subtil

subtil

adjectif, /syptil/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (7 sens) — Académie 1935 (6 sens)

Littré (1873)

adj.

  1. Délié, fin, menu, par opposition à grossier, épais. La matière subtile, matière imaginée par Descartes dans les tourbillons. Ancien terme de marine. Galères subtiles, galères les plus étroites, surtout à la poupe.

    Un feu subtil s'allume, et ses brandons épais Sur votre don fatal courent de toutes parts — Pierre Corneille (1606-1684)

    Pour ceux qui ont le sang si extrêmement subtil, il me semble qu'il ne faut rien pour embraser toute la machine — Mme de Sévigné (1626-1696)

  2. Qui est de nature à pénétrer, à s'insinuer promptement. Le vif-argent est fort subtil. Un poison subtil. Terme de fauconnerie. Mal subtil, maladie particulière aux faucons, dans laquelle ces oiseaux paraissent toujours être affamés.

    Et la morsure du serpent Est moins aiguë et moins subtile, Que le venin caché que sa langue répand — Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741)

  3. Il se dit des sens qui ont de l'acuité, quand on sent, voit, entend ce que les autres ne perçoivent que difficilement. Avoir la vue subtile, l'œil subtil. Avoir l'ouïe subtile, l'oreille subtile. Le tact est le moins subtil des sens.

    Ce sujet si zélé qui, d'un œil si subtil, Sut de leur noir complot développer le fil — Jean Racine (1639-1699)

  4. Qui est adroit de la main, qui exécute avec une grande dextérité des tours de main, sans qu'on puisse voir comment ils se font. Un subtil voleur. Main subtile pour escamoter. Un joueur de gobelets fort subtil. On dit à peu près dans le même sens : Le renard est un animal fort subtil ; le singe est subtil. On dit de même : Ce tour, ce vol est subtil, il est fait avec beaucoup d'adresse.

    Cette fuite et cette course insensible du temps n'est qu'une subtile imposture pour nous mener insensiblement au dernier jour — Bossuet (1627-1704)

  5. Qui a dans l'esprit l'adresse exprimée pour la main par subtil. S. m. Personne subtile.

    Comment ! ce peuple [Athéniens], qui se pique D'être le plus subtil des peuples d'aujourd'hui A si mal entendu la volonté suprême Du testateur ! — La Fontaine (1621-1695)

    Il y a du plaisir à voir ce savant casuiste pénétrer dans le pour et le contre d'une même question qui regarde les prêtres, et trouver raison partout, tant il est ingénieux et subtil — Pascal (1623-1662)

  6. En parlant des choses, fin, ingénieux, adroit.

    Stratagème subtil — Jean Mairet (1604-1686)

    Si tu n'as pas de ruse plus subtile.... — Pierre Corneille (1606-1684)

  7. Trop raffiné, qui échappe à l'intelligence par un excès de finesse, en parlant des personnes et des choses. Ce que vous dites là est trop subtil pour moi. Un philosophe subtil. S. m. Ce qu'il y a de subtil. Viser au subtil.

    La différence est si subtile qu'à peine nous pouvons la marquer — Pascal (1623-1662)

Étymologie : Wallon, sûti, sage, spirituel ; bourg. sutil, suti, au fém. sutie ; provenç. subtïl, sotil ; espagn. sutil ; ital. sottile ; du lat. subtilis, qui, selon Corssen, Ausspr. 2e édit. I, 643, est pour sub-telis, de sub, et tela, toile : finement tissé, fin, délicat.

Historique : XIIIe s. Tel conseil [je] sai donner qui est bon et soutis Pour ce que elle soit plus soutille de son mestier garder et faire Renart, qui moult estoit soutis Et disoit que l'ennemi [le démon] est li soutilz Il m'apela une foiz, et me dist : je n'ose parler à vous, pour le soutilz senz dont vous estes, de chose qui touche à Dieu XIVe s. Que nuls, par son serement, ne vendra.... aucune marchandise à livre soutive, qui doit estre livrée et pesée à la livre grosse Adonques s'avisa la royne jolie D'un tour assez subtil, dont elle fut moult lie XVe s. Le roi Charles de France, qui fut sage et soutil…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

adj.

  1. Qui est délié, fin, menu. Matière subtile. Poussière subtile. émanation subtile. On a fait évaporer ce qu’il y avait de plus subtil. Trait de pinceau, trait de plume fort subtil.

  2. Il se dit aussi de Certaines choses qui sont de nature à pénétrer, à s’insinuer promptement. Venin subtil. Poison subtil. Le vif-argent est fort subtil.

  3. Il signifie encore Qui perçoit finement, qui distingue les choses les plus fines à saisir. Avoir la vue subtile, l’oeil subtil, l’ouïe subtile, l’oreille subtile. Avoir des sens très subtils. Le tact est le moins subtil de tous les sens.

  4. SUBTIL signifie, au figuré, Qui est plein de finesse, d’ingéniosité, de pénétration. Un esprit subtil. Un raisonneur subtil. Un critique subtil. Le renard est un animal subtil.

  5. Il se dit également des Choses où l’on montre de la finesse, de l’ingéniosité, de la pénétration. Pensée subtile. Argument subtil. Interprétation subtile. Réponse subtile.

  6. Il signifie encore Qui est trop raffiné, qui échappe à l’intelligence par un excès de finesse. Ce que vous dites là est trop subtil pour moi. Cela est bien subtil, le crains que vos auditeurs n’aient de la peine à le bien comprendre. Ce raisonnement est plus subtil que solide.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (4)
  • subtiles — pluriel féminin — /syptilə/
  • subtils — pluriel masculin — /syptil/
  • subtile — singulier féminin — /syptilə/
  • subtil — singulier masculin — /syptil/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée subtil#58926.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.