v. n.
Il sert en général à lier l'attribut au sujet, à indiquer l'existence de l'attribut dans le sujet, à attribuer à quelqu'un ou à quelque chose une qualité, un état, etc. ; c'est là le sens propre et primitif. La terre est ronde. Louis XIV fut roi de France. Il était négociant. Soyons se dit souvent, surtout dans le style élevé, en se parlant à soi-même. Terme de manége. Être droit, se dit d'un cheval qui ne boite point.
Mais soit cette croyance ou fausse ou véritable — Pierre Corneille (1606-1684)
Je suis toujours moi-même et mon cœur n'est point autre — Pierre Corneille (1606-1684)
Avec un sens antonomastique, par suppression de l'attribut, avoir l'existence réelle. Dieu, dans l'Écriture sainte, s'appelle celui qui est. Il se dit aussi d'une existence purement idéale. Cela n'est pas, je doute que cela soit, c'est-à-dire cela n'est pas vrai, réel, je doute que cela soit vrai. Cela sera, cela ne sera pas, c'est-à-dire cela arrivera, cela n'arrivera pas. Vous n'étiez pas encore au monde, ou, simplement, vous n'étiez pas encore, quand.... c'est-à-dire vous n'étiez pas encore né, quand.... En poésie et dans le style élevé, n'être plus, avoir cessé de vivre. Le prétérit fut, ou, impersonnellement, il fut, se dit pour signifier que quelque chose a cessé d'exister.
Et je garde avec vous la même liberté Que si votre Sylla n'avait jamais été — Pierre Corneille (1606-1684)
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est — Pascal (1623-1662)
Être, se dit quelquefois pour exprimer la réalité, par opposition à l'apparence.
Rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme : on la voit en toute chose comme au travers d'un cœur de cristal : on ne se cache point ; vous n'avez point vu de dupes là-dessus ; on n'a jamais pris longtemps l'ombre pour le corps ; il faut être, il faut être, si l'on veut paraître.... — Mme de Sévigné (1626-1696)
Se trouver en un lieu. Soyez ici ou là, que m'importe ? Fig. Être ailleurs, ne pas prêter son attention. Répétez, je vous prie, j'étais ailleurs.
Être, se construit avec certains adverbes et avec des locutions adverbiales. Être bien, être mal avec quelqu'un, être avec quelqu'un dans de bons, dans de mauvais rapports. Être bien, être mal, se porter bien, se porter mal. Et sans ces adverbes : Comment est notre malade, comment va-t-il ?
Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause : Je serai mieux en main pour vous conter la chose — Molière (1622-1673)
Soyons de concert auprès des malades — Molière (1622-1673)
Être, construit avec la préposition à, exprime en particulier l'appartenance, la dépendance. Cette maison est à moi. Être à...., être lié par les nœuds du mariage, de l'amour. Être à, être au service de. Je suis tout à vous, tout disposé à faire ce qui vous sera agréable. Je suis à vous dans un moment, c'est-à-dire attendez-moi, je reviens à l'instant, ou je vais m'occuper de vous. Il n'est plus à lui, se dit d'un homme dont l'esprit est dans une agitation extrême. On dit dans un sens analogue, n'être plus soi-même. Être à, se dit aussi de la situation, du temps, de l'occupation, etc. Le malade est à l'agonie. Il est à son travail. Il est au lit. Ma famille est à la campagne. Nous sommes au mois de janvier. Vous êtes à la fin du trimestre. Être à jeun, se dit d'une personne qui n'a pris aucun aliment dans la journée. Être à mépris, être méprisé. Être à, se dit, dans le langage des mathématiques, des rapports et des proportions. 2 est à 4 comme 8 est à 16. Être à quelque chose, s'en occuper, y prêter attention. Il est tout à ce qu'il fait. Vous n'êtes pas à ce que je vous dis. Être à, suivi d'un infinitif, être occupé à.... Être longtemps à, mettre beaucoup de temps. Il est longtemps à faire son ouvrage. Familièrement. Il est toujours à se plaindre, ils sont toujours à se quereller, il ne cesse de se plaindre, ils ne cessent de se quereller. Être à faire, à savoir, etc. c'est-à-dire ne pas faire encore, ne pas savoir encore, etc. Être à plaindre, à blâmer, être digne de pitié, de blâme. Cela est à vendre, à louer, c'est-à-dire on veut vendre, on veut louer cela. On dit aussi cette marchandise est à prendre ou à laisser. Cela est à faire, cela est à recommencer, c'est-à-dire on devra faire, recommencer cela. Être homme à, être capable de.... Impersonnellement. Il est à croire, à désirer, etc. on doit croire, désirer, etc.
