traîner
verbe · /tʁɛne/
Usage : fréquent (94 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Déplacer une chose en la tirant derrière soi sans la soulever.
« Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes »André Chénier (1762-1794)
« Il [Sésostris] régna trente-trois ans, et jouit longtemps de ses triomphes, beaucoup plus digne de gloire, si la vanité ne lui eût pas fait traîner son char par les rois vaincus »Bossuet (1627-1704)
Avancer trop lentement, s'attarder ou prendre du retard.
« Impatients et bientôt las, Nous traînons nos jours inutiles ; Nous rêvons, nous ne vivons pas »Cardinal de Bernis (1715-1794)
Rester posé quelque part en désordre ou à l'abandon.
« Cotin à ses sermons traînant toute la terre »Boileau (1636-1711)
Se prolonger au-delà du temps normal sans parvenir à son terme.
« Votre tante, ajouta-t-il en s'en allant, ne peut pas traîner plus de deux ans »Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
« Tous les maux que la licence ne manque pas de traîner après soi »Bourdaloue (1632-1704)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Voir aussi : donne se traîner · variante trainer
Grammaire et formes (51)
- traînerions : conditionnel présent 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁjɔ̃/
- traînerais : conditionnel présent 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁɛ/
- traîneriez : conditionnel présent 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁje/
- traînerais : conditionnel présent 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁɛ/
- traîneraient : conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁɛ/
- traînerait : conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁɛ/
- traînons : impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnɔ̃/
- traînez : impératif présent 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛne/
- traîne : impératif présent 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traînerons : indicatif futur 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁɔ̃/
- traînerai : indicatif futur 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁe/
- traînerez : indicatif futur 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁe/
- traîneras : indicatif futur 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁa/
- traîneront : indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnəʁɔ̃/
- traînera : indicatif futur 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛnəʁa/
- traînions : indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnjɔ̃/
- traînais : indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnɛ/
- traîniez : indicatif imparfait 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnje/
- traînais : indicatif imparfait 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnɛ/
- traînaient : indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnɛ/
- traînait : indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛnɛ/
- traînâmes : indicatif passé 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnamə/
- traînai : indicatif passé 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛne/
- traînâtes : indicatif passé 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnatə/
- traînas : indicatif passé 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛna/
- traînèrent : indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnɛʁə/
- traîna : indicatif passé 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛna/
- traînons : indicatif présent 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnɔ̃/
- traîne : indicatif présent 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traînez : indicatif présent 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛne/
- traînes : indicatif présent 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traînent : indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnə/
- traîne : indicatif présent 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traîner : infinitif · /tʁɛne/
- traînées : participe passé pluriel féminin · /tʁɛne/
- traînés : participe passé pluriel masculin · /tʁɛne/
- traînée : participe passé singulier féminin · /tʁɛne/
- traîné : participe passé singulier masculin · /tʁɛne/
- traînant : participe présent · /tʁɛnɑ̃/
- traînassions : subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnasjɔ̃/
- traînasse : subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnasə/
- traînassiez : subjonctif imparfait 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnasje/
- traînasses : subjonctif imparfait 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnasə/
- traînassent : subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnasə/
- traînât : subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛna/
- traînions : subjonctif présent 1ʳᵉ pers. pluriel · /tʁɛnjɔ̃/
- traîne : subjonctif présent 1ʳᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traîniez : subjonctif présent 2ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnje/
- traînes : subjonctif présent 2ᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
- traînent : subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel · /tʁɛnə/
- traîne : subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier · /tʁɛnə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 28 sens
v. a.
Tirer après soi. Traîner quelqu'un dans la boue, le jeter dans la boue et le traîner. Fig. Traîner dans la boue, attaquer gravement la réputation de quelqu'un par des paroles ou par des écrits.
