vous
pronom, /vu/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (11 sens) — Académie 1935 (12 sens)
Littré (1873)
pronom pers. plur. de la seconde personne
Il se dit quand on adresse la parole à plusieurs personnes.
Messieurs, je vous adjure.... Vous et celui qui vous mène, vous périrez — Fénelon (1651-1715)
On s'en sert aussi au singulier par civilité, et alors ce qui s'y rapporte se met au singulier. Ils se disent vous l'un à l'autre.
Qu'elle me parle de vous, et quoi encore ? de vous, et toujours de vous — Mme de Sévigné (1626-1696)
Agrippine : Britannicus est mort : je reconnais les coups ; Je connais l'assassin. - Néron : Et qui, madame ? - Agrippine : Vous — Jean Racine (1639-1699)
Vous, régime direct ou indirect, se place avant le verbe dont il est le complément. Il vous aime. Il vous fait du bien. Cependant, quand il est régime indirect, on peut, pour marquer plus de force, le mettre après le verbe avec à. À l'impératif, vous régime se place après le verbe. Soignez-vous. Mais, quand il y a deux verbes de suite à l'impératif, si le second est réfléchi, on peut mettre vous avant le verbe. Dans les interrogations, vous, sujet, se met après le verbe, et vous, régime, se met avant.
Je ne sais s'ils me blâment de vous aimer ; mais sûrement ils ne me blâmeront pas d'être dévouée à vous, quand je vous aime — Mme de Staël (1766-1817)
Aspirez aux clartés qui sont dans la famille, Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs.... — Molière (1622-1673)
Après votre, à vous se met quelquefois pour indiquer d'une façon expressive la possession.
Votre régiment à vous, continua M. de Germond, ne sera pas mis en activité de sitôt — Mme de Staël (1766-1817)
Vous devant le verbe être exprime quelquefois des liens de parenté ou d'amitié.
J'ai bien des raisons, monseigneur, pour bien vivre avec eux ; mais ce qu'ils vous sont en serait une suffisante pour moi — Mme de Maintenon (1635-1719)
Dans un sens indéfini. Elle est si belle que vous ne sauriez vous empêcher de l'admirer.
Ah ! que pour ses enfants un père a de faiblesse ! Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse ? Et ne se sent-on pas certains mouvements doux, Quand on vient à songer que cela sort de vous ? — Molière (1622-1673)
C'était un homme âgé, mais grand, d'une belle figure et de bonne mine, d'une physionomie qui vous rassurait en la voyant, qui vous calmait, qui vous remplissait de confiance — Marivaux (1688-1763)
Vous explétif. Vous est aussi explétif dans cette phrase de Mme de Sévigné :
Plein d'un juste courroux, Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête — La Fontaine (1621-1695)
Le rustre, en paix chez soi, Vous fait argent de tout, convertit en monnaie Ses chapons, sa poulaille,.... — La Fontaine (1621-1695)
Uni avec même, il marque plus expressément la personne. Vous-mêmes, ou, quand il s'agit d'une seule personne, vous-même. Vous êtes, vous n'êtes pas vous-même, vous restez, vous ne restez pas fidèle à votre caractère. Vous deux, se dit de deux personnes à qui l'on parle. Un autre vous-même, voy. MÊME, n° 12.
Vous en allez juger vous-même tout à l'heure — Boileau (1636-1711)
Avocat, De votre ton vous-même adoucissez l'éclat, — Jean Racine (1639-1699)
De vous à moi, entre nous et sans que ce que je vous dis aille plus loin. De vous à moi, signifie aussi entre nous deux, qui nous connaissons.
Hernani : Quoi ! vous portiez la main sur cette jeune fille ! C'était d'un imprudent, seigneur roi de Castille, Et d'un lâche ! - Don Carlos : Seigneur bandit, de vous à moi Pas de reproche ! — Victor Hugo (1802-1885)
Chez vous, votre maison, votre famille. Je vous prie de faire mes compliments chez vous.
Pour l'emploi de vous comme pronom réfléchi, voy. SE, REM. 3, 4, 5, 7, 8, 9 et 10.
Étymologie : Wallon et bourg. vo ; picard, vos ; prov. esp. et port. vos ; ital. voi : du lat. vos ;du grec σφῶε, vous deux ; sanscr. vas.
Historique : XIe s. E dist al rei : or ne vus esmaiez XIIIe s. Seigneur, fait il, escoutés, je vous loeroie [conseillerais] une chose, se vous vos i accordez Si qu'à Dieu et au siecle la bonté de vous pere [paraisse] XVe s. Ces gens d'armes vous commencerent à abatre ces Flamands Lettres du roy seellées de son grant seel, données ce dict jour, 7e jour de juillet, ainsi signées : Jean Millet, soubs la congregation de ceux qui avoient esté audit conseil, c'est à sçavoir le duc de Bourgogne, le connestable de France, vous le chancelier d'Acquitaine, le chancellier de Bourgongne et plusieurs autres [en ces let…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
pronom personnel des deux genres, dit de la seconde personne du pluriel
Il sert à désigner Ceux, celles à qui l’on parle où à qui l’on écrit. Il s’emploie comme sujet, comme attribut et comme complément avec ou sans préposition.
VOUS, sujet, se place avant le verbe, sauf dans les propositions interrogatives où il le suit. Messieurs, vous êtes les bienvenus ici. Où allez- vous?
VOUS peut être attribut. C’est vous.
VOUS, complément direct ou complément indirect sans préposition, se place avant le verbe, sauf dans les phrases impératives sans négation où il se place après. Il vous aime. D’où vous vient cette crainte? Ménagez-vous. Dites-vous bien cela.
VOUS, complément précédé d’une préposition, se place toujours après le verbe, l’adjectif ou l’adverbe auquel il se rapporte. Nous parlions de vous. Il est très satisfait de vous. Je ne sais rien relativement à vous.
VOUS se répète lorsqu’on veut insister sur la personne, donner plus d’énergie à la phrase. Vous, vous êtes bon. On vous a fait cela, à vous!
Il se place par répétition après plusieurs pronoms sujets du verbe dont aucun n’est à la première personne et dont l’un est à la seconde. Toi et lui, vous êtes mes meilleurs amis. Vous et lui, vous m’avez rendu un service signalé.
Fam., Vous autres, Vous, de votre côté; Vous, tant que vous êtes de personnes du même rang, du même avis, etc. Nous allons rester ici, vous autres vous rentrerez chez vous. Il vous faut, à vous autres, un plus grand train.
Vous-même. Voyez
MÊME.
VOUS est quelquefois simplement explétif et alors il est presque toujours familier. Dans sa colère Il vous prit un bâton. En moins de rien, ils vous fabriquent des systèmes.
VOUS s’emploie, par politesse ou par déférence, comme pronom de la seconde personne du singulier, au lieu de Tu, te, toi; ce qui s’y rapporte se met alors au singulier. Vous êtes bien bon. Je vous ai aperçu de loin. Je m’adresse à vous, monsieur, pour cette affaire.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (1)
- vous — 2ᵉ pers. pluriel — /vu/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée vous#64899.