sourd
adjectif · /suʁ/
Usage : fréquent (38 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Qui est privé du sens de l'ouïe ou qui entend très mal.
Mon grand-père est devenu sourd avec l'âge.
« Un sourd de naissance est nécessairement muet »Buffon (1707-1788)
Qui refuse d'entendre, insensible aux demandes ou aux arguments.
Elle est restée sourde à toutes nos supplications.
Synonyme : insensible.
« Ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert l'oreille »Bossuet (1627-1704)
Qui produit un son étouffé, sans résonance ni éclat.
On entendit un bruit sourd derrière la porte.
« Ce tableau est sombre, il est terne, il est sourd »Diderot (1713-1784)
« Je n'entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette mer »Fénelon (1651-1715)
Qui se manifeste de façon diffuse, sans se déclarer ouvertement.
Une inquiétude sourde grandissait en elle.
« Nous découvrîmes quelque temps après un obstacle plus sourd, mais aussi plus dangereux »Cardinal de Retz (1613-1679)
« De ses sourdes douleurs j'ai vu la violence »Ducis (1733-1816)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : dialogue de sourds · faire la sourde oreille · frapper comme un sourd · ne pas tomber dans l'oreille d'un sourd · sourd comme un pot
Grammaire et formes (4)
- sourdes : pluriel féminin · /suʁdə/
- sourds : pluriel masculin · /suʁ/
- sourde : singulier féminin · /suʁdə/
- sourd : singulier masculin · /suʁ/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 13 sens
adj.
Qui ne peut entendre par suite de quelque vice ou obstruction de l'organe de l'ouïe. Fig. Familièrement. Sourd comme un pot, très sourd. On dit dans le même sens : Sourd à n'entendre pas Dieu tonner.
Mes enfants, approchez, Approchez ; je suis sourd, les ans en sont la causeLa Fontaine (1621-1695)
C'était une clameur à rendre les gens sourdsLa Fontaine (1621-1695)
Qui, sans être sourd, n'entend pas pour une raison quelconque. Êtes-vous sourd ? se dit à une personne qui, sans être sourde, n'entend pas ou n'écoute pas. Faire la sourde oreille, faire le sourd, ne pas vouloir entendre à quelque proposition, écouter une prière, une remontrance.
De ces dieux qui sont sourds bien qu'ayant des oreillesLa Fontaine (1621-1695)
La frayeur les emporte [les chevaux], et, sourds à cette fois, Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voixJean Racine (1639-1699)
Fig. Inexorable, inflexible, insensible.
Ô colère, ô pitié, sourdes à mes désirs !Pierre Corneille (1606-1684)
Il [le ciel] devrait être sourd aux aveugles souhaitsLa Fontaine (1621-1695)
Qui est peu sonore, peu retentissant. Ce violon est sourd. Une voix sourde. Un appartement sourd, appartement où la voix, la musique, etc. manquent de sonorité, et aussi appartement d'où le bruit intérieur ne s'entend pas au dehors. Consonnes sourdes, consonnes telles qu'on les fait entendre en parlant bas et avec la glotte ouverte ; ce sont k, l, p, t, f, s.
Mais sans examiner si, vers les antres sourds, L'ours a peur du passant ou le passant de l'oursBoileau (1636-1711)
Si la pierre [meulière] est sonore, elle est bonne, et fait espérer de grandes meules ; si elle est sourde, c'est signe qu'elle se divisera dans l'extractionCUVIER et BRONGNIART
Qui se fait peu entendre. De sourdes rumeurs. Un bruit sourd. Fig. Bruit sourd, nouvelle qui n'est ni publique, ni certaine. Lime sourde, voy. LIME 1, au propre et au fig. Fig.
Nous écoutâmes, le maréchal [de Bellefonds] et moi, cette tragédie [Esther], avec une attention qui fut remarquée, et certaines louanges sourdes et bien placées qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes les damesMme de Sévigné (1626-1696)
Je n'entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette merFénelon (1651-1715)
Fig. Qui jette peu d'éclat. Terme de peinture. Teintes sourdes ou tons sourds, couleurs mates, vagues et sans éclat. Terme de joaillier. Pierre sourde, pierre qui a quelque chose d'obscur, de brouillé. Lanterne sourde, voy. LANTERNE.
Ce tableau est sombre, il est terne, il est sourdDiderot (1713-1784)
Fig. Vague, mal caractérisé. Au physique. Douleur sourde, douleur qui ne se fait pas sentir d'une manière aiguë.
Je ne savais pas même lui cacher ce pressentiment sourd qui m'inquiétait et ne me rendait que plus maussadeJean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Qui ne se manifeste pas, qui est sans bruit, qui ne fait pas d'éclat. En mauvaise part.
Il est des moyens sourds pour lever un obstaclePierre Corneille (1606-1684)
Nous découvrîmes quelque temps après un obstacle plus sourd, mais aussi plus dangereuxCardinal de Retz (1613-1679)
Ancien terme de mathématiques. Nombres sourds, nombres irrationnels. Racines sourdes, racines carrées ou cubiques des nombres qui ne sont ni des carrés ni des cubes.
