trou
nom, masculin, /tʁu/
Définitions
Ouverture ou cavité creusée dans une surface ou dans un corps.
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Vide dans une continuité, lacune dans le temps ou la mémoire.
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Localité isolée, éloignée de tout et jugée sans attrait.
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Somme manquante dans un budget ou une comptabilité, déficit.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens) — Académie 1935 (14 sens)
Littré (1873) — entrée 1
s. m.
Ouverture en creux faite dans un corps, à peu près aussi longue que large : ce qui la distingue de la fente, qui est plus longue que large. Boucher un trou. Cet enfant en tombant s'est fait un trou à la tête, à la jambe. Fig. Fig. Il n'a jamais rien vu que par le trou d'une bouteille, se dit d'un ignorant qui n'a pas vu le monde. On dit dans un sens analogue : ne voir que par un trou. Fig. Mettre la pièce à côté du trou, employer, pour remédier à un mal, un autre moyen qu'il ne faudrait. Fig. Boucher un trou, payer une dette. Déboucher un trou pour en boucher un autre, faire une dette nouvelle pour en payer une vieille. Le trou de la porte, le pertuis de la serrure qui reçoit la clef.
Il y avait trois ans depuis qu'il [Lauzun] travaillait à faire un trou [au mur de sa prison], et qu'il avait fait une corde avec du linge la mieux faite du monde....
Ce pauvre Lauzun ne vous fait-il pas grand'pitié de n'avoir plus à faire son trou ? — Mme de Sévigné (1626-1696)
Fig. Il a fait un trou à la lune, ou, anciennement, à la nuit, il s'est dérobé furtivement, et, en mauvaise part, il a emporté l'argent, il a fait banqueroute, il s'est enfui sans payer ses créanciers. Cette locution paraît venir de l'idée que celui qui s'enfuit ainsi se dérobe pendant l'obscurité ; et alors on dit plaisamment qu'il a fait, pour s'enfuir, un trou à la nuit ou à la lune qui est l'astre de la nuit. D'Aubigné, Hist. II, 291, a dit percer la nuit, pour cheminer pendant la nuit. Voltaire, en voulant distinguer emporter le chat et faire un trou à la lune, a trop restreint le sens de cette dernière locution ; la différence est que la première signifie partir sans dire adieu, et la seconde, se dérober furtivement. On a dit aussi faire un pertuis dans l'eau, voy. EAU, à l'historique.
Elle a emprunté plus de sept cent mille livres à plusieurs particuliers, et, après, elle a fait un trou à la nuit — Gui Patin (1601-1672)
Ce qui les faisait s'imaginer que c'était un gros marchand qui avait fait un trou à la nuit, comme ils étaient presque tous de ceux que l'on dit par raillerie, qui mangent la lune auparavant le quartier — CÉSAR OUDIN
Trou du souffleur, petit réduit placé sur le devant du théâtre, où est placé le souffleur
Dans certaines machines, dans certains appareils, un trou d'homme, un trou capable de laisser un homme s'introduire pour le service de la machine, de l'appareil.
Terme de marine, trou du chat, trou carré pratiqué au milieu d'une hune ; il sert de passage à la tête du mât, aux haubans, aux étais, et aussi aux hommes qui montent dans la hune. Trous d'écoutes, ouvertures pour le passage des écoutes. Trou de la clef, ouverture pour recevoir la clef d'un mât.
Terme d'anatomie. Trou de Botal, ouverture existant, chez le fœtus, dans la cloison médiane des oreillettes ; elle se ferme aussitôt après la naissance. Trou déchiré, nom donné à l'hiatus l'entre l'os occipital, le sphénoïde et le temporal. Trou ovale, le trou sous-pubien de l'os iliaque.
Cavité plus ou moins profonde dans la terre. Fig. Boire comme un trou, boire excessivement. Fig. et populairement, faire un trou, boire ou manger quelque chose qui réveille l'appétit, quand on a déjà mangé. Cavité faite dans la terre pour planter des arbres. Enfoncement pratiqué dans la cour d'une ferme, pour y déposer le fumier. Terme de construction. Être sur le trou, se dit de la pierre qui est encore près du puits de carrière d'où on l'a tirée.
Vous souvient-il, monsieur, quand ma maudite mule Me jeta par malice en ce trou si profond ? — Regnard (1655-1709)
Le trou Saint-Patrice est très fameux en Irlande ; c'est par là que ces messieurs disent qu'on descend en enfer — Voltaire (1694-1778)
Terme de fortification. Trou de loup, défense accessoire pratiquée en avant des ouvrages de fortification passagère ; c'est un trou creusé en terre, au fond duquel un petit piquet est planté verticalement.
Terme de marine. Petit enfoncement que l'on voit le long d'une côte. Inégalité en creux sur le fond de la mer.
Retraite des petits animaux. Souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise, il faut avoir dans les affaires plusieurs moyens, plusieurs ressources. Fig. Il le ferait mettre dans un trou, dans un trou de souris, se dit d'un homme qui en fait trembler un autre par sa présence. Il se fourrerait dans un trou, se dit d'un poltron qui a peur.
Trou, ni fente, ni crevasse Ne fut large assez pour eux [les rats empanachés], Au lieu que la populace Entrait dans le moindre creux — La Fontaine (1621-1695)
Fig. Il se dit d'une demeure, ville ou logis, dont on veut indiquer la petitesse, l'étroitesse d'une manière exagérée. Familièrement, il a fait son trou, il s'est créé une position qui le satisfait, qui lui assure certains avantages.
