s. m.
Celui qui commande soit de droit soit de fait. Le maître de la maison. Un maître de maison. Bon maître. Mauvais maître. Fig. Seigneur et maître, sorte de pléonasme dont on se sert quelquefois dans le langage familier. Il est ici seigneur et maître. Une femme dit quelquefois, par plaisanterie, en parlant de son mari : mon seigneur et maître. Il a bon maître, c'est-à-dire il est au service ou dans la dépendance d'un homme puissant qui saura le protéger. Un air de maître, ton, manières de commandement, de supériorité. Heurter, frapper en maître, frapper à la porte d'une maison plusieurs coups de suite, ou seulement un coup très fort. On dit de même : sonner en maître. Parler en maître, avoir le ton du commandement. Fig. Chercher maître, ne pas savoir encore de quel parti on se rangera, quelle opinion on adoptera soit en politique, soit en religion, etc. Être son maître, ne dépendre de personne. Ce jeune homme est devenu trop tôt son maître.
C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois — Pierre Corneille (1606-1684)
Flatter ceux du logis, à son maître complaire — La Fontaine (1621-1695)
Particulièrement. Celui qui possède des esclaves.
L'esclave n'a qu'un maître : l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune — La Bruyère (1645-1696)
La raison veut que le pouvoir du maître ne s'étende point au delà des choses qui sont de son service — Montesquieu (1689-1755)
Roi, empereur, prince souverain. Mon maître, le roi mon maître, l'empereur mon maître, etc. expressions qu'emploient ordinairement les ambassadeurs ou autres agents d'un souverain, en pays étranger, lorsqu'ils parlent de lui. Maître du monde, possesseur d'une grande partie de la terre que par exagération on nomme le monde. Maître du monde, se dit aussi de la puissance divine. Il se dit enfin des souverains. Les maîtres de la terre, les rois, les princes. Le grand maître, Dieu. Le grand maître, se dit aussi d'un homme qui a toute autorité. Le maître des humains, Dieu.
Seigneur, il est bien dur de se voir sous un maître Dont on le fut toujours, et dont on devrait l'être — Pierre Corneille (1606-1684)
Qu'il est peu de sujets fidèles à leurs maîtres ! — Pierre Corneille (1606-1684)
Celui qui, par la force, entre en possession, en domination. Ayant battu les ennemis, il fut le maître de la campagne. Il resta maître du champ de bataille. Se rendre maître d'une place, d'une province, d'un poste. Se rendre maître de, arrêter les progrès. On ne put se rendre maître de l'émeute. On dit dans le même sens : être maître de. Les magistrats furent enfin maîtres de la sédition. Être maître du feu. Fig. Se rendre maître de, acquérir la disposition de, manier, tourner à son gré. Se rendre maître des esprits, des cœurs. Se rendre maître de la conversation, la diriger sur le sujet que l'on veut. Fig. Il a trouvé son maître, il a trouvé quelqu'un plus fort, plus savant que lui. C'était un querelleur, mais il a trouvé son maître. On dit dans le même sens : voir son maître. Vous êtes mon maître, se dit à celui par qui on a été vaincu dans quelque exercice, à un Jeu. On dit dans un sens analogue : Les Italiens sont nos maîtres en musique. g. Maître se dit de toutes les choses abstraites, intellectuelles, morales dont on dispose comme un maître fait de ce qu'il possède. Être maître de ses passions. Être maître de soi, avoir de l'empire sur soi-même. Cet écrivain, cet orateur, ce poëte est maître de son sujet, de sa matière, il possède bien son sujet, sa matière, et est capable de les bien traiter. Ce chanteur est maître de sa voix, il la dirige avec facilité. Être le maître, être maître de faire quelque chose, avoir la liberté, le pouvoir de faire quelque chose. Absolument. Être le maître ou maître, dominer sans contestation. Fig. Vous êtes bien le maître, vous pouvez faire ce que vous voudrez. Par civilité. Nous irons où il vous plaira, où vous voudrez, vous êtes le maître.
Le jour favorisa les efforts du duc de Trévise ; il se rendit maître du feu ; les incendiaires se tinrent cachés — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)
On ne leur laisse [aux peuples] plus rien à ménager quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion — Bossuet (1627-1704)
Propriétaire. Il est maître de cette terre, de ce château. L'œil du maître, la surveillance, la sollicitude du propriétaire. Il trouvera maître, se dit d'un objet de quelque prix, égaré, et signifie : il y aura quelqu'un qui le réclamera ou qui se l'appropriera.
