souffrir

souffrir

verbe, /sufʁiʁ/

Définitions

  1. Ressentir une douleur physique ou une peine morale.

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  2. Subir un dommage, être endommagé par quelque chose.

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  3. Supporter, tolérer une situation ou une personne pénible.

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  4. Accepter ou tolérer qu'une situation, une action ou un comportement se produise, souvent malgré une réticence ou une désapprobation.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens) — Académie 1935 (12 sens)

Littré (1873)

v. a.

  1. Le sens étymologique et propre est supporter ; il se divise en deux acceptions : résister à quelque chose de fâcheux, de pénible ; endurer. Résister à. Il ne saurait souffrir le soleil, le serein. C'est une place qui ne peut souffrir un siége. Cet homme ne peut souffrir la mer. Souffrir un assaut, soutenir un assaut. Terme de manége. Souffrir l'éperon, se dit d'un cheval qui n'est pas sensible à l'éperon. Souffrir l'étalon, se dit de la jument quand elle est bien en chaleur. Endurer. Souffrir la prison avec fermeté. Souffrir patiemment la mauvaise fortune. Ne pouvoir souffrir une personne, une chose, avoir de l'aversion pour cette personne, cette chose. Je ne puis souffrir que cela se fasse, il m'est désagréable que cela se fasse.

    Je ne comprends pas comme M. de Grignan peut aller dans un pays [les montagnes du Dauphiné] dont les ours ne peuvent souffrir la demeure — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Accoutumés à demeurer dans des maisons commodes, à vivre dans l'abondance et dans l'oisiveté, ils ne pouvaient plus souffrir la faim, la soif, les longues marches, les veilles, ni les autres travaux de la guerre — Rollin (1661-1741)

  2. Ne pas se détériorer, en parlant des choses.

    Le poisson non salé ne pouvait souffrir le transport au delà de trente à quarante heures — MERC.

  3. Tolérer, ne pas empêcher. Souffrir quelqu'un, le tolérer, le laisser faire ceci ou cela. Souffrir se dit pour laisser, avec un nom de personne pour régime direct et un verbe à l'infinitif.

    Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert — La Fontaine (1621-1695)

    On pourrait aucunement Souffrir ce défaut aux hommes — La Fontaine (1621-1695)

  4. Permettre.

    Souffrez que votre fille embrasse vos genoux — Pierre Corneille (1606-1684)

    Je ne vous puis souffrir de dire une sottise — Pierre Corneille (1606-1684)

  5. Recevoir quelque dommage. L'escadre a souffert un vrai désastre. Souffrir une rude, une furieuse tempête, être agité d'une rude, d'une furieuse tempête. Souffrir un coup de vent, être battu d'un coup de vent

  6. Éprouver une peine physique ou morale de quelque chose. Souffrir la douleur, souffrir le martyre, souffrir une perte, un dommage. Par exagération. Souffrir mort et passion, éprouver des douleurs cruelles ; et aussi être vivement impatienté. Sa lenteur me fait souffrir mort et passion. On dit de même : souffrir le martyre.

    Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles ; nous ne les sentons plus, nous les souffrons — Pascal (1623-1662)

    Coulanges a la goutte comme un petit débauché ; il crie.... il voit du monde.... il ne souffre pas même ses douleurs sérieusement — Mme de Sévigné (1626-1696)

  7. Admettre, recevoir, être susceptible, en parlant des choses.

    Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes, La gloire qui le suit ne souffre point de larmes — Pierre Corneille (1606-1684)

    Une pièce d'éloquence remplie des plus belles et des plus nobles expressions que la langue puisse souffrir — Pierre Corneille (1606-1684)

  8. V. n. Supporter, soutenir la douleur physique ou morale.

    Néarque : Il suffit, sans chercher, d'attendre et de souffrir. - Polyeucte : On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir — Pierre Corneille (1606-1684)

    Le trépas vient tout guérir ; Mais ne bougeons d'où nous sommes : Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes — LA FONT

  9. Laisser prendre licence.

    Celui qui souffre beaucoup s'apprête à beaucoup souffrir — LETOURNEUR

  10. Sentir de la douleur, de la peine physique ou morale. Souffrir de la tête, de la poitrine. On dit dans un sens analogue : Sa modestie souffre quand on le loue Il a cessé de souffrir, se dit quelquefois pour : il est mort.

