ténébreux
adjectif, /tɛnɛbʁø/ ou /tenebʁø/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (4 sens)
Littré (1873)
adj.
Où il n'y a aucune clarté. Poétiquement, le séjour ténébreux, l'enfer. Fig.
Fussiez-vous dans ces terres ténébreuses dont il est parlé dans l'Écriture.... — Bossuet (1627-1704)
Du plus saint appareil la ténébreuse horreur, Les autels, les serments, tout enchaîne Séide — Voltaire (1694-1778)
Fig. Qui est enveloppé comme sous des ténèbres, qui ne porte aucune lumière à l'esprit.
Ce sont ceux qui ont le plus d'esprit, qui se rebutent le plus aisément des méthodes ténébreuses — Dumarsais (1676-1756)
Nos ténébreuses querelles théologiques ne bornent pas au dedans du royaume le tort et le mal qu'elles nous causent — D'Alembert (1717-1783)
Il se dit des auteurs qui rendent obscur le sens de leurs pensées.
On appelait Héraclite le philosophe ténébreux, parce qu'il ne parlait jamais que par énigme — Fénelon (1651-1715)
Qui est devenu obscur par le temps. Les temps ténébreux de l'histoire, les temps où l'histoire est incertaine, peu connue.
Ceux qui, avant que son livre [de Guérin du Rocher] parût, ont été d'un avis différent du sien sur quelques points de la ténébreuse antiquité — Voltaire (1694-1778)
Fig. Difficile à pénétrer. Il est sombre et ténébreux, il a l'air sombre et ténébreux, se dit d'un homme sombre et mélancolique.
Ô promesse ! ô menace ! ô ténébreux mystère ! — Jean Racine (1639-1699)
La part que j'ai prise, messieurs, à cette affaire qui n'a jamais été ténébreuse pour moi — Voltaire (1694-1778)
Fig. Il se dit des actions mauvaises qui s'enveloppent de ténèbres. Fig. Un coquin ténébreux, un homme qui cache avec soin ses manœuvres coupables. Dans le style soutenu, l'esprit ténébreux de discorde, le démon de la discorde.
L'infâme calomnie, avec perversité, Répand ses ténébreux scandales — Voltaire (1694-1778)
Demeurez ; écoutez leurs complots ténébreux — Voltaire (1694-1778)
S. m. Le beau Ténébreux, dans les romans de chevalerie, se dit d'Amadis, qui, désespéré des rigueurs de la belle Oriane, vécut comme un sauvage dans une solitude. Il se dit, par plaisanterie, des amoureux qui ont quelque raison de cacher leurs entreprises galantes.
Je n'ai qu'une chose à faire, c'est d'entonner là [près d'une femme peu contente de son mari] la cantilène consolatrice que gazouille depuis un an ce beau Ténébreux — Charles de Bernard (1804-1850)
Étymologie : Prov. tenebros ; esp. et ital. tenebroso ; du lat. tenebrosus, de tenebrae, ténèbres.
Historique : XIe s. Halt sunt li pui, e li val tenebrus Turnez ses oilz [ses yeux sont tournés], mult li sunt tenebros XIVe s. Une fosse.... Obscure, tenebreuse, machonnée, effortie XVe s. Et faisoit si noir, si brun et si tenebreux, qu'on ne veoit devant soi un arpent loin XVIe s. Le patient a les yeux tenebreux, n'oyant point... Mes yeux estoient couverts d'un voile tenebreux Ay je pas veu en Platon ce divin mot, que nature n'est rien qu'une poesie enigmatique, comme, peult estre, qui diroit une peincture voilée et tenebreuse ?
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj.
Qui est sombre, obscur. Les voiles ténébreux de la nuit. Un bois ténébreux.
Il s’emploie aussi figurément et signifie Qui est obscur, qui s’enveloppe d’obscurité. Une ténébreuse affaire. Un complot ténébreux. Une conduite ténébreuse. Des manoeuvres ténébreuses.
Une époque ténébreuse, Une époque où l’histoire est obscure et incertaine.
En termes de Poésie, Le séjour ténébreux, L’enfer. — Il est sombre et ténébreux, il a l’air sombre et ténébreux se dit d’un Homme sombre et mélancolique.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (3)
- ténébreux — masculin
- ténébreuses — pluriel féminin
- ténébreuse — singulier féminin
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ténébreux#92645.