s. m.
Étymologiquement et proprement, tension ; de là l'emploi de ce mot en médecine où il signifie : état de rénitence et d'élasticité de chaque tissu organique dans l'état de santé. Un cordial qui donne du ton à l'estomac.
Si je n'avais pas, le moment d'après, reçu une lettre de M. le chancelier, qui a remis mes nerfs à leur ton, et rétabli l'équilibre des liqueurs — Voltaire (1694-1778)
Terme de grammaire. Pour les anciens, élévation de la voix sur une syllabe d'un mot (ce qui est une sorte de tension).
Certain degré d'élévation ou d'abaissement de la voix. Ton de voix. Un ton aigre. Un ton doux. Ton plaintif. Le ton de la pitié, de la colère.
De sa sœur tout exprès j'ai pris l'image entière, Mon visage a même air, ma voix a même ton — Pierre Corneille (1606-1684)
Vous détruirez toujours mes conseils par les vôtres ; Le seul ton de ma voix vous en inspire d'autres — Pierre Corneille (1606-1684)
Par extension, manière de la voix, par rapport à la nature des discours. Le ton de la sincérité. Parler d'un ton de maître. Il rebat sans cesse les mêmes choses, il est toujours sur le même ton. Être sur un ton, dire des choses d'une certaine espèce. Le prendre sur un ton de, parler comme, en qualité de. Le prendre sur un ton bien haut, trop haut, tenir un langage qui dénote de trop hautes prétentions. Le prendre sur un ton bien haut, signifie aussi avoir de hautes prétentions. Le prendre sur un ton, d'un ton, s'exprimer ou se comporter d'une certaine manière. Familièrement. Prendre un ton, prendre "les airs de supériorité. Familièrement. Parler à quelqu'un du bon ton, lui parler d'une manière propre à s'en faire écouter. Changer de ton, changer de langage, de conduite, de manière d'être. Faire baisser le ton à quelqu'un, l'obliger à rabattre de ses airs de supériorité, de ses prétentions.
Le rieur alors, d'un ton sage, Dit.... — La Fontaine (1621-1695)
Et ses roulements d'yeux et son ton radouci N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici — Molière (1622-1673)
En musique, et par la même idée étymologique de tension appliquée aux cordes, le son, par rapport à son degré de gravité ou d'acuité.
La différence des tons ne vient point de la force des vibrations de l'air, mais de leur promptitude — Malebranche (1638-1715)
Il n'y a point de ton dans un son simple ; un coup de fusil, un coup de fouet, un coup de canon produisent des sons différents qui cependant n'ont aucun ton — Buffon (1707-1788)
Ton signifie aussi l'intervalle entre deux notes, ce que Choron proposait de nommer un diaton (voy. ce mot) ; alors le ton est précisément l'intervalle de la quinte à la quarte qui s'exprime par le rapport 9 : 8, c'est-à-dire que sol à la quinte d'ut fait 9 vibrations, pendant que fa ou la quarte en fait 8. Ce rapport se retrouve exactement de l'ut au ré, ou de la tonique à la seconde, et du la au si, ou de la sixte à la septième. Du ré au mi et du sol au la l'intervalle est seulement de 10 : 9; ce qui fait nommer ces deux tons, des tons mineurs, tandis que les trois précédents sont des tons majeurs. Fig. et par plaisanterie, en parlant de coups plus fortement assenés. Demi-ton, ou semi-ton, intervalle d'à peu près la moitié d'un ton. Il faut chanter cet air d'un demi-ton plus haut. Il y a dans la gamme un demi-ton du mi au fa, et un autre du si à l'ut. Demi-ton majeur, différence de la tierce majeure à la quarte. Demi-ton mineur, différence de la tierce majeure à la tierce mineure. Demi-ton diatonique, celui qui existe d'une note à l'autre, comme d'ut à ré bémol. Demi-ton chromatique, celui qui existe d'une note à la même note subissant une altération, comme d'ut à ut dièse.
Ah ! qu'est-ce ci, grands dieux ! il frappe un ton plus fort — Molière (1622-1673)
Il y a douze demi-tons dans la gamme — GRÉTRY
Ton pris dans le sens de mode. Ton majeur, gamme où la distance de la tonique à la tierce est de deux tons ; ton mineur, gamme où cette distance n'est que d'un ton et demi. Tons relatifs, les modes ou tons majeurs et roi neufs qui ont à la clef le même nombre de dièses ou de bémols comme ut majeur et la mineur qui n'en ont pas ; sol majeur et mi mineur qui ont un dièse ; fa majeur et ré mineur qui ont un bémol, etc. Sons adjoints ou conjoints, les modes qui ont le plus d'affinité avec le ton principal, c'est-à-dire qui conservent le plus de notes semblables, par exemple à l'égard du ton d'ut, celui de fa, ou sa quarte qui n'a qu'un bémol de plus, et celui de sol ou sa quinte qui n'a qu'un dièse.
Gamme que l'on adopte pour la composition d'un air, d'un morceau, et qui prend son nom de la première note de cette gamme. Il y a un dièse dans le ton de sol, deux dans le ton de ré, trois dans le ton de la. Ce musicien sort du ton. Changer de ton. Le ton d'ut, le ton de sol, le ton ayant pour tonique la note ut, la note sol. Donner le ton, indiquer par la voix ou par un instrument le ton d'un morceau. Fig. Fig. Donner le ton, faire par influence que les autres prennent nos manières, tiennent notre langage. Il se dit aussi des choses qui exercent une influence de même genre. Fig. et familièrement. Je le ferai bien chanter sur un autre ton, je l'obligerai à parler, à se conduire autrement qu'il ne fait. Fig. Chanter sur un ton, tenir un certain langage. C'est le ton qui fait la musique, c'est le ton, c'est la manière dont on dit les choses qui dénote l'intention de celui qui les dit.