    Ils [les chrétiens] souffrent sans murmure et meurent avec joie — Pierre Corneille (1606-1684)

    Quoique les maux [d'amour] se succèdent ainsi les uns aux autres, on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par l'espérance de moins souffrir ; cependant, quand on la voit, on croit souffrir plus qu'auparavant — Pascal (1623-1662)

  11. Éprouver du dommage matériel ou moral. Les enfants souffrent des divisions des parents. Souffrir dans son commerce, dans sa réputation. L'armée a beaucoup souffert dans cette expédition. Absolument.

    Si la malignité de l'esprit d'indépendance s'est déclarée sans réserve en Angleterre, les rois en ont souffert, mais aussi les rois en ont été la cause — Bossuet (1627-1704)

    Cet autre .... augmente d'année à autre de réputation : les plus grands politiques souffrent de lui être comparés — La Bruyère (1645-1696)

  12. Il se dit des choses qui éprouvent un dommage, une diminution. Les vignes ont souffert de la gelée. Le pays souffrit beaucoup des ravages de la guerre.

    S'il est vrai, comme je le crois, que vos affaires n'en souffriront pas — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Je prie Dieu que sa santé n'en souffre pas — Bossuet (1627-1704)

  13. Se souffrir, v. réfl. Avoir l'un pour l'autre de la tolérance. Ces deux hommes se souffrent réciproquement. Ces deux hommes ne peuvent se souffrir, ils ont de la haine l'un pour l'autre.

    M. de Lauraguais est de retour de Genève ; il a passé huit jours auprès de Voltaire : nous avons bien fait, dit-il, de nous séparer ; deux grands poëtes ne peuvent se souffrir plus longtemps — Diderot (1713-1784)

  14. Être supporté.

    Ces dissonances qui se souffrent dans le rapport de plusieurs voix ou instruments — Descartes (1596-1650)

    Si ceux-ci [les fornicateurs] se souffrent pour ne point troubler la tranquillité publique

  15. Se tolérer soi-même.

    L'âme se résout en même temps de combattre sans cesse ses imperfections, et de se souffrir néanmoins soi-même sans s'abandonner jamais au découragement — Pierre Nicole (1625-1695)

  16. S. m. Le souffrir, l'état de souffrir.

    Dans l'humilité du christianisme le souffrir est plus estimé que le faire — Guez de Balzac (1597-1654)

Étymologie : Berry, soffrir ; wallon, sofri ; bourguig. sôfri ; provenç. suffrir, soffrir ; espagn. sufrir ; portug. sofrer ; ital soffrire ; du lat. sufferre (comme offrir de offerre), de sub, sous, et ferre, porter.

Historique : XIe s. Ço est merveille que Deus le soefret tant [Roland] Ceste bataille est mult fort à sufrir XIIe s. J'aim melz [j'aime mieux] ensi soufrir et endurer Ces très douz maus.... J'alasse à Dieu graces et merciz rendre De ce que ainz soufrites à nul jor, Que je fusse baanz à vostre amor Amours m'a par raison monstré, Que fins amis soffre et atent Fait icil de Wincestre : sire evesque, suffreiz ; Laissiez ester sa cruiz Au Mans avons sofert dolereuse quinzaine Et faites tant que il soient armés De biaus chevaus courans et abrivés ; Vous estes riches, bien soffrir le pouvés XIIIe s. Qui suefre et …

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

v. intr.

  1. Sentir de la douleur. Souffrir cruellement. Il souffre comme un damné. Souffrir de la tête, de l’estomac, de la poitrine, etc. Souffrir à toutes les jointures. Souffrir du froid, du chaud. Souffrir de la faim, de la soif. L’armée a beaucoup souffert dans sa marche, faute de ravitaillement.

  2. Il a cessé de souffrir, Il est mort.

  3. SOUFFRIR signifie encore éprouver de la peine, du dommage. Il souffre de votre humeur, de vos caprices. Je souffre de l’entendre parler ainsi. Je souffre à l’entendre. Les enfants souffrent des divisions de leurs parents. Souffrir dans sa réputation. Souffrir pour sa religion. J’ai souffert de lui tout ce qu’on peut souffrir.

  4. Il se dit aussi des Choses qui éprouvent quelque dommage. Les vignes, les blés ont souffert de la gelée, de la grêle. Ce village a beaucoup souffert des ravages de la guerre.

  5. SOUFFRIR s’emploie aussi comme verbe transitif et signifie Endurer. Souffrir la douleur. Souffrir le mal. Souffrir les tourments, la persécution, le martyre, la mort. Souffrir les injures, la faim, la soif, la pauvreté.

