v. a.
Être en volonté de. Absolument. Terme de turf. Comme il veut, exclamation que pousse souvent la foule au moment où le cheval gagnant va atteindre le poteau, et signifiant qu'il lui est facile de gagner sans effort. Vouloir ou en vouloir, se dit, en termes de haras, d'une jument qui paraît disposée à souffrir l'étalon. Tu l'as voulu, vous l'avez voulu, se dit par forme de reproche à quelqu'un qui a fait quelque faute contre laquelle il avait été prémuni. On dit : Je voudrais au lieu de : je veux, pour exprimer modestement son désir. Je voudrais vous entretenir en particulier. Par une sorte de défi. Je voudrais bien voir qu'il osât l'entreprendre. Je voudrais bien voir cela. Il ne sait ce qu'il veut, se dit d'un homme irrésolu, qui ne sait pas se décider. Faire de quelqu'un ce qu'on veut, tout ce qu'on veut, avoir un grand empire sur ses sentiments, sur ses actions. Cet homme veut ce qu'il veut, il l'exige, il le veut fortement. Familièrement. Que veux-tu, que voulez-vous (sous-entendu, qu'on dise, qu'on fasse) ? et signifiant il en est ainsi. Dieu le veuille ! se dit pour marquer qu'on souhaite qu'une chose arrive ou qu'on en doute. Il veut que cela soit, veuille Dieu, veuille diable, se dit d'un homme qui veut venir à bout de quelque chose à quelque prix que ce soit et par toutes sortes de moyens, justes ou injustes. On dit dans le même sens : Veuille Dieu, veuille sa mère.
Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos — Malherbe (1555-1628)
Qui veut également tout ce qu'on lui propose, Dans le secret du cœur souvent veut autre chose — Pierre Corneille (1606-1684)
Vouloir, avec un nom de personne pour complément, avoir la volonté que la personne soit telle ou telle, ou qu'elle se présente. Je vous veux raisonnable. Vouloir une femme, en désirer la possession.
Mascarille : Voulez-vous deux témoins qui me justifieront ? - Albert : Veux-tu deux de mes gens qui te bâtonneront ? — Molière (1622-1673)
Dieu vous voulait où vous êtes — MAINTEN.
Commander, exiger avec autorité.
Il a dit : Je le veux, désobéirez-vous ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Je veux moins de valeur et plus d'obéissance — Jean Racine (1639-1699)
Souhaiter, désirer.
Qu'est-ce que vous voulez, mon papa ? ma belle maman m'a dit que vous me demandez — Molière (1622-1673)
Je voudrais que toutes les âmes éloignées de Dieu fussent présentes à ce discours — Bossuet (1627-1704)
Consentir à. Oui, je le veux bien. Il faut vouloir tout ce que vous voulez. Par civilité, veuille, veuillez, aie, ayez la bonté, la complaisance. Veuille me dire au plus tôt ce que tu penses de tout cela. Voulez-vous bien ? est quelquefois une formule impérative. Voulez-vous bien vous taire ? taisez-vous. Voulez-vous bien finir ? finissez. Je veux bien a quelquefois une signification hautaine comme de supérieur à inférieur. Je veux bien que vous sachiez que vous n'avez rien à ordonner ici. Anciennement, vouloir bien, ne pas craindre de.
Veut-elle bien céder à la nécessité ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnent — Pierre Corneille (1606-1684)
Il s'emploie pour marquer la concession que l'on fait, pour admettre hypothétiquement une chose. Familièrement. Je veux bien que cela soit, je veux que cela soit, je suppose que cela soit, quoique je n'en convienne pas, ou quand cela serait vrai. Si vous voulez, si vous l'admettez.
Je vous que cette offense attaque votre gloire ; Mais qui l'osa commettre a pu ne pas le croire — Rotrou (1609-1650)
Ils regorgent de biens et d'honneurs, je le veux — Bourdaloue (1632-1704)
Prétendre.
Chacun veut en sagesse ériger sa folie — Boileau (1636-1711)
Cette inclination qu'on veut que vous ayez pour le jansénisme — MAINTEN.
Vouloir de, avec un substantif pour complément, rechercher, accepter. Populairement. En veux-tu ? en voilà, abondamment, en grande quantité. C'était un bal magnifique : il y avait des glaces en veux-tu ? en voilà.
Je ne veux point d'un trône où je sois leur captive — Pierre Corneille (1606-1684)
Vous avez dit qu'il était bien aisé de quitter le monde, quand le monde ne voulait plus de nous — Massillon (1663-1742)
Demander un prix d'une chose qu'on veut vendre. Il veut cent mille francs de sa terre. Combien voulez-vous, que voulez-vous de votre voiture ?
Fig. Se dit des choses qui ont de l'autorité. La loi veut que.... La raison voulait qu'on prît ce parti. Le malheur, le bonheur a voulu que..., il est arrivé par malheur, par bonheur que....