Avant que d'être à vous, je suis à mon pays — Pierre Corneille (1606-1684)
Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Être, construit avec la préposition de, indique le rapport de l'effet à la cause, l'origine, l'extraction. Cette tragédie est de Corneille. Cet enfant est de lui. Cette marchandise est de fabrique anglaise. Ces figues sont du Levant. Être de, exprime la profession, la condition. Il est d'Église, d'épée, de robe. Il exprime la matière. Cette statue est de marbre. Il exprime l'occupation. Je suis de service, de garde. Un interne est de garde dans un hôpital. Il est de semaine. Marque la participation. Il est de moitié dans l'affaire. Il sera de la partie. Être du nombre de, ou, simplement, être de, être parmi. Je ne suis pas de ces gens qui.... Je suis d'avis que...., c'est-à-dire mon avis est que.... Cela est bien de son caractère, cela est bien de lui, c'est-à-dire cela est conforme à son caractère, à sa manière de penser et d'agir. Cela n'est pas du jeu ou de jeu, c'est-à-dire cela n'est pas selon les règles du jeu, ne fait pas partie des conventions. Exprime la manière d'être. Cet enfant est d'une grande intelligence. Cette étoffe est d'un teint trop clair. Être de, avec un substantif, exprime quelquefois la nécessité, l'obligation d'une chose. Dans ce lieu une mise décente est de rigueur. Exprime la conformité. Ces habitudes ne sont plus de nos mœurs. Être de l'avis, de l'opinion de quelqu'un, partager son avis, son opinion. Être de quelque chose à quelqu'un, l'intéresser. Il ne m'est de rien, nous ne sommes pas parents. Familièrement. Il ne m'est ni d'ève ni d'Adam, je n'ai pas avec lui de parenté si éloignée qu'elle soit. Impersonnellement. Il est d'homme sage, etc. c'est l'action d'un homme sage. Il est de la justice, etc. la justice commande. La peste soit du butor ! Peste soit de vous ! Voy. PESTE.
Ces damnables complots sont des gens de la cour — Rotrou (1609-1650)
Le poëte Épiménide, qui fit un voyage à Athènes du temps de Solon, était de Crète — Rollin (1661-1741)
Terme de généalogie. Être du trois au quatre, du cinq au quatre avec quelqu'un, être dans un degré de parenté tel que les deux personnes dont il s'agit, appartenant à deux branches différentes, aient un bisaïeul, un trisaïeul commun ; ainsi la parenté du grand Condé avec M. de Vardes était du cinq au quatre, c'est-à-dire qu'ils avaient un trisaïeul commun, la Trémouille. Ce qui fait que l'on exprime ainsi cette parenté, c'est que le point de départ n'est compté qu'une fois : la Trémouille, une fille, une fille, une fille, Condé, cinq ; de l'autre côté, une fille, un garçon, une fille, Vardes, quatre.
