peine
nom, féminin · /pɛnə/
Usage : très fréquent (300 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Sentiment de tristesse causé par un événement douloureux ou une déception.
Elle a de la peine depuis le départ de son amie.
Synonymes : chagrin, tristesse.
« La vie eut bien pour moi de volages douceurs ; Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs »André Chénier (1762-1794)
« Je suis fort en peine de savoir que c'est qui fait aujourd'hui soupirer tous les gens de bien »Guez de Balzac (1597-1654)
Sanction infligée par la justice à l'auteur d'une infraction.
Le tribunal a prononcé une peine de deux ans de prison.
Synonyme : sanction.
Effort ou difficulté qu'exige l'accomplissement d'une tâche.
Nous avons eu beaucoup de peine à trouver un hôtel.
Synonyme : difficulté.
« Approche donc et viens ; qu'un paresseux t'apprenne, Antoine, ce que c'est que fatigue et que peine »Boileau (1636-1711)
« Peines à la campagne, peines à la ville, peines partout ; celui qui ne connaît pas la peine n'est pas à compter parmi les enfants des hommes »Diderot (1713-1784)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : à chaque jour suffit sa peine · à grand-peine · comme une âme en peine · errer comme une âme en peine · peine capitale · peine perdue · toute peine mérite salaire
Grammaire et formes (2)
- peines : pluriel · /pɛnə/
- peine : singulier · /pɛnə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 11 sens
s. f.
Ce qu'on fait subir pour quelque chose jugée répréhensible ou coupable. Courir à sa peine, courir au châtiment. Peine arbitraire, celle dont l'application est laissée à l'arbitrage du juge. Peine arbitraire, se dit aussi de celles qu'on fait subir par abus d'autorité, et sans qu'elles soient prononcées par une loi. En théologie, peine du sens, les douleurs que souffrent les damnés dans l'enfer. Peine du dam, celle que la privation de la vue et de la jouissance de Dieu fait souffrir. Les peines éternelles, les peines de l'enfer, celles que les damnés souffrent en enfer ; les peines du purgatoire, celles que les âmes souffrent dans le purgatoire. Âme en peine, âme qui souffre dans l'enfer ou dans le purgatoire. Familièrement. Il est comme une âme en peine, il est très inquiet. Sous peine de, en encourant la peine de. Sous peine d'amende, d'une amende. Fig. Sous peine de la vie, en encourant la perte de la vie. Sous peine de mort, même sens. Cela fut défendu sous peine de mort. Fig. En jurisprudence, sous les peines de droit, en encourant les peines portées par la loi. Sur peine, dans le même sens (locution qui n'est plus aussi usitée que sous peine). À peine de, même sens. En peine de, sous peine de (inusité aujourd'hui). Familièrement. et fig. Pour peine de, en châtiment de (avec une nuance de plaisanterie).
Les dieux ne tardèrent guère à faire payer la peine de ce crime à celui qui en était l'auteurVaugelas (1585-1650)
Tu redoubles ta peine avec cette insolencePierre Corneille (1606-1684)
Souffrance physique ou morale. Les peines du corps, de l'esprit. Faire peine, causer une souffrance physique ou morale. Impersonnellement. Faire quelque peine, causer du déplaisir, déplaire. Par politesse et exagération. Faire peine, en parlant des personnes, exciter une compassion profonde. Ce pauvre homme a l'affliction sur la figure, il me fait peine. Faire de la peine à quelqu'un, lui susciter des difficultés, des embarras, lui faire subir des vexations. Être dans la peine, être dans le besoin.
Ses chagrins le rendaient pourtant méconnaissable.... Tant la peine et l'amour l'avaient défiguré !La Fontaine (1621-1695)
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à penser De combien de plaisirs ils payèrent leurs peinesLa Fontaine (1621-1695)
En termes de galanterie, les souffrances des amants.
....Que sent-on [dans l'amour] ? Des peines près de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît Toute seule en une forêtLa Fontaine (1621-1695)
... J'ai couru partout où ma perte certaine Dégageait mes serments et finissait ma peineJean Racine (1639-1699)
Inquiétude, souci, embarras. Être en peine que, avec le subjonctif, craindre que. Être en peine, ne savoir où prendre. Être en peine de sa personne, être fort embarrassé de ce que l'on deviendra.
