envie
nom, féminin · /ɑ̃vi/
Usage : très fréquent (236 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Sentiment pénible causé par le bonheur ou les avantages d'autrui, mêlé du désir de les posséder.
Il regardait son voisin avec envie.
Synonyme : jalousie.
« De Mesmes n'avait rien oublié pour jeter sur moi toute l'envie de la collusion avec les ennemis de l'État »Cardinal de Retz (1613-1679)
« On pourrait, ce me semble, représenter l'envie, égorgeant d'une main un génie vivant, et de l'autre offrant de l'encens à un génie qui n'est plus »D'Alembert (1717-1783)
Désir vif de posséder quelque chose ou d'accomplir une action.
J'ai envie d'une glace au chocolat.
Synonyme : désir.
« La sécheresse du gosier nous fait envie de boire »Descartes (1596-1650)
« Ce que veut la raison, l'amour me le défend Et m'en ôte l'envie »Jean Racine (1639-1699)
Petite peau qui se détache douloureusement au bord de l'ongle.
Elle s'est arraché une envie en se rongeant les ongles.
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : faire envie · faire passer l'envie de
Grammaire et formes (2)
- envies : pluriel · /ɑ̃vi/
- envie : singulier · /ɑ̃vi/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 7 sens
s. f.
Chagrin et haine qu'on ressent du bonheur, des succès, des avantages d'autrui. Poétiquement. Fig. Le serpent, les serpents de l'envie, se dit quelquefois de l'envie et de ses œuvres malignes et perfides. Cette expression vient de la manière dont les poëtes, les peintres et les sculpteurs ont représenté l'Envie.
L'envie, le mépris, le discord inconstantMathurin Régnier (1573-1613)
La vertu n'est vertu, l'envie la déguiseMathurin Régnier (1573-1613)
Désir de jouir d'un avantage pareil à celui d'autrui. Faire envie, exciter l'envie, le désir.
Que tu tombes au point de me porter enviePierre Corneille (1606-1684)
Qu'aux honneurs de ta mort je dois porter envie !Pierre Corneille (1606-1684)
L'odieux d'une chose.
De Mesmes n'avait rien oublié pour jeter sur moi toute l'envie de la collusion avec les ennemis de l'ÉtatCardinal de Retz (1613-1679)
Désir, volonté. Avoir envie, avoir désir. Faire envie, se dit des choses qui excitent le désir. Absolument. Des fruits mûrs à faire envie. Faire envie d'une chose, se dit de quelqu'un qui excite en un autre le désir de cette chose. Impersonnellement. Il me prend envie, j'ai volonté, désir. Passer son envie, se satisfaire. Faire passer l'envie de quelque chose, en ôter le désir. L'envie m'en est passée, je n'en ai plus le désir.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies, Nous passons près des rois tout le temps de nos vies à souffrir des mépris, à ployer les genouxMalherbe (1555-1628)
L'avis que l'on m'a donné.... m'a fait naître l'envie et le loisir de faire cette promenadeVoiture (1597-1648)
Envie s'applique aussi aux différents besoins corporels. Envie de manger, de boire. Envie de vomir, nausée, soulèvement de cœur. Absolument. Chez les enfants, avoir envie, désirer de faire ses nécessités. Envie de femme grosse, ou, simplement, envie, dépravation de l'appétit qui constitue le pica, et qu'on observe surtout chez les femmes enceintes. Familièrement et fig. Envie de femme grosse, tout désir vif et subit.
La sécheresse du gosier nous fait envie de boireDescartes (1596-1650)
Nul mets n'excitait leur envieLa Fontaine (1621-1695)
Nom donné à de petites portions de peau qui se détachent autour des ongles, et causent une assez vive douleur quand on les arrache.
Nom donné à des taches que les enfants apportent en naissant, et auxquelles on s'imagine trouver de la ressemblance avec certains objets dont la mère a eu envie pendant sa grossesse. Il vaut mieux faire envie que pitié.
