contrainte
nom, féminin, /kɔ̃tʁɛ̃tə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (6 sens)
Littré (1873)
s. f.
L'état d'être trop à l'étroit. Votre habit vous serre, vous devez être dans une grande contrainte. Fig. Gêne, difficulté. La contrainte de la mesure, de la rime.
Des vers semés dans la prose annoncent la contrainte et la prétention — Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
Violence exercée sur les actions. Fig.
Tantôt quand je fuyais une injuste contrainte — Jean Racine (1639-1699)
Quoi ! seigneur, vous iriez jusques à la contrainte ? — Jean Racine (1639-1699)
Terme de droit. Acte judiciaire par lequel on contraint quelqu'un à une chose. Contrainte par corps, voie d'exécution par laquelle un créancier prive son débiteur de sa liberté pour le forcer à remplir ses engagements. Contrainte morale, celle qui agit sur la volonté, par opposition à la violence physique.
Les négociants étant obligés de confier de grandes sommes pour des temps souvent fort courts, de les donner et de les reprendre, il faut que le débiteur remplisse toujours en temps fixé ses engagements ; ce qui suppose la contrainte par corps — Montesquieu (1689-1755)
Contrainte, ou contrainte administrative, mandement exécutoire décerné par l'autorité administrative contre celui qui doit au fisc. Porteur de contraintes.
Que la manière de percevoir ainsi la dîme eût prévenu les contraintes de même que les non-valeurs — Vauban (1633-1707)
Pour avoir un peu de temps, lequel une fois expiré, les contraintes recommencent plus cruelles que jamais — Vauban (1633-1707)
État de celui à qui l'on fait violence. La dure contrainte où il est. Par analogie.
Serments fallacieux, salutaire contrainte, Que m'imposa la force et qu'accepta ma crainte — Pierre Corneille (1606-1684)
C'est par la que l'on tient ses voisins en contrainte — Pierre Corneille (1606-1684)
Retenue qu'imposent le respect, les convenances, des circonstances particulières.
Le chagrin que vous allez avoir de quitter Grignan pour la contrainte des villes — Mme de Sévigné (1626-1696)
L'amour fuit la contrainte De tous ces noms que suit le respect et la crainte — Jean Racine (1639-1699)
Étymologie : Le participe passé contraint. L'ancien français avait constraignance et constreignement.
Historique : XIVe s. Et aucunes operacions sont lesquelles l'en ne doit faire pour nulle contrainte ne pour nulle paour Très dous pensers en li empraint, Par sa force et par sa contrainte, De ce qu'il vuet amer l'emprainte XVe s. Ils respondirent que par contrainte et sur menaces de mort, le duc d'Anjou les avoit fait devenir françois Et là demeura de sa volonté, et sans contrainte, à ses propres despens par l'espace de quatre mois XVIe s. Cette fille avoit eu peur qu'enfin il en veinst à la contraincte Là où il estoit besoing de cette contrainte, il condemnoit à l'amende ceulx qui y faisoient faulte Nos A…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Violence qu’on exerce contre quelqu’un, pour l’obliger à faire quelque chose malgré lui ou pour l’empêcher de faire ce qu’il voudrait. Employer la contrainte. User de contrainte. Exercer une contrainte sur quelqu’un. Faire quelque chose par contrainte. Agir sans contrainte.
Il signifie également état de celui à qui on fait cette violence. La pénible contrainte où il est. Vivre dans la contrainte.
Il se dit aussi de la Retenue que le respect, la considération, ou quelque autre cause, obligent d’avoir. La contrainte qu’imposent les bienséances. C’est une grande contrainte que d’être obligé de se taire en de certaines occasions.
Fig., La contrainte de la mesure, de la rime, La gêne, la discipline qu’imposent quelquefois aux poètes les règles de la mesure et les difficultés de la rime.
En termes de Procédure, il se dit de Tout acte par lequel on force quelqu’un à faire ou à donner une chose. Contrainte par corps, Le droit de faire emprisonner une personne, et L’action même d’arrêter, d’emprisonner en vertu de ce droit. Ordonner, prononcer la contrainte par corps contre quelqu’un. Exécuter la contrainte par corps.
En matière fiscale, il se dit du Mandement, exécutoire décerné par l’Administration du fisc contre son débiteur. Porteur de contraintes. Décerner une contrainte.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- contraintes — pluriel — /kɔ̃tʁɛ̃tə/
- contrainte — singulier — /kɔ̃tʁɛ̃tə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée contrainte#17775.