s. m.
Opérations irrationnelles des facultés intellectuelles en partie éveillées chez une personne qui dort. Fig. Il me semble que c'est un songe, que j'ai fait un songe, ou fig. c'est un songe, se dit pour exprimer que ce qui est arrivé ne paraît plus une réalité. Fig. Est-ce un songe ? n'est-ce point un songe ? se dit pour exprimer qu'on croit à peine ce qu'on voit, ce qu'on entend.
Un songe en notre esprit passe pour ridicule, Il ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupule ; Mais il passe dans Rome avec autorité Pour fidèle miroir de la fatalité — Pierre Corneille (1606-1684)
Je sais ce qu'est un songe et le peu de croyance Qu'un homme doit donner à son extravagance, Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit Forme de vains objets que le réveil détruit — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Fictions comparées à un songe auquel on se livre tout éveillé. Faire de beaux songes, concevoir des espérances chimériques.
Et, fabuleux chrétiens, n'allons point, dans nos songes, Du Dieu de vérité faire un Dieu de mensonges — Boileau (1636-1711)
Il faut avoir absolument la tête vide pour faire des songes aussi creux — Mirabeau (1749-1791)
Souvenir qui a laissé peu d'impression.
Je vous rappelle un songe effacé de votre âme — Jean Racine (1639-1699)
Fig. Ce qui n'a pas plus de solidité, de réalité qu'un songe.
Ma gloire n'est qu'un songe et ma grandeur qu'une ombre — Tristan L'Hermite (1601-1655)
Mais, à bien regarder ceux [les maux] où le ciel me plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Ce qui occupe l'esprit, sans avoir une réalité assurée.
De ces divisions nous est né ce prétendu règne de Christ, qui devait égaler tous les hommes, songe séditieux des indépendants — Bossuet (1627-1704)
La vie, en commençant, t'a fait d'heureux mensonges ; Je ne veux point t'ôter, mais te choisir tes songes — Jacques Delille (1738-1813)
Les Songes (avec une S majuscule), divinités qui présidaient aux songes, et qui, la nuit, pénétraient dans les demeures des hommes ; ils étaient les fils du Sommeil ; ils sortaient des enfers par deux portes, l'une d'ivoire qui donnait passage aux Songes vains, l'autre de corne qui donnait passage aux Songes véridiques.
Les Songes voltigeants fuyaient avec les ombres — Voltaire (1694-1778)
Dors, ô fils d'Apollon !... De leurs chœurs nébuleux les Songes t'environnent — Victor Hugo (1802-1885)
En songe, loc. adv. Pendant qu'on songe en dormant. Fig.
Une divinité me l'a fait voir en songe — Boileau (1636-1711)
D'où vient qu'on fait quelquefois en songe des discours suivis et éloquents, des vers meilleurs qu'on n'en ferait sur le même sujet, étant éveillé ? que l'on résout même des problèmes de mathématiques ? voilà des idées très combinées qui ne dépendent de nous en aucune manière — Voltaire (1694-1778)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).