s. m. et f.
Dans le langage féodal, personne qui appartient aux gens de campagne, aux gens de roture. Savonnette à vilain, se disait d'une charge qui anoblissait.
Riche vilain vaut mieux que pauvre gentilhomme — Mathurin Régnier (1573-1613)
Ils affectaient de paraître toujours bottés, pour qu'on ne les prît pas pour des vilains — Saint-Foix (1698-1776)
Ancien terme de monnayage. Vilains, nom donné à un certain nombre d'espèces qu'il était permis de faire plus ou moins pesantes que le poids de l'ordonnance.
Adj. Terme d'ancienne coutume. Rente vilaine, terre vilaine, celle qui n'est pas tenue par un noble. Vilain lieu, celui qui ne possède aucune franchise.
En parlant des personnes, des paroles et des actions, sale, déshonnête, fâcheux, méchant, par extension du sens de non noble qui est le sens propre de vilain. Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau qui ne suit le gibier que pour le dévorer et qu'on ne peut affaiter ; tels sont les milans, les corbeaux, qui ne combattent que des poulets. Substantivement. Vilain, vilaine, celui, celle qui agit mal. Mon vilain, se dit d'une personne de qui on parle et dont on se plaint comme faisant une vilenie. C'est un vilain ; fi le vilain ! se disent d'un homme sale et déshonnête en paroles, en actions. Populairement. C'est une vilaine, c'est une prostituée (acception qui a vieilli). Petit vilain, se dit moitié colère, moitié plaisanterie, d'un homme pour qui on n'a aucun mauvais vouloir.
Il est encore plus vilain de faire le fin avec ses amis — Guez de Balzac (1597-1654)
Ces vilains hommes firent marcher le brancard plus vite que les méchants chevaux qui le portaient n'en avaient envie — Scarron (1610-1660)
Avare, qui vit mesquinement (extension plus particulière du sens de vilain, non noble). Populairement. Il est vilain comme lard jaune. Substantivement.
Il a un père qui, quoique riche, est un avaricieux fieffé, le plus vilain homme du monde — Molière (1622-1673)
Je devenais vilain par un motif très noble ; car, en vérité, je ne songeais qu'à ménager à maman quelque ressource dans la catastrophe que je prévoyais — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Incommode, désagréable (ce qui est une suite du sens défavorable donné à vilain non noble). Vilain gîte. Vilain jeu. Vilaine voiture. Vilain temps. Il fait vilain, le temps est désagréable.
Que mon maître couvert de gloire Me joue ici d'un vilain tour ! — Molière (1622-1673)
Je veux leur ôter la peine de venir à Livry, dont les chemins sont déjà vilains — Mme de Sévigné (1626-1696)
Qui déplaît à la vue (par un passage rare du sens moral au sens physique). Vilaine maison. Vilaine jambe. Vilain pays.
Nous avons trouvé.... deux grands vilains pendus à des arbres sur le grand chemin — Mme de Sévigné (1626-1696)
Belle princesse, venez voir votre beau mari, qui a tué son vilain rival — Voltaire (1694-1778)
Dangereux. Voilà un vilain rhume. Un vilain verglas.
Je me souviens qu'il y a un grand vilain précipice que l'on côtoie fort longtemps, et qui me faisait mal à l'imagination — Mme de Sévigné (1626-1696)
S. m. Vilain, vautour de Malte ou vautour fauve. Vilain, synonyme de rougeole du porc.
S. f. Vilaine d'Anjou, espèce de poire. Vilaine de la réale, poire qui vient dans les premiers jours du mois d'août.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).