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servitude

servitude

nom, féminin · /sɛʁvitydə/

Usage : d'usage courant (4.00 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. État de dépendance ou de soumission totale envers une personne ou un pouvoir.

    Le peuple vivait dans une servitude totale sous ce régime.

    Synonymes : asservissement, sujétion.

    « Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude »Bossuet (1627-1704)

    « Le clergé, qui donne toujours l'exemple de la servitude, la prêchait aux autres sous le titre d'obéissance »Cardinal de Retz (1613-1679)

  2. Contrainte pesante qui limite la liberté d'action.

    Les astreintes de nuit sont une servitude pour les infirmiers.

    Synonyme : contrainte.

    « Libre de son joug le plus rude [de la cour], J'ignore ici la servitude De louer qui je dois haïr »Chaulieu (1639-1720)

    « La raison règne, et sous ses lois Y rassemble ces esprits droits Échappés à la servitude Des préjugés et des emplois »Gresset (1709-1777)

  3. Droit. En droit, charge grevant un bien immobilier au profit d'un autre bien.

    Une servitude de passage permet au voisin de traverser le terrain.

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Grammaire et formes (2)
  • servitudes : pluriel · /sɛʁvitydə/
  • servitude : singulier · /sɛʁvitydə/

Témoignages historiques

Littré (1873) · 10 sens

s. f.

  1. État de celui qui est esclave. Servitude barbare, état de l'esclavage tel qu'il se comporta sous les barbares après la chute de l'empire romain, et qui diffère peu de l'esclavage antique. La servitude des femmes, leur état de réclusion dans les pays musulmans.

    Pourrai-je moi-même me rengager sous les lois et la servitude d'un tyran dont j'ai éprouvé la dureté et la perfidie ?Massillon (1663-1742)

    Du droit de tuer dans la conquête, les politiques ont tiré le droit de réduire en servitudeMontesquieu (1689-1755)

  2. Il est quelquefois synonyme de servage, de condition de serf.

    La servitude, solennellement abolie en France par Louis Hutin, subsistait encore sous Louis XV dans plusieurs provincesCondorcet (1743-1794)

  3. Perte de l'indépendance nationale. Corneille l'a dit au sens actif : la servitude des Romains, la servitude imposée par les Romains : Et ce qu'ils [les rois d'Espagne] ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude, Sertor. II, 1.

    Prenez bien garde de ne pas oublier le Seigneur, qui vous a tirés du pays d'Égypte, de ce séjour de servitudeLemaistre de Sacy (1613-1684)

    Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitudeBossuet (1627-1704)

  4. Perte de la liberté politique.

    Sylla, qu'on nommait l'heureux, le fut trop contre sa patrie, que sa dictature tyrannique mit en servitudeBossuet (1627-1704)

    Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom ; ceux-ci [les Anglais], occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude [sous Cromwell]Bossuet (1627-1704)

  5. Par extension, état de dépendance, d'infériorité. Servilité.

    Il voit la servitude où le roi s'est soumisPierre Corneille (1606-1684)

    [Britannicus] D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude, Las de votre grandeur et de sa servitudeJean Racine (1639-1699)

  6. Contrainte, assujétissement. Il est obligé de se rendre là tous les jours à la même heure ; c'est une grande servitude.

    Vous trouverez Mme de Coulanges bien au-dessus des servitudes où vous l'avez vue autrefois : elle n'aime plus qu'autant qu'on l'aime ; et cette mesure est bonne, surtout avec les dames de la courMme de Sévigné (1626-1696)

    Une troisième erreur de cet hérésiarque était de compter parmi les servitudes de la loi l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeûne fût toujours libreBossuet (1627-1704)

  7. Ce qui exerce sur l'âme un effet comparé à la servitude. La servitude du démon, la servitude du péché, la servitude des passions, état d'un homme qui est dominé par le démon, par le péché, par les passions.

    Ce monde, si vain et si fragile, est trompeur, ingrat, plein de trahisons ; ô combien dure est sa servitude !Bossuet (1627-1704)

    L'âme, honteuse de sa servitude, vient à considérer pourquoi elle est néeBossuet (1627-1704)

  8. Terme de droit. Assujétissement imposé à un champ, à une maison, etc. par lequel le propriétaire est obligé d'y souffrir certaines charges, comme l'écoulement des eaux, un passage, une vue, etc. Servitude réelle, celle qui est constituée sur un immeuble pour l'utilité d'un autre immeuble, par opposition à la servitude personnelle, qui est constituée temporairement sur un héritage au profit d'une personne déterminée, comme le droit d'usufruit.

    Nulle servitude sans titre, c'est la jurisprudence du parlement de ParisVoltaire (1694-1778)

    Une servitude est une charge imposée sur un héritage pour l'usage et l'utilité d'un héritage appartenant à un autre propriétaire

  9. Terme de marine. Bateaux ou navires de servitude, sortes de petits navires destinés à faire le service des ports et des rades.

  10. Il s'est dit, mais ne se dit plus, comme formule de politesse, au sens d'être serviteur.

    Tous nos amis me parlent de vous quand je les rencontre, et me prient de vous assurer de leur servitudeMme de Sévigné (1626-1696)

Étymologie : Provenç. servitut ; anc. espagn. servitud ; ital. servitù ; du lat servitutem, de servus, serf. L'ancien servitune vient du lat. servitudinem.

Historique : XIIe s. Par force au païs il sejorne En servitune et en essil XIIIe s. Por ce, compains, li ancien, Sans servitute et sans lien, Pesiblement, sans vilenie S'entreportoient compaignie Li lais [le legs] ne doit pas estre fes d'eritage qui doie servitute au segneur Li sires qui le veut ataindre [un homme] de servitute, le doit sivir par devant le segneur soz qui il est couquans [couchant] et levans Servitutes de cors si sunt venues en mout de manieres Nos [nous] Othes, cuens palatins de Bourgoigne.... comme nostre amés cousins Tiebaud.... nous ait amené les gens à pied et à cheval tos de sa terre…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 4 sens

n. f.

  1. Esclavage, captivité; état d’un peuple entièrement subjugué. Mettre en servitude. Le joug de la servitude. Délivrer, tirer de servitude. Sortir de servitude.

  2. Fig., La servitude du démon, la servitude du péché, la servitude des passions, L’état d’un homme assujetti au péché, livré à ses passions.

  3. SERVITUDE signifie aussi Contrainte, assujettissement. Il est obligé de se rendre là tous les jours à telle heure, c’est une grande servitude.

  4. En termes de Jurisprudence, il désigne un Assujettissement, une charge que doit supporter le propriétaire d’une maison, d’une terre, comme un passage, une vue, l’écoulement des eaux, etc. Imposer une servitude. Racheter une servitude. Il y a de fâcheuses servitudes sur cette maison. Servitudes urbaines. Servitudes rurales. Servitude de passage, de vue.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée servitude#56941.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.