Quand nous n'avons pas pour une quantité une expression exacte, nous la nommons sourde, parce qu'alors elle échappe comme un bruit sourd qu'on distingue malCondillac (1714-1780)
Terme de marine. Lame sourde, lame qui se porte sur un point où l'on ne ressent pas le vent qui l'a soulevée.
Terme de corroyeur. Couteau sourd, sorte de plane peu tranchante, qui sert à préparer les cuirs.
Substantivement. Un sourd, une sourde. Fig. Frapper comme un sourd, faire beaucoup de bruit en frappant, parce qu'un sourd ne se rend pas compte du bruit qu'il fait ? Frapper comme un sourd, signifie aussi frapper quelqu'un sans ménagement ni pitié, parce qu'un sourd, n'entendant pas les cris de sa victime, ne se rend pas compte du mal qu'il fait. Fig. Crier comme un sourd, crier très haut (à cause que les sourds, qui ne s'entendent pas eux-mêmes, élèvent d'ordinaire beaucoup la voix).
Je sais que je parle à des sourds : Mais ma raison est envoléeScarron (1610-1660)
Un sourd de naissance est nécessairement muetBuffon (1707-1788)
Sourd-muet, sourde-muette, celui, celle qui est privée de la faculté d'expression orale par la surdité de naissance due à un vice du développement de l'oreille interne. L'institution des Sourds-muets (avec une S majuscule). Il est aussi adjectif. Il est sourd-muet.
M. Rodrigue Pereire, Portugais, ayant cherché les moyens les plus faciles pour faire parler les sourds et muets de naissance, s'est exercé assez longtemps dans cet art singulier pour le porter à un grand point de perfectionBuffon (1707-1788)
Quand on n'a pas vécu avec les sourds-muets, il est trop difficile de se faire une juste idée de leur triste existenceSICARD
Étymologie : Berry, sord, sorde ; prov. sord, sort ; esp. et ital. sordo ; portug. surdo ; du lat. surdus.
Historique : XIIe s. Il parla hautement que l'oï li plus sours XIIIe s. Or n'aiés mie oreilles sordes, Et ge vous pruef [prouve] que ce sunt bordes Cil qui est si sours qu'il n'ot goute Savez que fet li damoisiaus ; En terre rouge se toueille, Le mort fet et la sourde oreille XIVe s. Les tenailles sourdes sont celles qui n'ont pas concavité Il n'est si mavais sours que chuis ch'oïr ne voeilt XVe s. Elle [Jeanne d'Arc] est venue à Baudricourt, Capitaine de Vaucouleur, Et plusieurs fois lui fist le sourt, Cuidant lui oster son erreur Es grans cours fault souvent faire le sourt, Qu'om ne voitrien et qu'om ne …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 18 sens
adj.
Qui est privé du sens de l’ouïe ou qui entend très difficilement. Il est devenu sourd. Cette maladie l’a rendu sourd d’une oreille. Sourd de naissance. Il est complètement sourd.
Fam., Sourd comme un pot, Extrêmement sourd.
Sourd-muet. Voyez ce mot à son rang alphabétique.
SOURD signifie, au figuré, Qui refuse d’entendre. Il fut sourd à toutes mes propositions.
Faire la sourde oreille, Faire semblant de ne pas entendre ce qu’on dit et n’y avoir point d’égard. Quand on lui parle raison, il fait la sourde oreille. On dit aussi substantivement : Faire le sourd.
Fig., être sourd aux prières, aux cris, aux raisons, aux remontrances, être insensible aux prières, aux cris, etc.
SOURD se dit aussi de Certaines choses et signifie qui est peu sonore, qui rend un son étouffé. Cette salle est sourde. Un piano sourd. Une voix sourde. Un bruit sourd. De sourdes rumeurs. De sourds gémissements.
Lime sourde, Lime qui ne fait pas de bruit quand on l’emploie.
SOURD se dit, en termes de Phonétique, d’un Son du langage qui ne fait pas vibrer les cordes vocales. T, P, K sont des consonnes sourdes. Substantivement, Ce sont des sourdes.
SOURD signifie figurément Qui est peu sensible, qui se perçoit peu. Une inquiétude sourde. Un sourd travail de l’organisme, de la pensée.
Douleur sourde, Douleur interne qui n’est pas aiguë.
Lanterne sourde, Lanterne faite de telle façon que celui qui la porte voit sans être vu et qu’il en cache entièrement la lumière quand il veut.
En termes de Peinture, Tons sourds, Tons qui manquent d’éclat.
SOURD se dit, au figuré, de Certaines choses qui se font secrètement, sans bruit, sans éclat, et, dans ce sens, il se prend toujours en mauvaise part. De sourdes pratiques. De sourdes menées. Une guerre sourde.
SOURD s’emploie aussi substantivement. Un sourd, une sourde.
Fam., Crier, frapper comme un sourd, Crier, frapper très fort.
Autant vaudrait parler à un sourd, C’est peine perdue de chercher à lui faire entendre raison.
Prov., Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre se dit en parlant de Quelqu’un qui fait semblant de ne pas entendre une proposition, une question qu’il entend fort bien, mais à laquelle il ne veut pas répondre.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée sourd#57988.