s. f.
Action de traverser, de faire traverser. Chemin qu'il y a à faire d'un lieu à un autre.
Promettons audit Boutet de n'accorder aucuns passe-ports et exemptions pour la sortie, entrée et traverses ou passages d'aucunes marchandises,
Parlons de la traverse d'Autun ici, qui est un chemin diabolique — Mme de Sévigné (1626-1696)
Route particulière, plus courte que le grand chemin, on menant à un lieu auquel le grand chemin ne mène pas. Prendre la traverse. Fig. Rue de traverse, petite rue qui va d'une grande rue à une autre. Fig. Par les traverses, par voie indirecte. De traverse, en dehors de la voie directe, du courant ordinaire. Au jeu, des paris de traverse, paris qui ne sont pas du courant du jeu. Fig.
Il fut décidé que nous suivrions jusqu'à deux lieues de Montélimart la grande route de Marseille, et que là nous prendrions la traverse — SAUSSURE.
As-tu remarqué, dans le chemin de traverse que nous avons pris tout à l'heure, un grand mur à droite ? — Mme de Genlis (1746-1830)
Terme de fortification. Massif de terre élevé sur le terre-plein d'un parapet, dans une tranchée ou dans une batterie, pour mettre les défenseurs à l'abri des coups de revers ou d'enfilade. Traverse tournante, celle qui est tout à fait indépendante de l'épaulement, et tout autour de laquelle on peut circuler.
Pièce de bois qu'on met en travers pour affermir certains ouvrages de menuiserie et de charpente. La traverse d'une porte, d'une fenêtre. Mettre des traverses. Terme de menuisier. Fausse traverse, celle qui est faite en bois mince et qu'on rapporte sur un panneau de porte ou de volet. Traverse de support, bande de bois plate qui se pose avec des chevilles sur le derrière des fourchettes d'un carrosse. Traverse de devant, morceau de bois qui s'attache des deux bouts sur le brancards.
Phidias profita des moindres espaces pour multiplier les ornements ; sur les quatre traverses qui lient les pieds du trône, je comptai trente-sept figures — Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
En serrurerie, les traverses d'une grille, les barres transversales.
Perche servant à la construction d'un train de bois.
Gros tuyau de tôle posé horizontalement et conduisant la fumée d'une cheminée bouchée par le haut dans une autre cheminée.
Dans un chemin de fer, pièces de bois posées transversalement sur la voie, et sur lesquelles reposent les coussinets des rails. En forêt, les bois de hêtre sont toujours très demandés pour traverses de chemins de fer.
Terme de pêche. Traverses des bourdigues, se dit des cloisons qui se dirigent l'une vers l'autre, et forment des espèces de goulets.
Armature en cuivre sur laquelle est monté le coulisseau d'un piston de cuvette à l'anglaise.
Terme de blason. Se dit quelquefois d'une barre de bâtardise.
Terme de marine. Banc de sable, de vase ou de gravier, à l'entrée d'un port, d'une rade ou d'une baie.
Fig. Obstacle, affliction, revers.
Après avoir passé tant et tant de traverses — Mathurin Régnier (1573-1613)
En vit-on jamais un [sort] dont les rudes traverses Prissent en moins de rien tant de faces diverses ? — Pierre Corneille (1606-1684)
À la traverse, loc. adv. D'une façon inopinée et gênante. Incidemment.
Les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie — Molière (1622-1673)
Ai-je jamais commencé une bonne action où le péché ne se soit comme jeté à la traverse ? — Bossuet (1627-1704)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).