ils mangent.
Règles liées
silent-lettersspellingconsonantsorthography