gueux

gueux

adjectif

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens)

Littré (1873)

adj.

  1. Qui est necessiteux, réduit à mendier (ce qui se dit avec un sens de dédain plutôt que de pitié). Familièrement. Être gueux comme un rat, comme un rat d'église, comme un peintre, c'est-à-dire être fort pauvre.

    Figurez-vous l'orgueilleux Diogène qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon, les presbytériens d'Écosse ne ressemblent pas mal à ce fier et gueux raisonneur — Voltaire (1694-1778)

    Chartier [l'éditeur d'Hippocrate et de Galien] est plus gueux qu'un pauvre peintre, dix mille écus ne payeront pas ses dettes — Gui Patin (1601-1672)

  2. Qui n'a pas de quoi vivre selon son état ou ses désirs. Un avare est toujours gueux, un avare se refuse le nécessaire.

    Mais il aime sa fille et voudra s'informer ; S'il apprend qu'il est gueux ? — HAUTER.

    Il est gueux, archigueux — Thomas Corneille (1625-1709)

  3. Il se dit des choses qui attestent la gueuserie. Un équipage gueux. Fig. Terme d'architecture. Corniche gueuse, corniche dénuée d'ornements.

  4. S. m. Celui qui fait métier de demander l'aumône. Mener une vie de gueux. Il est jaloux comme un gueux de sa besace, il est très jaloux. Fig. C'est un gueux revêtu, se dit d'un homme de rien qui a fait fortune, et qui en est devenu arrogant. Fig. Gueux fieffé, mendiant qui se tenait toujours à la même place. Gueux de l'ostière, mendiant qui allait de porte en porte. Au fémin. Une gueuse, une mendiante. Vieilli en cet emploi.

    Il rencontra un gueux couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé.... — Voltaire (1694-1778)

    Sages et fous, gueux et monarques, Apprenez un fait tout nouveau — Béranger (1780-1857)

  5. Celui qui est dans la gêne, dont les ressources sont au-dessous de son état. Ce qui a le caractère mesquin.

    C'étaient des gueux adorés des souverains et des peuples, que les consuls et les dictateurs de ce temps-là — Guez de Balzac (1597-1654)

    Diogène là-bas est aussi riche qu'eux [ceux qui entassent], Et l'avare ici-haut, comme lui, vit en gueux — La Fontaine (1621-1695)

  6. Terme de dédain qu'on applique à des gens de mauvaise apparence ou de mauvaise conduite. Il se dit au féminin dans le même sens. Particulièrement. Coquin, fripon. Méfiez-vous de cet homme, c'est un gueux. Au féminin. Très familièrement, une coquine, une femme qui vit mal.

    Je veux le faire, moi, mourir sous le bâton, Ou le gueux dès ce soir quittera ma maison — Destouches (1680-1754)

    Mandrin, suivi de cinquante gueux, met une ville entière à contribution ; dès qu'il est entré par une porte, on dit à l'autre qu'il vient avec quatre mille combattants et du canon — Voltaire (1694-1778)

  7. Gueux de, dans le langage populaire, s'emploie comme diable de. Une gueuse de souris qui m'empêche de dormir. Je souffre toujours de mon gueux de rhumatisme.

  8. S. m. pl. Les gueux, nom que prirent au seizième siècle les huguenots des Flandres, à l'occasion du discours peu mesuré de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, qui avait dit en parlant des seigneurs calvinistes que c'était des gueux qu'elle ne redoutait pas. Gueux de mer, s'est dit des marins hollandais qui armèrent à la Brielle, en 1572, pour faire la course contre les Espagnols. Gueux des bois, s'est dit, à la même époque, des paysans armés qui commencèrent à faire la guerre en partisans, pour fonder l'indépendance des Provinces-Unies.

  9. S. m. Espèce d'oiseau de mer.

Étymologie : L'exemple du XVe siècle prouve que gueux a signifié cuisinier et est une autre forme de queux (voy. ce mot). On peut aussi citer à l'appui ce passage de Voltaire : L'Europe fut inondée de ces dignités héréditaires, de maréchaux, de grands veneurs, de chambellans d'une province ; il n'y eut pas jusqu'à la grande maîtrise des gueux de Champagne qui fut une prérogative de famille, Mœurs, 70. Ce mot a passé, par dénigrement, des marmitons aux mendiants, aux mauvais sujets. Diez objecte que, si gueux représente queux, queux, qui représente coquus, n'a l's ou x qu'à titre de nominatif, que ces sorte

Historique : XVe s. Le duc, trois gueux pour sa cuisine, chascun compté par quatre mois, et doit le gueux en la cuisine commander, ordonner et estre obei XVIe s. Les gueux ont leurs magnificences et leurs voluptez, comme les riches Et avons fait cognoistre que nous ne sommes pas des gueux, comme l'on disoit, et que nous avons plus de moyen et de force en main pour faire service au roy en son besoin que n'ont avec toute leur suitte et praticques ceux qui nous veulent exterminer XVe s. Ajoutez : S'ele est fine [une dame], soyez songneux Que de ses fins tours vous gardez ; Car souvent les plus rouges gueux [l…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (3)
  • gueuses — pluriel
  • gueuse — singulier féminin
  • gueux — singulier masculin

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée gueux#139106.

gueux

nom, masculin, /ɡø/

Voir aussi : forme féminine gueuse

Témoignages historiques

Frise des témoins : Académie 1935 (7 sens)

Académie française, 8e édition (1935)

n.

  1. Indigent, nécessiteux, qui mendie de façon à s’attirer le mépris. On a beau leur venir en aide, ces gens-là sont toujours gueux. Mener une vie de gueux. Un gueux de profession.

  2. Par extension, il signifie Coquin, fripon. Ne vous fiez pas à lui, c’est un gueux fieffé.

  3. Dans cet emploi, GUEUSE se dit d’une Femme de mauvaise vie. Courir la gueuse.

  4. GUEUX s’emploie aussi comme adjectif et signifie Qui est indigent, nécessiteux. C’est une famille fort gueuse.

  5. Fig., en termes d’Architecture, Cette corniche est gueuse, Elle est trop dénuée d’ornements.

  6. Il se dit, particulièrement, d’une Personne qui n’a pas de quoi vivre selon son état, selon ses désirs. C’est un hobereau fort gueux.

  7. Prov., Un avare est toujours gueux, Un avare se refuse jusqu’au nécessaire.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • gueux — forme de base — /ɡø/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée gueux#30594.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.