Ah ! ma chère enfant, promenez-vous.... ne demeurez point toujours.... dans ce trou de cabinet — Mme de Sévigné (1626-1696)
On est assez porté à croire qu'un trou à Paris vaut mieux qu'un palais ailleurs ; pour moi je n'aime ni les trous, ni les palais ; mais je suis très content d'une maison riante et commode — Voltaire (1694-1778)
Terme du jeu de trictrac. Avantage de douze points, marqué par un fichet qui se met dans un trou. Fig. Il a fait en deux coups six trous, se dit d'un homme qui va vite en besogne.
Une école maudite Me coûte, en un moment, douze trous tout de suite — Regnard (1655-1709)
Dans les jeux de paume carrés, ouverture qui est au pied de la muraille, dans le coin opposé à la grille.
Les trous de la petite vérole, les cicatrices qu'elle laisse dans la peau.
Une pommade du Pérou qui.... recrépit les trous de la petite vérole — Dancourt (1661-1725)
Terme de peinture. Se dit des endroits d'un tableau où les objets mal groupés laissent voir çà et là le fond. Se dit aussi des parties du premier plan, qui, étant du même ton que les plans reculés, s'enfoncent tout à coup à l'égal de ceux-ci. Se dit enfin des masses trop brunes qui tirent sur le noir, et qui sont distribuées mal à propos sur le devant du tableau (Pernety 1757). Cette masse est trop brune, elle fait trou.
Un art où le moindre intervalle mal ménagé fait un trou, où une figure trop éloignée ou trop rapprochée de deux autres alourdit ou rompt une masse — Diderot (1713-1784)
En argot du théâtre, une pièce pleine de trous, une pièce où le caractère du principal personnage est plein d'incohérence.
Étymologie : Picard, treu ; prov. trauc ; anc. cat. troc du bas-lat. traugum, qui est dans la loi des Ripuaires, titre 43 : Si quis in clausura aliena traugum ad transeundum fecerit. L'origine de traugum est inconnue. On y peut pourtant conjecturer un radical qui est dans le germanique : allem. et suéd. trog, auge ; isl. thro ; angl. trug, et aussi trough, the trough of the sea, le creux entre deux lames.
Historique : XIIe s. Enz en la presse fu Viviens toz sous [seul] ; De ses granz plaies fet estoper les trous XIIIe s. Que par mi son souller [elle] ot en son pié un tro En un trou de tariere [ils] lui boutent erramment Les deux pols [pouces] Et avoit un trau el comble deseure, par quoi il reprendoit s'alaine Soris qui n'a qu'un trau poi dure De l'or saint Abraam li fu fais un cerchaus, Si le mist en son chief li bons rois des ribaus, Car en Jerusalem fist-il les premiers traus, Et premiers i monta Tout le vis a couvert de bloustres, De granz boces et de granz cleus, Et si a tant plaies et treus.... XIVe s.…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. m.
Ouverture au travers d’un corps ou qui y pénètre à une certaine profondeur. Faire un trou dans une muraille. Creuser un trou en terre. Percer un trou dans du fer, du bois. Il y a un trou à vos bas, à votre manteau. Regarder par le trou de la serrure. Les trous d’une flûte. Le trou d’une aiguille. Il est blessé, il a un trou à la tête. Trou dans lequel les bêtes se retirent. Trou de taupe, de renard, de souris. Ces oiseaux font leur nid dans un trou. Boucher un trou. Agrandir, remplir un trou. Tomber dans un trou.
Fig. et fam., Cet homme boit comme un trou, Il boit beaucoup.
Fig. et fam., Il le ferait mettre dans un trou de souris se dit d’un Homme qui en fait trembler un autre par sa présence.
Fig. et fam., Boucher un trou, Payer une dette. Si je recevais cet argent-là, il me servirait à boucher un trou.
Fig. et fam., Faire un trou pour en boucher un autre, Contracter de nouvelles dettes pour payer les anciennes.
Fig. et fam., Faire un trou à la lune, S’enfuir sans payer ses créanciers.
Fig. et fam., Faire le trou normand, Boire un verre d’alcool entre deux plats.
En termes de Théâtre, Trou du souffleur, Ouverture pratiquée dans le plancher sur le devant de la scène et où se tient le souffleur.
En termes de Fortification, Trou de loup, Trou muni d’un pieu taillé en pointe et qui sert de défense accessoire.
TROU, en termes de jeu de Trictrac, désigne l’Avantage de douze points, que celui qui les gagne marque par un fichet qu’il met dans un trou. Il faut douze trous pour gagner une partie. Je marque un trou.
Au jeu de Golf, il se dit des Différentes cavités où il faut successivement introduire sa balle. Un golf de dix-huit trous.
TROU se dit figurément d’une Lacune, d’un manque, d’un vide. Il a des trous dans ses souvenirs, dans sa mémoire. Il y a des trous dans cette pièce de théâtre.
Il se dit, figurément et familièrement, d’une Localité, d’un logement dont on veut indiquer la petitesse d’une manière exagérée. Ce n’est pas une ville, c’est un trou. On m’a logé dans un trou. Le moindre trou me suffira.
Un petit trou pas cher, Une villégiature à bon marché.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- trous — pluriel — /tʁu/
- trou — singulier — /tʁu/
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