Il faut avouer en général que le ton de la plaisanterie est, de toutes les clefs de la musique française, celle qui se chante le plus aisément — Voltaire (1694-1778)
On doit... Et se donner le ton autant qu'on a d'haleine — Mathurin Régnier (1573-1613)
Ton d'église, mode du plain-chant. Il y a huit tons d'église, quatre authentiques et quatre plagaux. Le ton de l'épître, de l'évangile, de la préface.
Souffrirez-vous toujours qu'un orgueilleux m'outrage.... et, s'égalant à moi, Donne à votre lutrin et le ton et la loi — BOIL.
Degré d'élévation du son des instruments. Le diapason règle le ton. Son violon était monté sur ce ton-là. Fig. Fig. Être monté sur un ton, avoir telle ou telle disposition. Fig. Sa maison est montée sur ce ton-là, telle est la manière dont on y vit. Fig. Se mettre au ton de quelqu'un, se conformer à ses idées, à ses mœurs, à son langage.
Avant que de chanter, il faut que je prélude un peu et joue quelque pièce, afin de mieux prendre mon ton — Molière (1622-1673)
Il semble... Que Phébus à leur ton accorde sa vielle — Mathurin Régnier (1573-1613)
Terme de vénerie. Ton pour les chiens, air que l'on joue sur le cor de chasse.
Au plur. Se dit des corps de rechange du cor et de la trompette, parce que c'est à l'aide de ces corps de rechange que ces instruments peuvent jouer dans différents tons. Tons ouverts, se dit de ceux qu'on obtient sur le cor sans introduire la main dans le pavillon, à la différence des tons bouchés.
Il se dit, dans le même sens, de la manière, de l'expression dans le langage écrit.
Qui ne croirait que des gens qui parlent de ce ton-là [dans un écrit], eussent sujet de se plaindre ? — Pascal (1623-1662)
Toutes mes pensées me faisaient mourir ; j'écrivis à M. de Grignan, vous pouvez penser sur quel ton — Mme de Sévigné (1626-1696)
Les manières en général. Le ton de la ville. Le ton du collége. Un ton de corps de garde.
Il n'y a point de règle générale pour les tons et pour les manières, et il n'y a point de bonnes copies — La Rochefoucauld (1613-1680)
Le chien prend le ton de la maison qu'il habite — Buffon (1707-1788)
Le bon ton, le langage, les manières du monde poli, des gens bien élevés. On dit dans un sens contraire: le mauvais ton. Un homme de mauvais ton. Une familiarité de mauvais ton. Absolument. Le ton, ce qu'on regarde comme le bon ton par excellence. Ton, absolument, se dit aussi pour grand ton et luxe. Je ne veux pas fréquenter cette personne ; il y a trop de ton dans sa maison.
Le bon ton, dans ceux qui ont le plus d'esprit, consiste à dire agréablement des riens, et à ne pas se permettre le moindre propos sensé, si l'on ne le fait excuser par les grâces du discours — Charles Pinot Duclos (1704-1772)
Ce prétendu bon ton qui n'est qu'un abus de l'esprit ne laisse pas d'en exiger beaucoup — Charles Pinot Duclos (1704-1772)
Le haut ton, le grand ton, les manières du plus grand monde.
Des propos libres, des maximes du haut ton — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fi des coquettes maniérées ! Fi des bégueules du grand ton ! — Béranger (1780-1857)
La disposition de l'opinion, à un moment donné. Disposition individuelle.
Le ton d'aujourd'hui, c'est l'innocence des nommées [dans l'affaire des poisons] et l'horreur du scandale — Mme de Sévigné (1626-1696)
La dévotion était le ton de son siècle [de Louis XI] — Charles Pinot Duclos (1704-1772)
Façon d'agir, de se comporter.
M. de Luxembourg s'est mis volontairement à la Bastille [affaire des poisons], et se croit assez innocent pour prendre ce ton — Mme de Sévigné (1626-1696)
Elle me marque tant d'empressement et tant d'amitié, que j'en suis tout embarrassée ; quand on ne peut être sur le même ton, on ne sait que répondre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Terme de peinture. Nom des différentes teintes relativement à leur force, à leur éclat (par extension du sens de série des tons musicaux à la série des nuances). Des tons clairs. Tons faux. Tons blafards. Des tons sombres. Fig. Ton de couleur, degré de force du coloris. Ce paysage est d'un beau ton de couleur. Le ton de couleur de ce tableau tire sur le rouge. Couleur qui domine dans un tableau. Se dit, dans une estampe" des passages du blanc au noir. Broder ton sur ton, broder couleur sur couleur. Dans la gamme des couleurs établie par M. Chevreul, le ton est la couleur elle-même considérée dans son intensité ou sa légèreté, par opposition à la nuance, qui est due au mélange de couleurs situées dans le voisinage. Ainsi le bleu est foncé ou clair, c'est le ton; il est violeté, c'est la nuance.
Cette huppe est de même ton de couleur que le reste du corps — Buffon (1707-1788)
Les anciens ont compté cinq espèces d'améthystes qu'ils distinguaient par les différents tons ou degrés de couleurs — Buffon (1707-1788)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).