Je suis fort en peine de savoir que c'est qui fait aujourd'hui soupirer tous les gens de bienGuez de Balzac (1597-1654)
Voilà, mes chers amis, ce qui me met en peinePierre Corneille (1606-1684)
Travail, fatigue. Voilà pour votre peine, se dit à un homme de peine, à un ouvrier à qui on donne une gratification. Être en peine de faire, s'occuper à faire (emploi qui a vieilli). Perdre sa peine, ses peines, travailler inutilement à quelque chose. C'est peine perdue, se dit dans le même sens. En être pour sa peine, ne pas réussir. Mourir à la peine, mourir avant de recueillir le fruit d'un travail long et pénible. Il se dit aussi, par exagération, de quelque projet qu'on a en tête. Plaindre sa peine, voy. PLAINDRE. La chose en vaut bien la peine, elle mérite qu'on ne néglige rien afin d'y réussir. Ironiquement. En sens contraire, cela n'en vaut pas la peine, ce n'est pas la peine, cela ne mérite pas qu'on en tienne compte. Cela ne vaut pas la peine d'en parler, voy. PARLER, n° 7. En valoir la peine, se dit aussi des personnes. Par politesse. Prenez la peine de vous asseoir, c'est-à-dire asseyez-vous, je vous prie. Il a pris la peine de venir me voir, il est venu me voir.
Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moinsLa Fontaine (1621-1695)
Toute peine, dit-on, est digne de loyerLa Fontaine (1621-1695)
Homme de peine, gens de peine, homme, gens qui, sans avoir un métier déterminé, gagnent leur vie par des travaux pénibles de corps.
Salaire du travail d'un artisan. Il ne faut pas retenir la peine du mercenaire.
Difficulté, empêchement. Avoir de la peine à parler, parler difficilement, en raison de quelque empêchement naturel. Il se dit aussi au fig. Répondez donc, vous avez bien de la peine à parler. Avoir de la peine à marcher, se servir difficilement de ses jambes. Il se dit aussi au fig. Cette affaire, cette entreprise a de la peine à marcher. Telle chose me fait peine à comprendre, j'ai peine à la comprendre (locution vieillie). Faire peine à, avec un nom de chose pour sujet, permettre difficilement de (locution vieillie).
Avec fort peu de peine Un flux de pleine mer jusqu'ici les amènePierre Corneille (1606-1684)
On a eu toutes les peines du monde à empêcher Monsieur de passer les nuits à la tranchée, et d'y être à toute heurePellisson (1624-1693)
Manque de disposition à, de volonté pour. Faire de la peine, se dit d'une chose qui déplaît. On dit en termes familiers et avec une nuance d'ironie à quelqu'un qui dit ou fait une sottise : Vous me faites de la peine.
On a peine à haïr ce qu'on a bien aiméPierre Corneille (1606-1684)
Si contre lui j'ai peine à croire ces témoinsPierre Corneille (1606-1684)
À peine, loc. adv. Depuis peu, depuis un moment. Quelquefois le second membre de phrase prend que. À peine, presque pas. À peine est-il jour. Il a à peine le nécessaire. À peine, tout juste, peu s'en faut. À peine, difficilement. À grand'peine, très difficilement (voy. pour l'apostrophe GRAND ,° 22). À grand'peine, presque pas, tout au plus.
À peine le soleil fait ouvrir les boutiquesBoileau (1636-1711)
À peine son sang coule et fait rougir la terre, Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerreJean Racine (1639-1699)
Sans peine, aisément, sans regret. Avec peine, à regret, difficilement. À toute peine, très difficilement.
Toutes les dignités que tu m'as demandées, Je te les ai sur l'heure et sans peine accordéesPierre Corneille (1606-1684)
Vous consentez sans peine à ne me plus revoirJean Racine (1639-1699)
Étymologie : Bourg. pone ; picard, peigne, poine ; wallon, pônn ; Berry, poine ; prov. esp. et ital. pena ; du lat. pœna ; grec ποίνη, suivant les uns du même radical grec (avec aspiration) que φονός, meurtre : proprement le prix du sang ; suivant d'autres, tenant au sanscrit pū, purifier.
Historique : XIe s. Mult [ils] ont eu et peines et ahans L'olifan [il] sone à dolur et à peine Las est li reis, car la peine est mult grant XIIe s. Moult m'a amors atornée Douce poine et biau labor Toute leur paine [ils] ont mise en moi trahir À paine [je] suis sans mourir eschapés Grans fust ma joie et ma poene legere XIIIe s. Et li baron en furent si lié [joyeux], que il ne le pooient croire se à peine non Moult orent li baron de peine toute la nuit et toute cele semaine, et li dus de Venise aussi, pour faire la pais Car de paine [douleur] [elle] clochoit com cheval qu'on encloe À painnes ert [était] don…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 33 sens
n. f.