Elle [la princesse de Tarente] n'est que du trois au quatre avec madame la Dauphine ; il faut être son neveu ou sa nièce pour qu'elle compte cela pour quelque chose — Mme de Sévigné (1626-1696)
Être, construit avec la particule en, exprime le point où l'on est parvenu dans un travail, dans une affaire, et quelquefois l'état où l'on est réduit. Où en êtes-vous de votre ouvrage ? Où en est l'affaire ? Où en êtes-vous de votre procès ? j'en suis à faire nommer un rapporteur. Voilà où j'en suis. Il ne sait où il en est, il est troublé au point qu'il ne sait plus ce qu'il fait. En êtes-vous là ? croyez-vous cela ? ou bien êtes-vous dans cette résolution, dans cette erreur ? Où en sommes-nous ? se dit par indignation ou par plainte, quand on voit quelque grand désordre. Il n'en est pas où il croit, il est bien loin de ce qu'il espère ou imagine. On supprime quelquefois la particule en. En être, être de la partie, de l'affaire, etc. Je vous baise les mains, je m'en vais ici près Chez mon oncle dîner. - ô Dieu ! le galant homme ! J'en suis. J'en suis pour ce que j'ai dit, je garde l'opinion que j'avais exprimée. Elliptiquement et familièrement. Il en est, il est d'une société, d'une bande suspecte, de la police. Elliptiquement et populairement. C'en est, je crois que c'en est, se dit, par euphémisme, des excréments humains. Cela n'en est pas, celui-là n'en est pas, c'est-à-dire on ne doit pas faire cela. Il s'agit de jeux, et les coups n'en sont pas. J'en suis pour ma peine, pour mon argent, j'ai perdu ma peine, mon argent. J'en suis pour une dent, j'y ai perdu une dent. En être sur, pointiller sur.... En être, se dit du résultat, des conséquences d'une chose. On l'a traité outrageusement, et il n'en a rien été. Il en sera de cette affaire ce qu'il vous plaira. On peut aussi supprimer la particule en : Il sera de cette affaire ce qu'il vous plaira. Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, se dit pour exprimer qu'on se résigne à la volonté de Dieu, à l'événement quel qu'il soit. Ce qui en est, la réalité, la vérité. Il en est, il n'en est pas de, exprime la similitude, la conformité. Il en est des peintres comme des poëtes, ils ont la liberté de feindre. Il en est de même de tout le reste. Il n'en est rien, c'est-à-dire cela n'a aucune vérité, cela est faux. Ne croyez pas cette nouvelle, il n'en est rien. Il n'y a pas lieu à mettre en, lorsque la phrase a un complément qui en tient lieu.
Juge, Araspe, où j'en suis, s'il veut tout ce qu'il peut — Pierre Corneille (1606-1684)
Et où en eussiez-vous été, si on eût pris vos poëmes au pied de la lettre ? — Fontenelle (1657-1757)
Être construit avec la particule y. Y être, être chez soi. Y être pour quelqu'un, avoir donné l'ordre précis de recevoir une personne. Par plaisanterie. Allez voir là dedans, et, plus souvent, allez voir dehors si j'y suis, se dit pour renvoyer quelqu'un avec qui l'on ne se gêne pas ou contre qui l'on se fâche. Je n'y suis pour rien, je n'ai pris aucune part à la chose dont il s'agit, ou je n'y suis pas compromis. Avez-vous perdu à cette faillite ? Non, je n'y suis pour rien. Vous n'y êtes pas, vous ne comprenez pas. Il y est, il a compris. Il n'y est plus, il ne fait plus attention, ou il est dérouté. La tête n'y est plus, il est fou, il est tombé en enfance.
Et pourquoi lui dire que je n'y suis pas ? est-ce pour les personnes comme elle qu'on n'y veut pas être ? — Dancourt (1661-1725)
Voyez là dedans si j'y suis — Marc-Antoine Legrand (1673-1728)
Être se construit avec différentes prépositions. Être après, être occupé à. Être après quelqu'un, l'obséder, le poursuivre, ou le harceler en paroles. Je ne puis bouger sans qu'il soit après moi. Vous êtes bien moqueur, pourquoi êtes-vous toujours après moi ? Être avec quelqu'un, vivre habituellement avec lui. Y a-t-il longtemps que vous n'êtes plus avec votre frère ? Être avec quelqu'un, se trouver quelque part avec lui. Vous étiez avec moi lorsqu'il me parla. Être avec quelqu'un, rester avec lui. Dans le langage biblique, le Seigneur est avec lui, le protége. Être en, désigne la manière d'être. Être en toilette, en robe de chambre, en pantoufles. Être en fête, en promenade. Une exposition en plein midi. En printemps, en hiver. Déguisé en Turc. Être dans une affaire pour un quart, pour un dixième, y avoir un intérêt d'un quart, d'un dixième. Être pour, suivi d'un infinitif, être propre à, capable de. Être pour, suivi d'un substantif, être du parti de. Dieu est pour nous, Dieu nous protége. Être pour, être destiné à. Ceci, cette part est pour vous. Mes vœux sont pour vous. Sa dernière pensée a été pour vous. Ce que je dis n'est que pour le contenter. Être pour, être d'avis de. Vous hésitez ? Moi je suis pour la promenade. Être sans fortune, sans amis, n'avoir point de fortune, point d'amis. On dit de même être sans connaissance, sans vie, sans pitié, etc. Être.... sans...., rester.... sans.... Vous n'êtes pas sans savoir... vous n'ignorez pas sans doute. Cela n'est pas selon la raison, selon la loi, selon les convenances, etc. cela n'est pas conforme à la raison, à la loi, aux convenances, etc. C'est selon, la chose dépend des circonstances. Être sous, dépendre de. J'étais sous un dur maître. Être sous, suivre les leçons de. J'étais sous tel professeur. Être sur, siéger sur, être placé sur. Être sur les tréteaux. Être sur, s'occuper de quelqu'un, de quelque chose, en converser. Dans le langage de l'Écriture, la main de Dieu est sur.... signifie le châtiment infligé par la colère divine.
