ténèbres

ténèbres

nom, féminin, /tenɛbʁə/ ou /tɛnɛbʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (5 sens)

Littré (1873)

s. f. pl.

  1. Obscurité, absence de lumière.

    Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ! — Pierre Corneille (1606-1684)

    Étendez votre main vers le ciel, et qu'il se forme sur la terre de l'Égypte des ténèbres si épaisses qu'elles soient palpables — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  2. Obscurcissement de la vue, qui se manifeste dans les défaillances. Les ténèbres de la mort, l'obscurité qui s'empare du mourant.

    D'épaisses ténèbres lui couvrent les yeux ; les mains lâchent les rênes ; il tombe de son cheval — Rollin (1661-1741)

    Aussitôt ses beaux yeux noirs s'éteignirent et furent couverts des ténèbres de la mort — Fénelon (1651-1715)

  3. En termes de l'Écriture, la sombre malfaisance des démons. Fig. J. J. Rousseau a dit dans un sens analogue : L'immense édifice de ténèbres qu'ils ont élevé autour de lui, ne suffit pas pour les rassurer, 3e dial.

    Les temps de trouble arrivaient ; c'était l'heure de la puissance des ténèbres ; les apôtres étaient déjà comme au milieu de ces troubles — Bossuet (1627-1704)

    Ces esprits lumineux [les anges tombés] devinrent esprits de ténèbres — Bossuet (1627-1704)

  4. Dans le langage biblique, les ténèbres extérieures, la perdition, la damnation.

    Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi [dans la parabole de l'Évangile], ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage, jetez-le dans les ténèbres extérieures — Bossuet (1627-1704)

    Ah ! si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures.... — Massillon (1663-1742)

  5. Fig. Ce qui est comparé aux ténèbres.

    Prenez garde que Dieu ne vous laisse dans les ténèbres — Pascal (1623-1662)

    Jésus-Christ même se voyait contraint de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'eucharistie — Bossuet (1627-1704)

  6. Dans la liturgie catholique, matines qui se chantent l'après-dînée du mercredi, du jeudi et du vendredi de la semaine sainte (il s'écrit avec une majuscule).

    J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue ici ; une grande solitude, un grand silence, un office triste, des Ténèbres chantées avec dévotion.... — Mme de Sévigné (1626-1696)

    L'autre.... Pense être au jeudi saint, croit que l'on dit Ténèbres — Boileau (1636-1711)

Étymologie : Provenç. tenebras ; espagn. tinieblas ; ital. tenebra, tenebria ; du lat. tenebrae. L'ancienne langue avait formé un substantif tenebror, beaucoup plus usité que ténèbres. Tenebrae est rattaché par les étymologistes au sanscr. tamas, obscurité, avec m changé en n à cause du b suivant.

Historique : XIe s. Cuntre midi tenebres i a granz XIIe s. De cez tenebres soi vit avironeit li prophetes XIIIe s. Saint Matheus dit : Se ta lumiere est tenebre, les tenebres de toi que seront ? Et par la joie convient lors Que li cuers oblit ses dolors Et les tenebres où il iere [était] XIVe s. J'estoie toute nue, vous m'avez fait vestir ; Je vivoie en tenebres, fait m'avez esclacir [sic, lisez : esclarir] XVe s. Car, ce disoit Socrate, la pensée des mortels est enveloppée de très espaisses tenebres XVIe s. La tenebre obscure Toute l'eaue de la mer ne seroit suffisante à effacer ceste tache, ne toutes les…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. pl. Privation de lumière, obscurité. Les ténèbres de la nuit. Se trouver dans les ténèbres. être enveloppé d’épaisses ténèbres. Dissiper les ténèbres.

  2. Dans le langage de l’écriture, Les Ténèbres extérieures, Le séjour des réprouvés.

  3. TÉNÈBRES se dit, en termes de Liturgie, des Matines qui se chantent l’après-dîner du mercredi, du jeudi et du vendredi de la Semaine sainte. Aller à Ténèbres. Entendre les Ténèbres.

  4. Il s’emploie aussi figurément. Les ténèbres de l’idolâtrie, du péché, de l’ignorance. Marcher dans les ténèbres. Des oeuvres de ténèbres. Toute cette matière est pleine de ténèbres. Percer les ténèbres des temps anciens.

  5. L’ange des ténèbres, l’esprit des ténèbres, le prince des ténèbres, Le diable.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • ténèbres — pluriel — /tenɛbʁə/ ou /tɛnɛbʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée ténèbres#63153.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.