v. n.
Être en vie. Les oiseaux vivent dans l'air, et les poissons dans l'eau. Les chênes vivent fort longtemps. Âme, personne qui vive, avec une négation, personne. Faire vivre, prolonger l'existence. Le régime rigoureux qu'il suit, le fait vivre. Le médecin a fait vivre ce malade dont la poitrine est menacée. Fig. Dans le style élevé. Il a vécu, il est mort. Fig. J'ai vécu, ma vie est finie, touche à son terme. Il n'a que trop vécu, se dit d'une personne qu'on menace de faire mourir. Vis, vivez, se dit à une personne à qui l'on fait grâce de la vie. Par exagération. Ne pas vivre, être dans des inquiétudes continuelles qui troublent la vie. On dit dans le même sens : ce n'est pas vivre. Il est toujours malade, ce n'est pas vivre.
Il n'y a rien qui exhorte tant à savoir bien mourir, que de n'avoir point de plaisir à vivre — Voiture (1597-1648)
Mes crimes, en vivant, me la pourraient ôter [la vie céleste] — Pierre Corneille (1606-1684)
Dieu vit de toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même, se dit pour exprimer la vie de Dieu infinie, éternelle, indépendante. Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire, ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité. En termes de dévotion, il se dit par rapport à la disposition de l'âme qui est en état de grâce. Un pécheur converti vit de la vie de grâce, vit d'une vie nouvelle.
Représentez-vous un véritable juste qui vit de la foi — Massillon (1663-1742)
Passer sa vie en un certain temps. Ceux qui ont vécu avant l'ère chrétienne. Joinville a vécu dans le XIIIe siècle, et est mort au commencement du XIVe. Il se dit aussi par rapport au gouvernement, aux usages, aux lois du pays où l'on demeure. Les lois, les coutumes sous lesquelles nous vivons. En termes de galanterie, vivre sous les lois d'une femme.
Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude — Molière (1622-1673)
Passer sa vie. D'une façon emphatique et absolument. Employer sa vie. Avoir trop vécu, s'être livré à des excès dans sa jeunesse.
Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal en croyant Dieu — Pascal (1623-1662)
Est-on dans les grandes places pour se reposer et pour vivre ? — Bossuet (1627-1704)
Vivre pour, consacrer sa vie à. Ne vivre que pour servir Dieu, que pour son pays, que pour l'étude. On a dit dans le même sens : ne vivre qu'à.
Ce cœur qui n'a jamais vécu que pour son époux — Bossuet (1627-1704)
Moi, j'aimerais Roxane, ou je vivrais pour elle ! — Jean Racine (1639-1699)
Vivre avec une femme, avoir avec elle des rapports conjugaux. En un sens défavorable. Vivre en état de concubinage. Elle vit avec un jeune homme. Vivre avec le public, vivre dans la prostitution.
Pour éviter la fornication, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Savez-vous seulement [vous, Œdipe] avec qui vous vivez ? — Voltaire (1694-1778)
Il se construit avec certains noms de temps et d'une manière qui pourrait faire croire qu'il a un régime direct ; mais il n'en est rien : c'est une ellipse de pendant, durant.
Oui c'est moi qui voudrais effacer de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie — Pierre Corneille (1606-1684)
Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre, un meilleur usage — La Bruyère (1645-1696)
Se nourrir. Les animaux qui vivent de proie. Il fait cher vivre dans cette ville. Il a fait meilleur vivre cette année que l'année dernière où les récoltes avaient souffert. Familièrement. Il vit de rien, il mange très peu, il dépense très peu pour sa nourriture. Fig. Vivre de régime, suivre un régime, vivre avec beaucoup de règle pour cause de santé. Vivre à table d'hôte, manger habituellement à une table commune où chacun paye tant par repas. Ils vivent en commun, se dit de plusieurs personnes qui n'ont qu'une table tenue à frais communs.
Jean était vêtu de poil de chameau ; il avait une ceinture de cuir autour des reins, et vivait de sauterelles et de miel sauvage — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
On ne vit ni d'air ni d'amour — La Fontaine (1621-1695)
Vivre sur soi-même, se dit d'une personne d'embonpoint, qui mange peu, et qui semble se sustenter de sa propre substance. Fig. Fig. Vivre de sa réputation, vivre sur sa réputation, garder son crédit, son influence non par ce qu'on fait, mais par le souvenir de ce qu'on a fait.
Nous sommes dans un profond silence.... dans un entier éloignement de toute sorte de nouvelles, et vivant enfin sur nos réflexions — Mme de Sévigné (1626-1696)
Nous vivons [nous Français] encore un peu de notre ancienne réputation littéraire ; mais cette vie précaire ne durera pas longtemps — D'Alembert (1717-1783)
Se procurer les moyens de vivre, de se soutenir. Vivre de son travail. Vivre de ses revenus. Avoir de quoi vivre, posséder un revenu suffisant pour la manière dont on vit. En mauvaise part, vivre d'industrie, vivre par des moyens peu honorables. Vivre de ménage, vivre avec économie, et fig. par plaisanterie, vendre ses meubles pour subsister. Vivre au jour le jour, au jour la journée, vivre avec ce qu'on gagne chaque jour. Fig. Vivre au jour le jour, vivre sans prévoyance, sans s'inquiéter du lendemain. Fig. Il vit de la grâce de Dieu, se dit d'un homme à qui on ne connaît aucune ressource pour subsister. Il se dit aussi d'un homme qui mange très peu, et à peine assez pour se soutenir. Fig. Vivre d'espérance, vivre dans l'attente de quelque bien, et se soutenir par cette attente.
Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute — La Fontaine (1621-1695)
Il est juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel — Pascal (1623-1662)
Terme d'administration militaire. Se procurer les aliments nécessaires à une armée. Vivre à discrétion, se dit des soldats qui se font traiter à leur gré par les habitants du pays envahi.
Il [le marquis de Resnel] prétend qu'on n'a pas de quoi vivre une campagne, si l'on n'a en divers magasins de quoi en vivre deux — Pellisson (1624-1693)
Ce jour-là même, il [Napoléon] interpella hautement un administrateur par ces mots remarquables : Pour vous, monsieur, songez à nous faire vivre ici [Vitepsk] ; car, ajouta-t-il à haute voix, nous ne ferons pas la folie de Charles XII — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)
Se dit par rapport à la dépense que l'on fait, à l'état que l'on tient. Vivre splendidement, honorablement, noblement, grandement, largement. Vivre en prince, en grand seigneur. Vivre misérablement, mesquinement, petitement. Vivre noblement, vivre d'une façon qui ne déroge en rien à la noblesse (locution qui vieillit). Vivre noblement, vivre en gentilhomme, vivre sans rien faire.
Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux — La Fontaine (1621-1695)
Que dites-vous tous les jours vous-mêmes de ceux qui lui ressemblent ? un tel vit noblement ; il mange son bien avec honneur — Massillon (1663-1742)
Mener une certaine existence, un genre de vie quelconque. Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre dans la joie, dans la tristesse. Il vit content. Vivre paix et aise, passer sa vie tranquillement dans l'abondance (locution vieillie). Il faut laisser chacun vivre à sa mode, que chacun règle sa vie comme il l'entend. On dit de même : Chacun vit à sa mode.
Les prêtres et les religieux, zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres, errants, travestis — Bossuet (1627-1704)
Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille — Jean Racine (1639-1699)
Être en contact, en commerce habituel. Vivre avec les vivants, se conformer aux mœurs, aux usages. Vivre avec soi-même, vivre dans la retraite, sans communication avec le monde. Vivre bien, vivre mal avec quelqu'un, être en bonne, en mauvaise intelligence avec lui. Vivre bien avec quelqu'un, signifie aussi se comporter à son égard convenablement, décemment, ne pas manquer aux égards de convenance. On dit dans le sens contraire : vivre mal avec quelqu'un. Ce jeune homme vit mal avec ses parents. Cet homme est aisé, commode à vivre, il est d'un commerce facile, on vit facilement avec lui. Dans le sens contraire : C'est un homme difficile à vivre. On ne saurait vivre avec cet homme, il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accommoder.
Ah ! mon enfant, qu'il est aisé de vivre avec moi ! — Mme de Sévigné (1626-1696)
La condition des comédiens était infâme chez les Romains, et honorable chez les Grecs ; qu'est-elle chez nous ? on pense d'eux comme les Romains, et on vit avec eux comme les Grecs — La Bruyère (1645-1696)
Se conduire d'une certaine manière par rapport aux mœurs, à la religion. Vivre saintement. Vivre mal.
Ma fille, c'est ainsi que l'on vit à Paris — Mathurin Régnier (1573-1613)
On les voit [les vrais dévots], pour tous soins, se mêler de bien vivre — Molière (1622-1673)
Se conformer aux usages du monde. Apprendre à vivre, enseigner comment il faut se conformer aux usages du monde. Familièrement. Je lui apprendrai à vivre, je lui apprendrai à agir plus convenablement ; je le corrigerai, je le punirai de sa faute. Apprendre à vivre, acquérir la connaissance des usages du monde. Le savoir-vivre, voy. SAVOIR-VIVRE.
Ils [les faux dévots] sont trop politiques pour cela, et savent trop bien vivre pour découvrir le fond de leur âme — Molière (1622-1673)
Nous fûmes ensuite chez Mme Colbert, qui est extrêmement civile, et sait très bien vivre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Avoir une seconde vie, demeurer dans le souvenir, dans l'affection, en parlant des personnes. Il se dit des choses dans le même sens. Cet ouvrage vivra, il passera à la postérité. Les mauvais ouvrages ne vivent pas longtemps, ils tombent bientôt dans l'oubli.
....oui, j'aime mieux, n'en déplaise à la gloire, Vivre au monde deux jours que mille ans dans l'histoire — Molière (1622-1673)
Il [Alexandre] vit dans la bouche de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de siècles — Bossuet (1627-1704)
Vive, vivent, expression qu'on emploie pour indiquer qu'on souhaite longue vie et prospérité à quelqu'un. Par extension. Vive le roi, cri de ralliement des royalistes. On dit de même : Vivent les braves ! Il se dit familièrement pour marquer qu'on estime quelqu'un, qu'on fait grand cas de quelque chose. Substantivement. Un vive-la-joie, un homme joyeux, sans souci. Vive Dieu ! sorte d'affirmation tirée de l'Écriture sainte.
Vive le roi ! Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus Ne laissent discerner que Vive Héraclius ! — Pierre Corneille (1606-1684)
Le temps vient, dit le Seigneur, qu'on ne dira plus à l'avenir : Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de l'Égypte ; mais Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'aquilon — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Qui vive ? voy. QUI-VIVE. Vivre se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
Il s'emploie quelquefois activement, avec le mot vie ou un nom de temps pour régime.
Cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécus, n'auraient pu remplir eux-mêmes — Massillon (1663-1742)
Beaucoup n'auront vécu leur vie chétive.... — É. LITTRÉ
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).