jalousie
nom, féminin, /ʒaluzi/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (8 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873)
s. f.
Attachement pour, zèle pour.
Un père [Philippe IV d'Espagne] qui sut conserver avec une grâce comme avec une jalousie particulière ce qu'on appelle en Espagne les coutumes de qualité et les bienséances du palais — Bossuet (1627-1704)
Mauvais sentiment qu'on éprouve quand on n'obtient pas ou ne possède pas les avantages obtenus ou possédés par un autre. Faire la jalousie, exciter la jalousie, être envié. Une noble jalousie, synonyme d'émulation. Il se dit aussi des animaux. Ce chien témoigne de la jalousie quand il en voit caresser un autre.
Plus un pareil mérite aux grandeurs nous appelle, Et plus la jalousie aux grands est naturelle — Pierre Corneille (1606-1684)
On voudrait, à quelque prix que ce soit, ternir la beauté de son action [la retraite du cardinal de Retz] ; mais j'en défie la plus fine jalousie — Mme de Sévigné (1626-1696)
Sentiment qui naît dans l'amour et qui est produit par la crainte que la personne aimée ne préfère quelque autre. Par extension. Lunettes de jalousie, lunettes qui consistent à avoir un miroir exposé obliquement dans une boîte percée à jour qui tient par des vis à l'extrémité de l'objectif ; par son moyen on voit directement les objets que l'on semble regarder de côté. Terme d'antiquité judaïque. Eau de jalousie, eau consacrée, dans laquelle on avait laissé infuser certaines herbes, et qu'on faisait boire, en prononçant des paroles de malédiction, à une femme soupçonnée d'infidélité envers son mari. L'eau de jalousie devait causer la mort de l'infidèle.
Comme les bruits confus accompagnent le jour, Toujours la jalousie accompagne l'amour — Tristan L'Hermite (1601-1655)
La jalousie est le plus grand de tous les maux, et celui qui fait le moins de pitié aux personnes qui le causent — LAROCHEFOUC.
Ombrage qu'un État, un prince donne à d'autres par sa puissance, par ses forces.
Par lui, j'ai jeté Rome en haute jalousie — Pierre Corneille (1606-1684)
Que même votre Rome en a pris jalousie — Pierre Corneille (1606-1684)
Terme militaire. Inquiétudes que l'on fait naître chez l'ennemi, en menaçant certains points. Tenir un pays en jalousie, l'environner de sujétions et d'alarmes.
J'envoyai ordre qu'on masquât le passage d'Aschaffenbourg, et que l'on s'en rendît maître, dans l'instant que les ennemis l'auraient évacué, afin d'être en état de leur donner de la jalousie pour leurs derrières (1743),
Le prince Charles, en donnant de la jalousie en plusieurs endroits, et faisant à la fois plus d'une tentative, avait enfin réussi du côté où était posté le comte de Seckendorf — Voltaire (1694-1778)
Treillis de bois et de fer qui permet de voir à travers, sans que l'on soit vu. Espèce de contrevent formé de planchettes minces assemblées parallèlement, de manière qu'on peut les remonter et les baisser à volonté au moyen d'un cordon. Petits treillis de bois pour boucher des ouvertures dans une porte de confessionnal et autres.
Anne ne craignait rien, des saules la couvraient, Comme eût fait une jalousie — La Fontaine (1621-1695)
Un amant ne s'expliquait pas autrement sous les fenêtres de sa maîtresse, qui ouvrait en ce moment-là ces petites grilles de bois nommées jalousies, tenant lieu de vitres, pour lui répondre dans la même langue — Voltaire (1694-1778)
Fleur de jalousie, ou, simplement, jalousie, fleur que l'on cultive dans les jardins, dite aussi amarante tricolore. Jalousie désigne aussi l'œillet barbu, dit encore bouquet parfait, et œillet de poëte. Excellente poire d'automne.
Ancienne espèce de contredanse.
Étymologie : Jaloux ; provenç. gelosia, gilosia ; portug. et ital. gelosia.
Historique : XIIe s. E [il] defist l'autier [l'autel], e out gelosie [zèle] de sa loi XIIIe s. Ains se doit on bien garder D'enquerre par jalousie Ce qu'on n'y voudroit trover Li rois entra en jalousie, Crient qu'aucuns gise o s'amie De jalousie trestous art [il brûle], Car por voir [pour vrai] il ne cuidoit mie Que nus [nul] osast amer s'amie XIVe s. Trop est crueux li maulz de jalousie, Et trop greveux qui en est entrepris XVe s. De grant jalousie de sçavoir qui estoient les chevaliers incongneuz, ils endurerent trop chault et trop froid.... XVIe s. Telles amours sont licites, et jamais ces belles vierge…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Dépit qu’on a de ne pas obtenir ou posséder ce qu’un autre obtient ou possède, comme la richesse, les succès, la gloire, les talents, etc. Concevoir de la jalousie. La jalousie le tourmente. Vos succès lui inspirent de la jalousie. Il a fait cela par jalousie. Je suis l’objet de sa jalousie. Une basse jalousie. Une secrète jalousie. Il y a une vieille jalousie entre les deux cousins, entre les deux familles. Jalousie de métier.
Il s’emploie particulièrement en parlant de l’Amour et se dit surtout de la Crainte que la personne aimée n’éprouve un sentiment de préférence pour quelque autre, ne soit infidèle. Les coquetteries de sa femme excitèrent sa jalousie. Vos assiduités risqueraient de faire naître sa jalousie.
Il signifie aussi Humeur jalouse. La jalousie de sa femme lui rend la vie très difficile. Elle a beaucoup à souffrir de la jalousie de son mari.
JALOUSIE se dit en outre d’un Treillis de bois ou de fer au travers duquel on voit sans être vu. On le dit surtout d’une Espèce de persienne formée de planchettes minces assemblées parallèlement, qu’on peut remonter et baisser à volonté au moyen d’un cordon, et qui servent à se garantir de l’action trop vive du soleil ou de la lumière. Regarder par une jalousie, au travers d’une jalousie. Les cordons d’une jalousie. Baisser, lever la jalousie.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- jalousies — pluriel — /ʒaluzi/
- jalousie — singulier — /ʒaluzi/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée jalousie#35315.