On est venu lui dire et par mon artifice, Que les ouvriers sont après son édifice — Molière (1622-1673)
Soyez avec madame — Molière (1622-1673)
Être que de, être de, être à la place de ; ne se dit qu'avec les conjonctions si ou quand. Quand je serais de vous, je ne le ferais pas davantage.
Si j'étais que de vous et que j'eusse une nièce, Je saurais m'en défaire aussitôt... — Thomas Corneille (1625-1709)
Si j'étais que de vous, je lui achèterais dès aujourd'hui une belle garniture de diamants — Molière (1622-1673)
Impersonnellement. Il est, c'est-à-dire il y a, on trouve. Il est des hommes que la résistance anime. Est-il puissance capable de contraindre la volonté ? Un coquin s'il en est, un coquin s'il en fut, se dit pour exprimer qu'un homme est aussi coquin qu'il est possible. Des grammairiens ont demandé s'il fallait écrire s'il en fut ou s'il en fût. Le verbe n'est pas au subjonctif, comme on le voit quand le verbe est un présent. Il est en.... de, il est au pouvoir de.... Il n'est pas en moi de faire telle chose, je n'ai pas le pouvoir de faire telle chose, ou bien mon caractère ne me le permet pas. Est-il, signifiant il est certain, ne s'emploie que dans des phrases construites ainsi : toujours est-il, or est-il. Vous soutenez cet homme, toujours est-il qu'il a commis une mauvaise action. Il n'est rien de si beau que...., nulle chose n'est aussi belle que.... Il est midi, une heure, trois heures, c'est-à-dire l'heure actuelle est midi, une heure, trois heures. Quelle heure est-il ? à l'heure qu'il est. Il est jour, il est nuit, il fait jour, il fait nuit. Il n'est que lundi, mardi, etc. nous ne sommes encore qu'à lundi, mardi. Ce qu'il peut être, autant qu'il peut être. Il n'est que telle chose, c'est-à-dire il n'est rien de tel que, cela seul convient. Il n'est que de.... c'est-à-dire le mieux est de.... Il n'est que de prendre les choses comme elles viennent. Il n'est que de.... signifie aussi : en fait de choses dont il s'agit, la meilleure vient de. Il n'est pommes que de Normandie. Il n'est pruneaux que de Tours. Il n'est pas que.... avec ne, et le verbe suivant au subjonctif, il n'est pas supposable que....
Grand et hardi menteur s'il en fut jamais — Guez de Balzac (1597-1654)
Il est en vous de l'éviter [la colère du ciel] par un prompt repentir — Molière (1622-1673)
Être, construit avec ce antécédent, voy. pour les règles de cette construction CE, à l'article et aux remarques. Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action déjà déterminée. C'est ce que je désirais. C'est bon. C'est vrai. Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action indiquée seulement dans la suite de la phrase. C'est moi qui l'ai dit. C'est.... que, avec un substantif. C'est une plate composition que cette comédie, cette comédie est une plate composition. C'est.... que, avec un infinitif. Est-ce que, se dit pour interroger. C'est à vous de.... il vous appartient de.... C'est à vous à.... il vous appartient de. Ce n'est pas que.... avec l'indicatif, signifie après tout. On aura le même sens avec le subjonctif précédé de ne. Ce n'est pas qu'il ne faille quelquefois pardonner... Ce n'est pas que, avec le subjonctif, signifie aussi : on ne doit pas dire, prétendre à cause de cela. Ce n'est pas qu'il faille renoncer au monde. Ce que c'est que de.... , à quoi aboutit.... , voilà le sort. Voilà ce que c'est, voilà en quoi consiste la chose, voilà ce dont il s'agit ; et aussi quelquefois : la chose est faite maintenant comme il convient. C'est-à-dire, voy. DIRE.
