très
adjectif
Entrée attestée par un témoin historique — absente de la nomenclature contemporaine (Morphalou).
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (4 sens)
Littré (1873)
adj.
Particule qui marque le superlatif absolu, et qui se joint à un adjectif, à un participe et à un adverbe ; on unit ces deux mots par un trait d'union ; du moins c'est l'usage du Dictionnaire de l'Académie. Une campagne très agréable. Il est très estimé et très aimé. Cela lui arrive très rarement.
Il est très informé des questions du temps, et il sait parfaitement le secret des jésuites — Pascal (1623-1662)
Très se met devant une locution adverbiale ; alors le trait d'union ne s'emploie pas.
Quand je parle de labourer la terre, je parle très à la lettre : je me sers du nouveau semoir.... — Voltaire (1694-1778)
Mon ouvrage, qui avait été écrit à Gênes, très à la hâte — GALIANI
On a contesté s'il pouvait se mettre devant un substantif. Cela est peu usité ; mais l'usage de bons auteurs y autorise.
Il ne laisse pas de se fier à celui-ci, comme à un très homme de bien — Guez de Balzac (1597-1654)
Oui, vous êtes sergent, monsieur, et très sergent — Jean Racine (1639-1699)
Mme de Sévigné l'a mis devant un verbe à un temps composé.
Ils m'ont très assuré que la vendange de cette année [un bain de vendange, pour des douleurs] m'aurait empirée, — Mme de Sévigné (1626-1696)
Étymologie : Bourguig. tré ; du lat. trans, au delà. Si l'on prend en considération le sens de très dans l'anç. français, qui est beaucoup, dès, jusqu'à ; si on le voit en composition dans trespasser et autres mots ; si on tient compte de l'ital. tracodardo, très couart, trafreddo, très froid, etc. on reconnaîtra que très est la forme française de trans.
Historique : XIe s. Tres qu'en la mer [il] conquist la tere altaigne Si li truvez ki tres bien li ajut [aide] Le cors [il] li trenchet tres l'un costet qu'al altre XIIe s. Mais ma dame est de si tres grant vaillance [prix], Que son ami ne doit faire faillance L'apostoiles de Rome, tres en mi le palais, Les princes en apele XIIIe s. Aliste, se je puis, tres bien [je] marierai Et si tres en mal aise et si fort tourmentée Sachiez, si tres m'en deut li cuers [le cœur] sous la mamele Amis, dit Renart, di moi voir, Sez-tu ci entor nul manoir Où je trovasse que mengier ? Je ne manjoi tres [dès] avant er [hier] Je…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Source de l'entrée : Dictionnaire de la langue française (Littré), 1863-1873, licence CC-BY-SA-3.0 — entrée TRÈS.