maîtresse
nom, féminin · /mɛtʁɛsə/
Usage : fréquent (40 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Femme aimée d'un homme en dehors du mariage, avec qui il entretient une liaison.
Le roi entretenait une maîtresse à la cour.
Synonyme : amante.
« J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ? »Alfred de Musset (1810-1857)
« J'ignore ce grand art qui gagne une maîtresse »Boileau (1636-1711)
Familier. Fam., enseignante d'une classe d'école primaire : la maîtresse d'école.
La maîtresse a corrigé les cahiers hier soir.
Synonyme : institutrice.
Femme qui dirige, qui a autorité sur un lieu ou des personnes : la maîtresse de maison.
La maîtresse des lieux accueillait chaque invité avec un sourire.
« L'oisiveté est la maîtresse de tous les crimes »Bourdaloue (1632-1704)
« Vous vîtes ces maîtresses du monde [Anne et Marie-Thérèse] vivre parmi vous [religieuses du Val-de-Grâce] comme vous qui l'avez quitté »Fléchier (1632-1710)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Voir aussi : féminin de maître
Expressions : maîtresse de maison · maîtresse femme
Grammaire et formes (2)
- maîtresses : pluriel · /mɛtʁɛsə/
- maîtresse : singulier · /mɛtʁɛsə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 9 sens
s. f.
Celle qui domine, dirige, possède. Les domestiques et leur maîtresse. Dame et maîtresse, sorte de pléonasme qui se dit quelquefois dans le langage familier. Elle est ici dame et maîtresse. Maîtresse de maison, la dame qui, à titre d'épouse, de parente ou autre, dirige une maison. Maîtresse de soi-même, femme qui peut disposer de son sort comme elle veut. Maîtresse d'elle-même, se dit aussi d'une femme qui se possède. Être maîtresse de, être la maîtresse de, disposer à son gré. Absolument. Être la maîtresse, faire ce qu'on veut. Être maîtresse de, contenir, dominer.
Fille, femme, mère, maîtresse, reine, telle que nos vœux l'auraient pu faireBossuet (1627-1704)
Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresseJean Racine (1639-1699)
Il se dit des armées qui s'emparent. Fig.
Pendant que le parlement d'Angleterre songe à congédier l'armée, cette armée, toute indépendante, réforme à sa mode le parlement, qui eût gardé quelques mesures, et se rend maîtresse de toutBossuet (1627-1704)
Ses armées, maîtresses de Naples au nom de l'archiduc son frère, et maîtresses, en son propre nom, du Bolonais, du Ferrarais, d'une partie de la Romagne, menaçaient RomeVoltaire (1694-1778)
Fig. Il se dit de choses qu'on personnifie.
Et forçant sa vertu d'être encor la maîtressePierre Corneille (1606-1684)
La rébellion longtemps retenue, à la fin tout à fait maîtresseBossuet (1627-1704)
Celle qui possède un pays à titre souverain. La reine ma maîtresse, l'impératrice ma maîtresse, expressions qu'emploient les ambassadeurs et autres agents politiques en parlant de leur souveraine. La maîtresse du monde, de la terre, des nations, Rome. Dans le style biblique, la maîtresse des nations, Jérusalem.
Vous vîtes ces maîtresses du monde [Anne et Marie-Thérèse] vivre parmi vous [religieuses du Val-de-Grâce] comme vous qui l'avez quittéFléchier (1632-1710)
Je songe quelle était autrefois cette ville [Troie], Si superbe en remparts, en héros si fertile, Maîtresse de l'Asie....Jean Racine (1639-1699)
Fille ou femme recherchée en mariage, ou, simplement, aimée de quelqu'un, ainsi dite de l'empire qu'elle exerce sur l'homme qui l'aime. Faire une maîtresse, faire maîtresse, prendre une maîtresse.