Du palais d'un jeune lapin, Dame belette, un beau matin, S'empara : c'est une rusée ; Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée — La Fontaine (1621-1695)
Dites moi, s'il vous plaît, monsieur, à qui peut être Le château que voilà. - Mais.... il est à son maître — Regnard (1655-1709)
Celui qui enseigne quelque art ou quelque science. L'école normale est destinée à former des maîtres. Maître de langue. Maître de langue allemande. Maître de français. Maître ès arts, celui qui avait reçu, dans une université, les degrés qui donnaient pouvoir d'enseigner les humanités et la philosophie. Maître des sentences, surnom de Pierre Lombard, au XIIe siècle, auteur d'un livre qui portait ce titre. Dans les communautés religieuses. Père maître, celui qui dirige les novices. Maître de pension, celui qui prend des enfants en pension pour les instruire Maître d'école, celui qui enseigne aux enfants dans une école publique les connaissances les plus élémentaires. Maître d'étude, celui qui, dans un lycée, collége ou pensionnat, surveille les élèves pendant les heures d'étude et de récréation. Maître de danse ou maître à danser, celui qui enseigne la danse. Maître de musique, maître de piano, etc. celui qui enseigne la musique, le piano, etc. Maître de chant ou maître à chanter, celui qui enseigne la musique vocale. Terme de manége. Avoir les pieds en maître à danser, avoir les pointes des pieds trop en dehors. Maître à danser, compas à l'usage des horlogers, dont les branches croisées ressemblent par le bas à deux jambes portant leurs pieds en dehors. Maître de ballet, celui qui dirige l'exécution des ballets. Maître de musique, nom donné au chef de la musique d'un régiment ; il a le grade de sergent-major. Maître de musique, musicien gagé pour composer de la musique ou la faire exécuter. Maître en fait d'armes ou maître d'armes, celui qui enseigne l'escrime. Maître d'académie, écuyer qui tient un manége.
Il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie — Molière (1622-1673)
Son latin et son bon sens le rendent un bon écolier, et ma routine et les bons maîtres que j'ai eus me rendent une bonne maîtresse — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Celui qui enseigne, instruit, sans être un maître d'enseignement. Jurer sur la parole du maître, suivre en tout et aveuglément les opinions d'un philosophe, d'un savant, d'un chef d'école. Dans un sens très analogue. Le maître l'a dit, c'est-à-dire il n'y a point d'objection à soulever, celui qui a toute autorité sur notre raison a prononcé (c'est une locution qui provient de l'école de Pythagore). Ce qui enseigne, instruit.
Il doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître [Annibal] au secours du poison — Pierre Corneille (1606-1684)
Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse — Pierre Corneille (1606-1684)
Celui qui est savant, expert, éminent en quelque art ou science. Il est maître en éloquence, en poésie. Coup de maître, voy. COUP, n° 12. Main de maître, voy. MAIN. Les maîtres de la lyre, voy. LYRE. Il se dit particulièrement des grands peintres. Les maîtres de l'école française. Les petits maîtres, certain nombre de graveurs qui sont ainsi désignés dans les catalogues d'estampes. Fig. Celui qui excelle à. En maître, à la façon de celui qui excelle. Il écrit en maître. Celui qui, après avoir été apprenti, était reçu avec les formes régulières dans quelque corps de métier ; ce que l'on appelait passer maître. Il est passé maître. Fig. et familièrement. Il est passé maître en..., c'est un homme habile en.... soit qu'il s'agisse ou non d'une chose louable. Par plaisanterie. Passer quelqu'un maître, ne pas l'attendre pour dîner. Maître juré, voy. JURÉ 2, n° 2. Terme de franc-maçonnerie. Celui qui a été reçu dans la chambre du milieu, qui dirige les apprentis et les compagnons.
L'autre [Condé], comme un homme inspiré, dès la première bataille s'égale aux maîtres les plus consommés — Bossuet (1627-1704)
Ce grand maître de la perfection chrétienne, et qui avait été instruit par Jésus-Christ même — Bourdaloue (1632-1704)
Aujourd'hui, qualification donnée à des artisans qui emploient ou dirigent plusieurs ouvriers, qui ont des ateliers, qui font des entreprises, etc. Maître d'œuvre, l'ouvrier qui commande aux autres dans un atelier. Maître de pelle, garçon boulanger chargé d'enfourner. Terme de pêche. Maître de grave, celui qui, après la pêche de la morue, est chargé de faire sécher sur la grève les poissons dont on veut faire du stockfisch. Ancien terme d'eaux et forêts. Maîtres des œuvres, se disait autrefois de ceux qui étaient chargés des constructions civiles et navales.
Le vieux [castor] y fait marcher le jeune sans relâche ; Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton — La Fontaine (1621-1695)
Maître clerc, celui qui, dans une étude de notaire ou d'avoué, est le premier des clercs. Maître garçon, celui qui est le premier entre ses compagnons dans une maison, dans une boutique, etc. Maître valet, celui qui, dans une ferme, est à la tête des domestiques, et dirige l'exploitation sous le propriétaire ou fermier. Maître compagnon, celui qui conduit l'atelier pour le maître maçon et qui le remplace. Tambour maître ou maître tambour, celui qui dans un régiment apprend aux autres tambours à battre la caisse. Il ne faut pas confondre le tambour maître avec le tambour major, qui n'est que pour la parade.
