v. a.
Sentir par le sens du goût ce qui est savoureux. Il goûte ce qu'il mange. Absolument. Il avale sans goûter. Se dit aussi des choses dont on ne juge que par l'odorat. Goûtez ce tabac.
Vérifier la saveur d'une chose, en mettant dans la bouche une petite quantité de cette chose. Le cuisinier n'a pas goûté cette sauce.
Fig. Approuver, trouver bon et agréable. Terme de manége. Goûter la bride, se dit du cheval qui s'accoutume aux effets du mors.
J'écoute la raison, j'en goûte les avis — Pierre Corneille (1606-1684)
L'époux goûta quelque peu ces raisons — La Fontaine (1621-1695)
Faire cas de, avoir du goût pour, en parlant des personnes. Terme de dévotion. Goûter Dieu, servir Dieu avec amour.
Je n'ai pas douté que ce prédicateur ne fût goûté — Bossuet (1627-1704)
C'est un avantage rare à un savant d'être goûté par un prince, et, pour tout dire aussi, c'est un avantage rare à un prince de goûter un savant — Fontenelle (1657-1757)
Sentir avec plaisir, jouir de. Par antiphrase.
N'épargnez point mon sang, goûtez sans résistance La douceur de ma perte et de votre vengeance — Pierre Corneille (1606-1684)
Lieux que j'aimais toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ? — La Fontaine (1621-1695)
V. n. Boire ou manger quelque peu d'une chose dont on n'a pas encore bu ou mangé. Quand voulez-vous goûter à notre vin ? Cette volaille est excellente ; goûtez-y. Il se dit aussi des choses dont on ne juge que par l'odorat. J'ai goûté à votre tabac. Fig. Essayer, tâter, faire l'épreuve de. Dans le style biblique, goûter de la mort, mourir.
Tibère lui dit : Et toi, Galba, tu goûteras un jour de l'empire — PERROT D'ABLANCOURT
Tout ce que peuvent faire ces misérables amoureux des grandeurs humaines, c'est de goûter tellement de la vie qu'ils ne songent point à la mort — Bossuet (1627-1704)
Se goûter, v. réfl. Avoir du goût l'un pour l'autre. Se goûter soi-même, avoir du goût pour soi-même, se laisser aller à l'amour-propre. Être goûté. Le vin se goûte mieux quand on mange.
Les hommes ne se goûtent qu'à peine les uns les autres, n'ont qu'une faible pente à s'approuver réciproquement — La Bruyère (1645-1696)
Dès nos premières entrevues, nous voir, nous goûter, nous chérir, désirer de nous voir encore, en fut l'effet simultané — Marmontel (1723-1799)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).