  6. Fig. et fam., Souffrir mort et passion, éprouver de grandes douleurs ou, par exagération, être très impatienté. Ce mal de dents m’a fait souffrir mort et passion. Sa lenteur me fait souffrir mort et passion. On dit dans le même sens Souffrir le martyre. En l’entendant parler ainsi, je souffrais le martyre.

  7. SOUFFRIR signifie aussi Supporter. Catilina s’était entraîné à souffrir la fatigue, la faim et le froid.

  8. Ne pouvoir souffrir une personne, une chose, Avoir pour elle de l’éloignement, de l’aversion. Cette marâtre ne peut souffrir les enfants de son mari. Personne ne peut le souffrir. Il est d’une insolence que je ne puis souffrir.

  9. Prov., Le papier souffre tout, On écrit sur le papier tout ce qu’on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.

  10. SOUFFRIR signifie encore Tolérer, ne pas empêcher, quoiqu’on le puisse. Pourquoi souffrez-vous cela? Je ne puis souffrir qu’on me dérange à toute heure.

  11. Il signifie également Permettre. Souffrez, monsieur, que le vous dise. Je ne souffrirai pas que vous me parliez sur ce ton.

  12. Il se dit aussi des Choses et signifie Admettre, être susceptible de. Cette affaire ne souffre point de retard, de délai, de difficulté. Cette raison ne souffre point de réplique. Cette règle souffre des exceptions. La poésie ne souffre pas la médiocrité.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (51)
  • souffririons — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁjɔ̃/
  • souffrirais — conditionnel présent 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁiʁɛ/
  • souffririez — conditionnel présent 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁje/
  • souffrirais — conditionnel présent 2ᵉ pers. singulier — /sufʁiʁɛ/
  • souffriraient — conditionnel présent 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁɛ/
  • souffrirait — conditionnel présent 3ᵉ pers. singulier — /sufʁiʁɛ/
  • souffrons — impératif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁɔ̃/
  • souffrez — impératif présent 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁe/
  • souffre — impératif présent 2ᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffrirons — indicatif futur 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁɔ̃/
  • souffrirai — indicatif futur 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁiʁe/
  • souffrirez — indicatif futur 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁe/
  • souffriras — indicatif futur 2ᵉ pers. singulier — /sufʁiʁa/
  • souffriront — indicatif futur 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁɔ̃/
  • souffrira — indicatif futur 3ᵉ pers. singulier — /sufʁiʁa/
  • souffrions — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁijɔ̃/
  • souffrais — indicatif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁɛ/
  • souffriez — indicatif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁije/
  • souffrais — indicatif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /sufʁɛ/
  • souffraient — indicatif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁɛ/
  • souffrait — indicatif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /sufʁɛ/
  • souffrîmes — indicatif passé 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁimə/
  • souffris — indicatif passé 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁi/
  • souffrîtes — indicatif passé 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁitə/
  • souffris — indicatif passé 2ᵉ pers. singulier — /sufʁi/
  • souffrirent — indicatif passé 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁiʁə/
  • souffrit — indicatif passé 3ᵉ pers. singulier — /sufʁi/
  • souffrons — indicatif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁɔ̃/
  • souffre — indicatif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffrez — indicatif présent 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁe/
  • souffres — indicatif présent 2ᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffrent — indicatif présent 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁə/
  • souffre — indicatif présent 3ᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffrir — infinitif — /sufʁiʁ/
  • souffertes — participe passé pluriel féminin — /sufɛʁtə/
  • soufferts — participe passé pluriel masculin — /sufɛʁ/
  • soufferte — participe passé singulier féminin — /sufɛʁtə/
  • souffert — participe passé singulier masculin — /sufɛʁ/
  • souffrant — participe présent — /sufʁɑ̃/
  • souffrissions — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁisjɔ̃/
  • souffrisse — subjonctif imparfait 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁisə/
  • souffrissiez — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁisje/
  • souffrisses — subjonctif imparfait 2ᵉ pers. singulier — /sufʁisə/
  • souffrissent — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁisə/
  • souffrît — subjonctif imparfait 3ᵉ pers. singulier — /sufʁi/
  • souffrions — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. pluriel — /sufʁijɔ̃/
  • souffre — subjonctif présent 1ʳᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffriez — subjonctif présent 2ᵉ pers. pluriel — /sufʁije/
  • souffres — subjonctif présent 2ᵉ pers. singulier — /sufʁə/
  • souffrent — subjonctif présent 3ᵉ pers. pluriel — /sufʁə/
  • souffre — subjonctif présent 3ᵉ pers. singulier — /sufʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée souffrir#57908.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.