Les envies sont comme des nuées : on y voit ce que l'on veutCharles Bonnet (1720-1793)
Étymologie : Provenç. enveia, eveia, evea ; catal. enveja ; espagn. envidia ; port. inveja ; ital. invidia ; du latin invidia (voy. ENVIER).
Historique : XIIe s. Et nostre gent qui d'avoir out envie Les douze pairs qui sont mort par envie Mais quant j'aurai de vous haïr envie, Couc. 11. Mais jà d'amors ne me prendra envie Cuens Tibaut [le comte Thibaut] doré d'envie, De felonie fretté, De faire chevalerie N'estes vous mie alosé [Cil] Qui plus ont esmeü la tançon et l'anvie Mais plusor losangier qui de nous ont anvie Petiz est cil cui li envie ocit, quar il tesmonget que il menre [plus petit] est de celui cui il portet envie XIIIe s. Envie dure toz jorz et sera tant come li mondes durera Se l'on eslit l'un de ces deux haus homes, li autres en au…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 12 sens
n. f.
Chagrin qu’on ressent du bonheur, des succès, des avantages d’autrui. Envie secrète. Avoir une mortelle envie contre quelqu’un. être rongé d’envie. L’envie le dévore. Sécher d’envie. Exciter l’envie. Sa nomination lui attire l’envie de bien des gens. Son mérite est au-dessus de l’envie. Se mettre au-dessus de l’envie.
Faire envie, Donner de l’envie, exciter l’envie. On dit, dans ce sens, Il vaut mieux faire envie que pitié.
Porter envie à quelqu’un, Souhaiter un bonheur, un avantage pareil au sien, sans être fâché qu’il en jouisse. Je porte envie à mon ami de ce qu’il a le plaisir d’être avec vous. On emploie ENVIE dans le même sens, lorsqu’on dit Votre sort, votre bonheur est digne d’envie.
Regarder d’un oeil d’envie, jeter un oeil d’envie, se dit pour Regarder avec chagrin, avec convoitise. Il ne faut pas regarder d’un oeil d’envie le bien d’autrui.
Il désigne aussi Certaines nuances du désir tantôt plus faibles, tantôt plus fortes que le désir lui-même. Avoir envie, une extrême envie de dire, de savoir, d’apprendre, etc. Je n’ai nulle envie de vous nuire. Il ne voulait point de cette maison, mais on lui en a fait venir l’envie, on lui en a fait naître l’envie. On lui en a donné envie. Si l’envie lui en prend. L’envie lui a pris d’aller à Rome. Je brûle d’envie, j’ai bonne envie de vous revoir. Je meurs d’envie que vous soyez content. J’ai envie, j’ai bien envie de lui donner une correction. L’envie lui en est passée, lui en a passé, Il ne désire plus telle chose.
Faire passer l’envie de quelque chose à quelqu’un, L’en rassasier ou l’en dégoûter. Je saurai bien vous en faire passer l’envie.
Il se dit quelquefois d’un Besoin que l’on a le désir de satisfaire ou d’une Disposition à quelque chose. J’ai grande envie de boire, de manger. Avoir envie de dormir.
Faire envie, Exciter le désir. Ces beaux fruits lui font envie.
Passer son envie de quelque chose, Satisfaire le désir qu’on a de quelque chose. Cet objet n’était pas tellement cher, vous pouviez bien vous en passer l’envie.
Envie de femme grosse, Désir subit et impulsif, souvent même désordonné, que quelques femmes grosses ont de certaines choses.
ENVIES se dit aussi des Marques que les enfants apportent quelquefois en naissant, et qu’on suppose être une suite des impressions reçues par leurs mères pendant qu’elles étaient grosses.
Il se dit encore de Certains petits filets qui se détachent de la peau vers la base des ongles, quelquefois avec douleur. Avoir des envies aux doigts. Couper une envie.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
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