Je suis, dit-il au sergent, le maître garçon de ce cabaret — Lesage (1668-1747)
Terme de marine. Maître d'équipage, sous-officier qui a autorité sur tout l'équipage. Maître calfat, le chef des calfats. Maître canonnier, sous-officier qui commande aux canonniers et a le détail de tout ce qui touche à l'artillerie. Maître chargé, titre donné à un maître qui a la responsabilité d'un détail à bord ou dans un port. Maître haleur, titre donné dans quelques ports à un homme qui préside au halage des navires que le vent et la marée ne favorisent point assez pour pouvoir entrer dans le port, ou pour en sortir. Anciennement, patron de navire marchand, de navire de transport. Maître valet, ancien nom du commis aux vivres ou cambusier.
Sa Majesté ayant été informée que quelques-uns des officiers subalternes se sont donné la liberté, pendant les campagnes qu'ils ont faites sur les vaisseaux, de frapper et maltraiter les maîtres desdits vaisseaux pour des causes légères ou par pur emportement, et voulant prévenir la suite d'un désordre aussi préjudiciable à son service...
Maître des hautes œuvres, le bourreau. Maître des basses œuvres, celui qui cure les puits, qui vide les fosses d'aisance.
Terme de palais et de pratique. Titre qu'on donne aux avocats, aux avoués et aux notaires. Par-devant maître un tel notaire à Paris. Titre qui était porté par tous les membres du parlement français. Maître ès lois, jurisconsulte. Compter de clerc à maître, voy. CLERC, n° 3.
J'ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros ; les gens l'avaient prise Pour maître tel, qui traînait après soi Force écoutants — La Fontaine (1621-1695)
Maître se dit familièrement en parlant à des gens de condition peu relevée et en parlant d'eux. Maître un tel, j'ai un mot à vous dire. C'est dans ce sens que la Fontaine a donné à quelques animaux la qualification de maître. Maître gonin, voy. GONIN. Maître aliboron, voy. ALIBORON. Maître Jacques, voy. JACQUES.
Que veut dire ceci ? notre maître Simon [un usurier] qui parle à votre père ! — Molière (1622-1673)
Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage, — La Fontaine (1621-1695)
Titre des personnes revêtues de certaines charges. Maître des requêtes. Maître des comptes. Maître des cérémonies. Maître de la garde-robe. On dit aussi grand maître des cérémonies, grand maître de la garde-robe, etc. Grand maître de l'université de France, titre donné au chef de l'université sous le premier empire lors de la fondation de l'université impériale. C'est un des titres que prend le ministre de l'instruction publique. Maître du sacré palais, titre d'un religieux dominicain, qui demeure dans le palais du pape, et qui a la principale autorité pour examiner les livres, et pour donner la permission d'imprimer. Grand maître, titre donné aux chefs des ordres militaires, des ordres de chevalerie. Le grand maître de l'ordre de Malte. Le grand maître des Templiers
Cinquante maîtres des requêtes déclarèrent d'une voix unanime toute la famille Calas innocente, et la recommandèrent à l'équité bienfaisante du roi — Voltaire (1694-1778)
Calingford était grand maître de sa maison [à M. de Lorraine] et à la tête de son conseil — Saint-Simon (1675-1755)
Maître de chapelle, celui qui est chargé de diriger le chant dans une église, et de former les enfants de chœur. Il se dit quelquefois pour maître de musique, mais seulement en parlant des orchestres d'Italie.
Maître d'hôtel, homme chargé de diriger tout ce qui concerne la table dans une grande maison. Terme de cuisine. Sauce à la maître d'hôtel, sauce composée principalement de beurre frais, sel, poivre, filet de vinaigre et fines herbes hachées. Anciennement. Maître queux, le chef des cuisiniers dans une grande maison.
Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de M. Fouquet, qui l'était présentement de M. le Prince, cet homme d'une capacité distinguée de toutes les autres, dont la bonne tête était capable de contenir tout le soin d'un État.... s'est poignardé — Mme de Sévigné (1626-1696)
Pour la première fois je vis avec beaucoup d'étonnement le maître d'hôtel servir l'épée au côté et le chapeau sur la tête — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Anciennement, soldat cavalier.
M. de Saint-Thou, allant reconnaître un mouvement des ennemis, avec trente maîtres, en rencontra deux cents — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il avait pris huit ou dix maîtres commandés par un officier de sa connaissance — Antoine Hamilton (1646-1720)
Dans le langage familier, maître se joint quelquefois à certains termes d'injure, dont il augmente l'énergie. Il se joint aussi comme éloge à des qualifications d'ailleurs indifférentes ou honorables. Un maître homme, un maître sire, un homme entendu, habile, qui sait se faire obéir, se faire servir. Dans un sens analogue, il se dit des choses inanimées, et signifie alors premier ou principal. Le maître chevron. Terme de marine. Maître bau, la poutre du pont placée dans la partie la plus large. Maître couple, le couple de membrure le plus ouvert. Maître gabarit, la partie la plus large du bâtiment.
Taisez-vous, maître sot ; cette rue où nous sommes est celle que je cherche — Scarron (1610-1660)
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons Regardaient rôtir des marrons — La Fontaine (1621-1695)
Terme de chasse. Nom donné aux cordes qui, bordant le haut et le bas des pièces de toile et des panneaux, servent à les tendre.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).