Ils semblent, comme moi, servir une maîtressePierre Corneille (1606-1684)
M'en croyez-vous, seigneur ? ne la revoyez point ; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses, Vous trouverez à Rome assez d'autres maîtresses, Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur Les plus grands y tiendront votre amour à bonheurPierre Corneille (1606-1684)
Femme ou fille qui vit avec un homme dans un commerce de galanterie. Maîtresse déclarée, nom qu'on donnait sous l'ancienne monarchie à la femme qui portait publiquement le titre de maîtresse du roi. Fig. Épouser sa maîtresse, devenir possesseur d'une chose, et, par la possession même, s'en dégoûter.
Elle avait envie d'être la maîtresse du roi, elle l'estMme de Sévigné (1626-1696)
La duchesse de Valentinois ne pouvait pardonner à Mme d'Étampes de lui avoir ôté le titre de maîtresse du roiLAFAYETTE
Celle qui enseigne. Une maîtresse de piano, de chant. Une maîtresse de langue. Fig. Maîtresse de pension, dame qui est à la tête d'un pensionnat de jeunes filles. Maîtresse d'école, femme qui enseigne dans une école les éléments aux petites filles.
Je voudrais que vous sussiez que la maîtresse des novices est la plus importante charge de la maison, et, en un sens, plus que la supérieureMme de Maintenon (1635-1719)
Les enfants voient fort bien les vices ou les vertus de leurs maîtresses ; il faut parler à une fille de sept ans aussi sensément qu'à une de vingtMme de Maintenon (1635-1719)
Maîtresse se joint à des qualifications injurieuses pour les renforcer. Une maîtresse coquine. Il se joint aussi à des qualifications indifférentes ou louables, également pour les renforcer. Une maîtresse femme, une femme capable, habile, résolue. Il se dit, dans un sens analogue, des choses inanimées, et signifie principal. Maîtresse pièce, la principale pièce d'un ouvrage quelconque. Terme de marine. Maîtresse varangue, celle qui répond au maître couple. Maîtresse ancre, la plus grosse ancre d'un bâtiment. Maîtresse levée, la section verticale passant par l'axe ou le milieu de la largeur des branches du maître couple. Maîtresses garcettes, les deux garcettes centrales d'une bande de ris, etc. Terme de pêche. Maîtresse corde, la plus grosse des cordes dont on se sert pour le genre de pêche appelé pêche aux cordes.
Un beau matin, sa femme, qui était une maîtresse commère, entre dans son cabinetSaint-Simon (1675-1755)
Elle parla avec tant de force qu'une nouvelle servante, qui l'entendait, l'interrompit en s'écriant : Pardi, voilà encore une maîtresse femmeMme de Genlis (1746-1830)
Petite-maîtresse, femme qui est d'une élégance recherchée dans son ton, dans ses manières, dans sa parure, et qui a un air avantageux.
La coquetterie fait les plus extravagantes petites-maîtressesJean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Mme de Bose aurait été sa fille ; elle était brillante et petite-maîtresseJean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Étymologie : Dérivé de maître ; bourguig. moitresse ; provenç. majestra, magestra, maistra ; espagn. maestra ; portug. mestra ; ital. maestra. Au XIIe siècle on trouve maistriere dans le sens de femme avec qui on a commerce d'amour : S'uns gentils hom fist de moi sa maistriere
Historique : XIIIe s. [Il] A respondu : dame prestresse, Jà fustes vous sa maïstresse XVe s. Celle maistresse [gouvernante] estoit vieille dame, si sçavoit assez de charmes et d'enchantemens. La dame en sa maistresse chambre, gisante sur une couchette XVIe s. Ame maistresse de ses passions Lui presentant Bradamante ou Angelique pour maistresse à jouir Brantôme, citant ces mots de J. de Saintré : sa dame et amoureuse, ajoute : Car de ce temps ce mot de maistresse ne s'usoit Vous qui, pipez d'amour, d'erreur et de jeunesse, Adorez vainement une folle maistresse
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
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