s. f.
Petit canal qui ramène au cœur le sang distribué par les artères dans toutes les parties et devenu noir en cette distribution. Veine cave. Veine jugulaire. Grosse veine Petite veine. Dégorger par des sangsues les veines hémorrhoïdales. Exciser les veines variqueuses. On lui a ouvert la veine, on l'a saigné. Veine porte, voy. PORTE 2. Terme de maréchal. Barrer la veine à un cheval, la couper, ou la lier dessus et dessous, pour arrêter le cours de quelque humeur. Fig. Veine artérieuse, ancien nom de l'artère pulmonaire.
Il fallait imiter [lors de la Saint-Barthelémy] les chirurgiens experts, qui, pendant que la veine est ouverte, tirent du sang jusques aux défaillances pour nettoyer les corps cacochymes de leurs mauvaises humeurs — G. NAUDÉ
Barrer la veine, couper court à.... Portland parla à Torcy du renvoi [de Jacques hors de France] ; Torcy n'en fit point à deux fois, et lui barra tout aussitôt la veine — Saint-Simon (1675-1755)
En général, tout vaisseau, veine ou artère, contenant du sang. Fig. Tant que le sang, tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines, aussi longtemps que je vivrai. Fig. L'âge où le sang bout, bouillonne dans les veines, où le sang est glacé dans les veines, c'est-à-dire la jeunesse, la vieillesse. Le sang lui bout dans les veines, se dit d'un homme ardent, fougueux. Par exagération. Il n'a pas une goutte de sang dans les veines, se dit d'un homme saisi d'épouvante, d'horreur. Familièrement. Cet homme n'a pas de sang dans les veines, il n'a pas de courage. Fig. Il n'a veine, il n'a nulle veine qui y tende, se dit d'une personne qui n'a nulle disposition, nulle inclination pour quelque chose. Se faire ouvrir les veines, supplice chez les Romains ; on incisait les vaisseaux aux bras et aux jambes, et le patient mourait d'hémorrhagie.
Tel Sophocle à cent ans charmait encore Athènes, Tel bouillonnait encor son vieux sang dans ses veines — Pierre Corneille (1606-1684)
Je sens de veine en veine une subtile flamme Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois — Boileau (1636-1711)
Fig. Veine poétique, ou, absolument, veine, disposition naturelle à la poésie qui donne de la facilité pour faire de bons vers. Il est en veine, il est dans une disposition favorable à la poésie, à la composition. Il s'est dit au pluriel.
Je me trouve un peu incommodé de la veine poétique, par la quantité de saignées que j'y ai faites ces jours passés — Molière (1622-1673)
Tous les poëtes laissèrent couler leur veine, bonne ou mauvaise, et l'accablèrent de louanges — Mme DE LAFAYETTE
Poétiquement. Intérieur, centre.
Des veines d'un caillou qu'il frappe au même instant, Il fait sortir un feu qui pétille en sortant — Boileau (1636-1711)
Terme de géologie. Partie longue et étroite de terre, de roche, d'une qualité ou d'une couleur différente de celle qui l'entoure. Terme rural. Veine de terre, portion de terre, souvent plus longue que large, d'une nature différente de celle qui l'environne.
M. Bowles rapporte que, dans le terrain de la Nata en Espagne, il y a une veine de quartz qui sort de la terre, s'étend à plus d'une demi-lieue et se perd ensuite dans la montagne — Buffon (1707-1788)
Les racines se détournent d'un obstacle ou d'une veine de mauvais terrain pour aller chercher la bonne terre — Buffon (1707-1788)
Endroit d'une mine où se trouve le minéral. Veine d'argent. Veine de soufre. Veine riche, abondante. Terme de houilleur. Ouvrier à la veine, celui qui extrait le charbon de la couche. Fig. Cet homme est tombé sur une bonne veine, il a rencontré heureusement.
Un chercheur de mines crut, ou fit accroire avoir trouvé beaucoup de veines d'or dans les Pyrénées — Saint-Simon (1675-1755)
M. Genneté a donné l'énumération de toutes les couches ou veines de charbon de la montagne de Saint-Gilles au pays de Liége — Buffon (1707-1788)
Par une métaphore tirée de la veine qu'on rencontre dans les exploitations, chance bonne ou mauvaise. Absolument. Suite de chances favorables. Il est en veine. Il profite de sa veine. Être en veine de bonheur, réussir dans tout ce qu'on entreprend. Il se dit quelquefois au pluriel pour chances.
Nous avons trouvé une bonne veine, et qui nous explique bien une querelle que vous eûtes une fois.... — Mme de Sévigné (1626-1696)
Mme de la Fayette.... est dans une mauvaise veine de santé — Mme de Sévigné (1626-1696)
Veine d'eau, filet d'eau qui coule sous terre.
Cette grande fertilité vient de ces deux fleuves qui, par des veines d'eau, humectent le terroir — Vaugelas (1585-1650)
En une infinité d'endroits de la terre, il court des veines d'eau qui ont effectivement quelque rapport avec le sang qui coule dans nos veines — Fontenelle (1657-1757)
Veine fluide, nom que porte, en hydraulique, la colonne liquide qui sort par un orifice à minces parois. Contraction de la veine fluide, rétrécissement, à la sortie, du jet d'un liquide qui s'écoule d'un vase par une petite ouverture.
Marque longue et étroite qui va en serpentant dans le bois et dans les pierres dures. Les veines du noyer. Terme de relieur. Raies colorées de la reliure.
Les veines vertes qui se rencontrent dans le marbre Campan, sont dues selon M. Bayen, à une matière schisteuse — Buffon (1707-1788)
On ne doit poser les veines d'or que lorsque la couverture est dorée
Nom des nervures des feuilles, qui partent de la nervure principale et se ramifient dans le limbe.
Terme de boucherie. Voy. AVANT-CŒUR.
Veine de Médine, la filaire. Qui voit ses veines voit ses peines, se dit à une personne âgée dont les veines sont apparentes, ce qui est signe d'un âge qui s'avance.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).