Ose-t-elle traîner Théodore à la mort ?Pierre Corneille (1606-1684)
Car comment sauver l'œuf ? le bien empaqueter ; Puis des pieds de devant ensemble le porter, Ou le rouler, ou le traîner, C'était chose impossibleLa Fontaine (1621-1695)
Traîner la jambe, marcher en tirant une des jambes après l'autre, parce que cette jambe est faible ou blessée. On dit dans le même sens : Ce cheval traîne la jambe. Traîner les hanches, se dit du cheval dont l'allure est mal assurée, ou qui galope faux et se désunit. Traîner les pieds, marcher de manière que les pieds ne quittent pas le sol, ce qui est un signe de grande faiblesse, et se voit chez quelques vieillards. Cet oiseau traîne l'aile, il a les ailes pendantes, ce qui marque qu'il est blessé ou malade.
Rouler avec soi, en parlant d'une rivière, d'un serpent. La rivière traîne bien des immondices, bien du sable.
Comme un torrent fougueux qui, du haut des montagnes Précipitant ses eaux, traîne dans les campagnes Arbres, rochers, troupeaux par son cours emportésJean-Baptiste Rousseau (1671-1741)
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes En longs cercles hideux leurs écailles sonnantesAndré Chénier (1762-1794)
Forcer d'aller.
Il [Vitikind] trouve, dans Brême, capitale du pays qui porte ce nom, un évêque, une église et ses Saxons désespérés, qu'on traîne à des autels nouveauxVoltaire (1694-1778)
Amener avec soi soit des personnes, soit des choses. Fig. Traîner quelqu'un partout, le mener partout où l'on va. Il traîne sa partie dans tous les tribunaux, se dit d'un plaideur qui traduit sa partie adverse de tribunal en tribunal. Fig. Traîner les cœurs après soi, gagner l'affection, l'admiration générale.
Mlle Gaudri vient de me dire que le czar traîne avec lui une fille, au grand scandale de Versailles, de Trianon et de MarlyMme de Maintenon (1635-1719)
Elle a pour premier point.... Exigé qu'un époux ne la contraigne point à traîner après elle un pompeux équipageBoileau (1636-1711)
Faire aller, avec un nom de chose pour sujet.
Que feriez-vous, hélas ! si quelque exploit nouveau Chaque jour, comme moi, vous traînait au barreau ?Boileau (1636-1711)
Daigne, ô divin Sauveur, que notre voix implore, Prendre pitié des fragiles mortels, Et vois comme du lit, sans attendre l'aurore, Le repentir nous traîne à tes autelsJean Racine (1639-1699)
Fig. Être accompagné de.
Le prince Antiochus, devenu nouveau roi, Sembla de tous côtés traîner l'heur avec soiPierre Corneille (1606-1684)
Et traînant avec soi les horreurs de la guerreBoileau (1636-1711)
Fig. Porter sans honneur.
Il serait désagréable de les voir traîner leur nom, et prendre des partis peu convenables à leur naissanceMassillon (1663-1742)
Fig Avoir pour conséquence, avec un nom de chose pour sujet. Cette action a traîné après elle une longue suite de malheurs, elle a été suivie de beaucoup de malheurs dont elle a été l'origine.
Don Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funesteMolière (1622-1673)
Tous les maux que la licence ne manque pas de traîner après soiBourdaloue (1632-1704)
Fig. Il se dit du temps, de la vie que l'on passe péniblement. Absolument.
Adieu, je vais traîner une mourante viePierre Corneille (1606-1684)
Moi me taire ? moi malheureuse ! Ah ! j'ai perdu mon fils ! il me faudra traîner Une vieillesse douloureuseLa Fontaine (1621-1695)
Il se dit des paroles, du ton, où il y a lenteur, de la voix qui s'allonge. Traîner ses paroles. Par extension et poétiquement.
