v. a.
Sentir un objet avec la main. Toucher de la main, du doigt. Toucher doucement, légèrement. Fig. Ne pas toucher de cartes, ne pas toucher les cartes, ne pas jouer aux cartes. Fig. Toucher au doigt, être très voisin. Fig. et familièrement. Faire toucher une chose au doigt et à l'œil, la faire comprendre clairement, en donner des preuves indubitables, telles que celles que fournissent le toucher et la vue. Toucher au vif, toucher à l'endroit où une plaie est à vif. Fig.
Ayant touché l'oreille de cet homme, il le guérit — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Au sortir de la messe et de la station, sans entendre encore parler d'autres affaires, le roi a touché les malades, qui ont été en assez grand nombre pour un lieu comme celui-ci — Pellisson (1624-1693)
Se mettre en contact avec un objet, de quelque autre façon que ce soit. Toucher du pied. Il le toucha avec son gant, avec son chapeau. Toucher la figue, voy. APPRÊTER, n° 4.
La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ; Mais ses lèvres [de Britannicus] à peine en ont touché les bords... — Jean Racine (1639-1699)
Je me trouvai poussée, ballottée, pressée, enlevée, mes pieds ne touchaient plus la terre — Mme de Genlis (1746-1830)
À l'escrime, toucher, atteindre d'un coup de fleuret, ou d'épée. Il a touché son adversaire. Terme de billard. Toucher la bille, la heurter avec la sienne dans le carambolage. Absolument.
Philibert cadet dans le billard : J'ai touché, monsieur ; je suis sûr que j'ai touché — Louis-Benoît Picard (1769-1828)
Éprouver sur la pierre de touche. Toucher un lingot d'or. Cette pièce d'or est douteuse, elle a été touchée deux ou trois fois.
Terme d'imprimerie. Appliquer l'encre sur les formes avec les balles ou avec le rouleau. Toucher la forme également. Toucher en noir, en rouge.
Frapper sur des animaux pour les faire marcher, les chasser devant soi. Toucher un troupeau. Le postillon toucha ses chevaux, et l'on partit. Absolument. Fig. Il se construit aussi avec la préposition sur. Toucher sur les uns et sur les autres. Terme de manége. Toucher de la gaule, aider de la gaule, en frapper légèrement sur l'épaule du cheval.
Touche, cocher — Pierre Corneille (1606-1684)
Il descend du palais, et, trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans ; le cocher touche, et croit ramener son maître dans sa maison — La Bruyère (1645-1696)
Jouer de certains instruments de musique qui sont à touches ou à cordes. Fig. On dit aussi : Toucher du piano, de l'orgue, etc. Fig. et familièrement. Il ne faut pas toucher cette corde-là, c'est une corde qu'il ne faut pas toucher, cette affaire est délicate, il ne faut pas en parler. Fig. Toucher la grosse corde, parler de ce qu'il y a de principal, de décisif.
C'est une faute contre la politesse que de louer immodérément en présence de ceux que vous faites chanter ou toucher un instrument, quelque autre personne qui a ces mêmes talents — La Bruyère (1645-1696)
Quelque estimé que fût Thémistocle, on crut qu'il manquait quelque chose à son mérite, parce que, après un repas, il ne put, comme les autres, toucher la lyre ; l'ignorance sur ce point passait pour un défaut d'éducation — Rollin (1661-1741)
Toucher l'aiguille d'un compas (boussole), la frotter sur une pierre d'aimant pour lui donner la vertu magnétique.
Terme de marine. Toucher une terre, s'y arrêter accidentellement. Toucher le vent, gouverner très près.
Recevoir, en parlant de sommes d'argent.
Six mille francs que je devais toucher à Nantes — Mme de Sévigné (1626-1696)
Les Phocéens ouvrirent les yeux, et nommèrent des commissaires pour faire rendre compte à tous ceux qui avaient touché les deniers publics — Rollin (1661-1741)
Il se dit du contact d'objets inanimés.
Tout ce qui nous touche trop violemment nous blesse — Bossuet (1627-1704)
La barque touchait déjà le rivage de l'empire de Pluton — Fénelon (1651-1715)
Être contigu. Ma maison touche la sienne. Terme de géométrie. Cette ligne droite touche cette courbe, elle y est tangente.
Il y a un champ qui touche celui de mon père ; et ceux qui le cultivent sont exposés aux ardeurs du soleil — Montesquieu (1689-1755)
C'est le voisin dont je vous ai parlé, celui dont l'enclos touche le mien — A. DUVAL
Terme de peinture. Il se dit de l'opération par laquelle le peintre pose et étend les couleurs sur le tableau. Ce peintre a bien touché ces figures. Absolu ment.
À la manière dont un tableau est touché, on reconnaît le maître qui l'a fait — BOU TARD
Le peintre aura été plus sûr de l'effet de son pinceau, aura touché plus fièrement, plus librement, aura moins remanié, tourmenté sa couleur — Diderot (1713-1784)
Fig. Traiter, exprimer, comme fait le peintre avec son pinceau. Ce poëte touche bien les passions. Fig. Parler d'une chose, et, quelquefois, en parler incidemment. Toucher un mot, quelque chose d'un sujet, en dire quelques mots. Philotas n'aura daigné, dans un si long entretien, toucher un seul mot d'une affaire qui.
J'ai déjà touché ces deux questions [de Dieu et de l'âme humaine] dans le discours français que Je mis en lumière, en l'année 1637, touchant la méthode — Descartes (1596-1650)
En cinq ou six lignes vous avez compris tout ce que je pouvais ouïr de plus agréable au monde, et, en me promettant la présence de mon maître, votre conversation et votre amitié, vous avez touché tous mes souhaits — Voiture (1597-1648)
Fig. Être sensible, douloureux, offensant.
Au moins, avant la mort, dis où le mal te touche — Mathurin Régnier (1573-1613)
Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur — Pierre Corneille (1606-1684)
Toucher d'un sentiment, d'une passion, exciter ce sentiment, cette passion. Absolument.
Parmi tant d'objets différents, il y en eut un qui me toucha d'un véritable plaisir — Voiture (1597-1648)
....tout ce qu'on voit de gloire temporelle Ne les touche d'aucun désir — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Faire impression.
J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Un vertueux remords n'a point touché mon âme — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Émouvoir, attendrir. Absolument.
Ce qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens — Pierre Corneille (1606-1684)
Tous trois désavoueront la douleur qui te touche — Pierre Corneille (1606-1684)
Il se dit de la grâce divine qui change le cœur. Dieu l'a touché, il s'est converti.
Quand il plaît à Dieu de toucher l'homme par sa miséricorde — Pascal (1623-1662)
Il [l'abbé de Coulange] est si touché de Dieu qu'il prend un intérêt particulier aux grâces particulières que l'on reçoit de lui — Mme de Sévigné (1626-1696)
Toucher se dit quelquefois, par atténuation, pour inspirer de l'amour.
Néron : La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frère ; Et pour Britannicus...., -J, unie : Il a su me toucher, Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher — Jean Racine (1639-1699)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).