Souffrance infligée pour une faute commise; châtiment, punition. Il a commis la faute, il en portera la peine. Ce bannissement est la peine de son crime. On ordonne cela sous peine de la vie. Peine corporelle, capitale, afflictive, infamante, pécuniaire. Prononcer, appliquer, infliger une peine. Subir une peine. Proportionner les peines aux délits. établir, déterminer des peines. Condamner à une peine. Encourir une peine. Il y a peine de mort contre ceux qui contreviendront à cet ordre. L’abolition de la peine de mort. Cela est défendu sous peine d’une amende, sous peine d’amende. La peine du talion. Le maximum de la peine.
En termes de Jurisprudence, Sous les peines de droit, Sous les peines portées par la Loi. La réimpression de ce livre avait été défendue sous les peines de droit.
En termes de Théologie, La peine du sens, Les douleurs que les damnés souffrent par les tourments de l’enfer. La peine du dam, Ce que la privation de la vue de Dieu leur fait souffrir. Les peines éternelles, Ce que les damnés souffrent en enfer. Les peines du purgatoire, Ce que les âmes souffrent dans le purgatoire.
âme en peine, âme qui subit les peines de l’enfer ou du purgatoire.
Fig. et fam., Il est comme une âme en peine, c’est une âme en peine se dit d’un Homme fort inquiet, très tourmenté de quelque chose.
PEINE signifie aussi Douleur, affliction, souffrance physique ou morale, sentiment de quelque mal dans le corps ou dans l’esprit. Peines de coeur. Les peines de la vie. C’est de lui que sont venues mes plus grandes peines. Je n’ai jamais éprouvé une peine si cruelle. Il m’a fait une grande peine, bien de la peine. Cela fait peine. Cela fait peine à voir. Adoucir, partager les peines de quelqu’un. Consoler quelqu’un dans la peine. Cacher ses peines.
être dans la peine, être dans l’affliction. Il signifie aussi être dans le besoin, dans une grande pénurie.
PEINE signifie encore Inquiétude d’esprit. J’étais fort en peine de ce qu’il était devenu. Vous m’avez tiré de peine. Me voilà hors de peine. On est extrêmement en peine de lui. Je suis en peine de n’avoir point de ses nouvelles. Les dernières nouvelles que j’ai reçues me mettent fort en peine. Il ne se met guère en peine de ce qui peut lui arriver.
PEINE signifie aussi Travail, fatigue, effort qui coûte. Il n’a pas fait cela sans peine. Il n’a ouvert cette porte qu’avec peine. Sa peine n’a pas été inutile, n’a pas été infructueuse. Puisque je vous ai obligé, je ne regrette pas ma peine. Je voudrais vous épargner cette peine. Prendre, se donner de la peine, bien de la peine. Il ne se donna pas la peine d’y penser. Cela ne demande pas, n’exige pas beaucoup de peine. Vous n’aurez pas grande peine à faire cet ouvrage. Je n’y ai pas eu grand-peine.
Prov., Toute peine mérite salaire. à chaque jour suffit sa peine.
Faire une chose sans peine, La faire facilement et, par extension, La faire de bon coeur.
Mourir à la peine, Mourir après avoir travaillé jusqu’au bout au succès d’une oeuvre ou d’une entreprise. Il est mort à la peine avant d’avoir vu l’achèvement de l’oeuvre à laquelle il s’était consacré.
Fig., Je réussirai dans cette entreprise, ou je mourrai à la peine, Je ne veux point me désister de ce que j’ai entrepris, rien ne m’y fera renoncer.
Perdre sa peine, ses peines, Travailler inutilement à quelque chose. On dit dans le même sens : C’est peine perdue.
Plaindre sa peine. Voyez
PLAINDRE.
En être pour sa peine, Ne pas réussir dans un travail, dans une entreprise.
Voilà pour votre peine se dit à Quelqu’un à qui l’on donne un pourboire.
Pour la peine, En récompense, en remerciement, en dédommagement.
Par politesse, Prenez la peine, donnez-vous la peine de faire cela, Je vous prie de faire cela. Il a pris la peine de venir me voir, Il est venu me voir.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
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