En vain pour gagner temps, dans ses transes affreuses, [un orateur] Traîne d'un dernier mot les syllabes honteusesBoileau (1636-1711)
Tantôt l'affreux hibou, seul au sommet des toits, Traîne en accents plaintifs son effrayante voixJacques Delille (1738-1813)
Terme de construction. Traîner se dit particulièrement d'un moyen qu'on emploie pour exécuter, dans les bâtiments, les corniches de plâtre, en promenant le calibre ou profil sur le plâtre encore mou. Traîner une corniche, une moulure. On dit aussi pousser.
Traîner quelqu'un, différer à terminer l'affaire qu'on a avec lui. Il y a six mois que ce rapporteur me traîne pour le jugement de mon procès. Traîner quelque chose, en différer la conclusion. On dit dans le même sens : traîner en longueur.
Je ne sais demain si on jugera, ou si l'on traînera l'affaire toute la semaineMme de Sévigné (1626-1696)
Un tribun, corrompu à force de présents, traîna l'assemblée en longueur, et enfin la dissipaRollin (1661-1741)
V. n. Aller en traînant.
Elle [la perdrix] fait la blessée, et va traînant de l'aileLa Fontaine (1621-1695)
Pendre jusqu'à terre. Pendre en désordre. Fig.
Thamar était vêtue d'une robe qui traînait en bas, les filles des rois qui étaient encore vierges ayant accoutumé de s'habiller de la sorteLemaistre de Sacy (1613-1684)
On voit à l'horizon sa lueur [du crépuscule] incertaine, Comme les bords flottants d'une robe qui traîne...Lamartine (1790-1869)
Il se dit des choses non rangées qui ne sont pas à la place où elles devraient être. Chez lui tout est en désordre, tout traîne. Laisser traîner, ne pas prendre soin, ne pas ranger. Fig. Cela traîne dans tous les livres, traîne partout, se dit, par mépris, d'une pensée commune, vulgaire, etc. On dit dans le même sens : traîner les rues (c'est-à-dire traîner par les rues).
Il faut que la première [lettre] du 27 février ait traîné dans quelque bureau, ce qui arrive quelquefoisVoltaire (1694-1778)
On m'a mandé que la détestable copie sur laquelle le détestable Valade avait fait sa détestable édition [des Lois de Minos], venait d'une autre copie qui avait traîné dans l'antichambre de Mme du BarriVoltaire (1694-1778)
Languir sans pouvoir se rétablir.
Je me sens pesant et lourd, j'ai une fainéantise dans les membres, je bâille sans sujet.... tout me déplaît : je ne vis pas, je traîneMarivaux (1688-1763)
Votre tante, ajouta-t-il en s'en allant, ne peut pas traîner plus de deux ansBernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
Être l'objet de lenteurs, en parlant d'une chose. Cette affaire traîne. On dit dans le même sens : traîner en longueur. Mettre du retard, en parlant d'une personne.
L'affaire traîna en longueur et en aigreur, comme toutes les affaires de partiVoltaire (1694-1778)
J'attends mon fils, il s'en va à l'armée, il n'était pas possible qu'il fît autrement ; je voudrais même qu'il ne traînât point, et qu'il eût tout le mérite d'une si honnête résolutionMme de Sévigné (1626-1696)
Être froid, languissant, en parlant d'une œuvre littéraire. Ce discours, cet acte traîne.
Rester en arrière. Les blessés traînent loin du corps de l'armée. Impersonnellement. Il se dit aussi des bâtiments d'une flotte, d'un convoi qui, marchant mal ou manoeuvrant mal, restent en arrière. Se dit également des chiens de meute qui ne suivent pas le gros de la meute.
Sébastiani insista comme les autres sur l'état de l'armée : Il est affreux, repartit l'empereur, je le sais ; dès Vilna, il en traînait la moitié, aujourd'hui ce sont les deux tiers....Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)
Étymologie : Train ; provenc. trainar ; espagn. traginar ; ital. trainare.