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme, Vous me tenez parole et c'en sont là, madame — Pierre Corneille (1606-1684)
Est-ce là ce beau feu, sont-ce là tes serments ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Soit ! expression elliptique d'assentiment. Vous le voulez ; soit ! j'irai avec vous. Ainsi soit-il ! formule qui termine certaines prières. Expression de souhait. Elliptiquement. Soit fait selon votre volonté, c'est-à-dire qu'il soit fait.... Entre nous soit dit. Soit, conjonction, voy. SOIT.
Sois-je du ciel écrasé, si je mens ! — Molière (1622-1673)
Jésus soit notre joie ! — Bossuet (1627-1704)
Elliptiquement. N'était, n'eût été, si ce n'était, si ce n'eût été. N'était, n'eût été que je suis votre ami. N'était l'amitié que j'ai pour vous. Fût-il.... quand même il serait.... Ne fût-ce.... que, quand ce ne serait que....
Et encore n'était le hasard et la perte, Je voudrais.... — Mathurin Régnier (1573-1613)
Mais par ma foi, madame, n'était que je lui ai déjà vu jouer mille fois le même rôle, je ne saurais qu'en dire — Michel Baron (1653-1729)
Cela étant, vu que la chose est ainsi. Étant ou en étant, dans une construction absolue, c'est-à-dire ne se rapportant ni au sujet ni au régime de la phrase. Étant se rapportant au régime.
Et cela étant, qui doute qu'il ne fallût faire des prières générales ? — Guez de Balzac (1597-1654)
Cela étant, Valère mon maître n'a plus qu'à chercher fortune ailleurs — Lesage (1668-1747)
Être s'emploie comme auxiliaire des verbes passifs (en ses temps simples et composés : je suis aimé, j'ai été aimé), et d'un grand nombre de verbes neutres (seulement en ses temps simples : je suis venu, j'étais venu. Cependant on pourrait dire : Il devait venir quand j'aurais été parti). Cicéron fut exilé de Rome. Le pont a été emporté par la débâcle. Il est sorti d'Abraham. Ils sont tous morts. Je vous aurais trouvé si je fusse venu à temps. Il est aussi auxiliaire dans tous les verbes réfléchis, directs ou indirects, mais seulement avec ses temps simples. Il s'est emparé de la ville. Elle s'est cassé le bras. Ils se sont blessés en jouant.
.... [l'ours] Vivait seul et caché ; Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés — La Fontaine (1621-1695)
Chez ces gens pour toujours il [le follet] se fût arrêté — La Fontaine (1621-1695)
Être se dit pour aller, quand on est allé dans un lieu et qu'on en est revenu ; ce qui fait voir qu'en ce sens être a d'abord gardé sa signification naturelle ; il est allé à Rome exprime simplement qu'il a fait le voyage de Rome, sans dire s'il est de retour ; il a été à Rome exprime qu'il est revenu ; être pour aller ne s'emploie qu'aux temps passés : je fus, j'ai été, j'aurai été, j'aurais été, je fusse, ayant été. C'est abusivement qu'on emploie être pour aller en d'autres circonstances ; cependant, dans l'usage vulgaire, on se sert souvent de je fus et j'ai été au sens d'aller avec un infinitif suivant ; et on en trouve des exemples dans d'excellents auteurs et dans de très anciens textes.
J'ai été premièrement tout contre l'arsenal au bout du faubourg St-Germain, du faubourg St-Germain au fond du Marais — Molière (1622-1673)
Mon cheval a fait tout cela aujourd'hui, et de plus j'ai été à Ruel voir un malade — Molière (1622-1673)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).