Ce qu'il [Calvin] pouvait [dans la conjuration d'Amboise] ? rompre absolument l'entreprise, en la faisant déclarer au roi ou à la justice ; l'ordre des empires le veut ; la loi éternelle l'ordonne — Bossuet (1627-1704)
Puisque mon malheur veut que je sois cette victime publique — Guez de Balzac (1597-1654)
Fig. Être d'un caractère à exiger l'emploi de (avec un nom de personne pour sujet). Il y a des enfants qui veulent être menés par la crainte.
Ils vous diront.... Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné — Jean Racine (1639-1699)
Fig. Demander, réclamer, avec un nom de chose pour sujet. Il se dit, dans un sens analogue, des cas régis par une préposition, par un verbe, des modes exigés par une conjonction. Quoique veut le subjonctif. Ce verbe veut l'accusatif. Cette préposition veut l'ablatif.
Un si rare service.... Veut l'honneur le plus rare et le plus éclatant — Pierre Corneille (1606-1684)
Comme en un grand dessein et qui veut promptitude.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Se prêter à, avec un nom de chose pour sujet. Cette machine ne veut pas marcher.
Ce n'est pas seulement la propriété d'avoir qu'on a attribuée à des êtres inanimés et à des idées abstraites, on leur a aussi attribué celle de vouloir ; on dit : Ce bois ne veut pas brûler ; cette clé ne veut pas tourner, etc. — Dumarsais (1676-1756)
Être disposé de manière à.
La disposition et la décoration de ces jardins [de Colbert à Sceaux] voulaient rappeler en petit ceux de Versailles — J. DUMESNIL
Vouloir du bien, vouloir du mal à quelqu'un, avoir de l'affection ou de la haine pour lui. Particulièrement. Vouloir du bien à quelqu'un, être disposé à le protéger, à l'avancer. Que le mal que je lui veux m'arrive, me puisse arriver, se dit pour exprimer qu'on est bien éloigné de souhaiter du mal à quelqu'un. Fig. Vouloir du mal, vouloir mal à une chose, la condamner, en être irrité. Se vouloir du bien, du mal, avoir de l'affection, de l'inimitié l'un pour l'autre. Fig. Se vouloir mal de quelque chose, s'en faire des reproches. Se faire bien vouloir, mal vouloir de quelqu'un, gagner son affection, s'attirer son inimitié.
Peuple, qui me veux mal, et m'imputes à vice D'avoir.... — Malherbe (1555-1628)
C'est me vouloir du bien d'une étrange manière ! — Molière (1622-1673)
Vouloir le bien de quelqu'un, vouloir lui être utile.
Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres, est qu'ils veulent leur bien — Vauvenargues (1715-1747)
En vouloir à quelqu'un, avoir contre lui un sentiment de rancune. Ne m'en veuille pas trop d'avoir agi sans te consulter. En vouloir à la vie de quelqu'un, avoir formé le projet de le tuer. En vouloir à, avec un nom de chose comme complément, être irrité contre cette chose, la condamner. S'en vouloir, se reprocher un tort. En vouloir à, avoir des prétentions sur. En vouloir à, diriger une attaque sur. En vouloir signifie aussi quelquefois chercher, désirer de rencontrer. À qui en voulez-vous ? qui prétendez-vous attaquer ? et aussi, qui demandez-vous ? qui cherchez-vous ? À qui en veut-il ? de qui se plaint-il ? Fig. Le malheur lui en veut, la chance est contre lui.
Leur secte [des chrétiens] est insensée, impie et sacrilége.... Mais sa fureur ne va qu'à briser nos autels, Elle n'en veut qu'aux dieux, et non pas aux mortels — Pierre Corneille (1606-1684)
Il faut que l'on en veuille à Mlle de Murçai à la poste, ou que son écriture indéchiffrable en veuille aux yeux des commis — MAINTEN.
Vouloir dire, signifier. Que veut dire ce mot, ce procédé ? Equus veut dire en français cheval. Entendre ce que parler veut dire, comprendre à demi-mot. Que veut dire cet homme ? que prétend cet homme ? que demande-t-il ? Que veut dire cela ? Que veut dire ceci ? s'emploie quelquefois pour marquer un simple étonnement. Qu'est-ce que cela veut dire ? affirme un sentiment mêlé d'improbation. Que veut dire cette clause ? elle ne signifie rien. Que veulent dire ces vers ? on n'en comprend pas le sens.
Au XVIIe siècle, quand vouloir était suivi d'un verbe réfléchi, on mettait souvent le pronom personnel avant le verbe vouloir ; cela peut encore être employé. Dans ces cas, l'usage du XVIIe siècle était de ne pas faire accorder voulu, malgré la forme réfléchie. Ce que femme veut, Dieu le veut, les femmes veulent ardemment ce qu'elles veulent, et viennent à bout de l'obtenir.
Je me suis voulu jeter dans le hasard — Pierre Corneille (1606-1684)
Les examinateurs s'étant voulu écarter un peu de cette méthode — Pascal (1623-1662)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).