Historique : XIIe s. Tant destrier vont lor resne traïnée De ci à un haut tertre l'en ont fait trahiner XIIIe s. Tout parmi la grant rue [ils] le firent traïner XIVe s. Et d'un autre aussi que son fils trahinet, le pere li dist, quant il fu tiahiné ou trait si que à l'uis : lesse, dit-il, seuffre toi, car si ques ici [jusqu'ici] trahiné ge mon pere Celui qui trahine son vestement, pource que il ne ait labeur et peine ou tristece à le sourlever XVIe s. Et si d'un pas difficile Hors du triste domicile Je me trayne par les champs L'ame ne faict que traisner et languir Il les traisnera, si elles ne veulent suy…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 22 sens
v. tr.
Tirer après soi. Les chevaux qui traînent une voiture, un bateau. Traîner une chaise, une table. Traîner un homme en prison. Les vaincus traînaient le char du vainqueur.
En termes de Maçonnerie, Traîner une corniche, une moulure, La façonner, l’exécuter au moyen d’un calibre qu’on traîne sur le plâtre frais.
TRAÎNER signifie encore Amener avec soi quelqu’un ou quelque chose qui embarrasse, qui gêne. Traîner après soi une longue suite de quémandeurs.
Il traîne sa partie dans tous les tribunaux se dit d’un Plaideur qui traduit sa partie adverse de tribunal en tribunal.
Fig., Traîner quelqu’un dans la boue, Proférer ou écrire contre lui des injures graves, des imputations diffamantes.
Fig., Cette action a traîné après elle une longue suite de malheurs, Elle a été suivie de beaucoup de malheurs, dont elle a été la source.
TRAÎNER signifie aussi Tirer, mener avec soi péniblement. Cet homme traîne la jambe. Votre cheval traîne la jambe.
Traîner les pieds, Marcher sans lever les pieds de terre.
Cet oiseau traîne l’aile, Ses ailes pendent, ce qui indique qu’il est blessé ou malade.
Fig., Traîner une vie languissante et malheureuse, être accablé de chagrins ou d’infirmités.
TRAÎNER signifie figurément Allonger, prolonger, différer, en parlant de Quelqu’un qui ne veut pas finir, qui ne veut pas terminer une affaire dont il est le maître. Il y a six mois que ce rapporteur me traîne pour le jugement de mon procès. L’homme à qui vous avez affaire vous traînera et ne finira point. Il m’a traîné longtemps avant de me payer.
Traîner sa voix, Parler lentement, en prolongeant les sons.
TRAÎNER s’emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Pendre jusqu’à terre. Un manteau, une robe qui traîne.
Il se dit, par extension, en parlant de Certaines choses qu’on laisse exposées où elles ne devraient pas être, au lieu de les mettre à leur place. Vous laissez traîner vos clefs, votre argent sur une table. Ces papiers ont traîné longtemps dans mon cabinet. Ce domestique laisse tout traîner.
Fig., Cela traîne dans tous les livres, cela traîne partout se dit par mépris d’une Pensée, d’une expression, d’un fait, d’une situation, etc., qu’on rencontre dans un livre et qu’on a déjà trouvée dans beaucoup d’autres.
TRAÎNER signifie aussi Marcher trop lentement, se prolonger. Il traîne toujours en chemin. Cette affaire traîne. La guerre traîne en longueur. Dans cette pièce l’action traîne.
Ce discours traîne, Il est froid, languissant.
TRAÎNER signifie aussi Rester en arrière. Des soldats qui traînent. Dans toute sa meute, il n’y a pas un chien qui traîne.
Il se dit figurément d’une Personne qui est dans un état de langueur sans pouvoir se rétablir. Il y a longtemps qu’il traîne. Il ne fait que traîner.
SE TRAÎNER signifie Se glisser en rampant. Ce soldat se traîna à travers les broussailles pour se glisser jusqu’aux lignes ennemies. Cet enfant est sans cesse à se traîner par terre.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée traîner#62153.