s. f.
Chez les païens et les peuplades sauvages, créature vivante offerte à la divinité. Fig.
Demain au Capitole il fait un sacrifice ; Qu'il en soit la victime ! — Pierre Corneille (1606-1684)
Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente — Jean Racine (1639-1699)
Chez les Juifs, animaux qu'on immolait en sacrifice. Victime propitiatoire. Victime d'expiation. Fig.
Ils immolèrent des victimes pacifiques au Seigneur, savoir des veaux — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
La justice divine s'élève, il [le pécheur] prend son parti contre soi-même, il confesse qu'il mérite d'être sa victime — Bossuet (1627-1704)
Terme de théologie. La victime offerte pour le salut des hommes, Jésus-Christ.
Souvenez-vous, ô sacré pontife, quand vous tiendrez en vos mains la sainte victime qui ôte les péchés du monde... — Bossuet (1627-1704)
Fig. Celui qui est frappé de quelque coup, comme l'était la victime des anciens.
Lui, qui de tous les miens fit autant de victimes — Pierre Corneille (1606-1684)
Sous des formes différentes, je vis une affliction sans mesure ; mais je vis aussi des deux côtés [chez Louis XIV et Marie-Thérèse] la foi également victorieuse, et deux victimes royales immoler d'un commun accord leur propre cœur — Bossuet (1627-1704)
Fig. Celui qui est sacrifié aux intérêts, aux passions d'autrui. Il fut la victime de la calomnie. Celui à qui ses propres passions sont funestes, ou à qui sa propre vertu devient fatale. Il a péri victime de ses excès. Victime de son dévouement.
De ses propres forfaits serai-je la victime ? — Jean Racine (1639-1699)
Je fus la victime d'une négociation amoureuse et d'un traité que les soupirs avaient fait — Montesquieu (1689-1755)
S'est dit, absolument, des personnes qui périrent condamnées par les tribunaux révolutionnaires. Cheveux, costume à la victime, coiffure, habillement qui rappelait la toilette des condamnés montant à l'échafaud et qui devint à la mode dans quelques salons, lors de la réaction dont le 9 thermidor fut suivi. Bal des victimes, bal où l'on n'était admis qu'en prouvant qu'on avait une victime dans sa famille.
Familièrement, une victime, un souffre-douleur, une personne objet de plaisanteries (voy. VICTIMER).
Terme de cuisine. Côtelette à la victime, celle qui est cuite entre deux autres côtelettes qu'on sacrifie en les posant sur la braise, de sorte que tout le jus des deux côtelettes victimes passe dans celle du milieu.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).