si
adverbe, /si/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (16 sens)
Littré (1873) — entrée 2
adv.
Tellement (sens le plus voisin de l'étymologie : sic, ainsi). Familièrement, pas si bête, c'est-à-dire il n'est pas si bête, ou cela n'est pas si bête, ou je ne suis pas assez bête pour faire cela.
Il n'y avait plus que quatre petits mots dans la langue française : la reine est si bonne ! — Cardinal de Retz (1613-1679)
Il ne faut pas toujours être si délicat — La Fontaine (1621-1695)
Si, avec que dans un autre membre de phrase et l'indicatif, tellement.... que. Le vent est si grand qu'il rompt tous les arbres.
Ce temps, si long que l'on use à composer un long ouvrage, [le prédicateur devrait] l'employer à se rendre si maître de sa matière, que les tours et les expressions naissent dans l'action et coulent de source — La Bruyère (1645-1696)
Le monde est si corrompu que l'on acquiert la réputation d'homme de bien seulement en ne faisant pas de mal — DE LÉVIS
Si, avec que et l'infinitif, au point de. On peut supprimer le que.
Je ne me repais pas de pensées si vaines que de m'imaginer.... — Descartes (1596-1650)
Si quelques prêtres se trouvaient si horriblement méchants que de se laisser aller à cette diabolique impiété
Si, dans une phrase négative suivi de que, veut le subjonctif. Il n'a pas été si leste qu'il ne soit tombé.
Si, suivi de qui, ne s'emploie que dans une phrase négative et veut le subjonctif.
Il n'y a si vil praticien qui, au fond de son étude sombre et enfumée, ne se préfère au laboureur qui jouit du ciel — La Bruyère (1645-1696)
Si devant un adjectif ou un adverbe, au commencement de la phrase et ayant une force exclamative, tant est.... ! Ironiquement. Vous deviez si bien venir ! je vous ai attendu toute la journée.
Si fort tous les pécheurs s'endorment tranquillement dans cette espérance qu'ils se convertiront un jour ! — Massillon (1663-1742)
Il [Dieu] nous a pour ainsi dire portés lui-même sur ses ailes au haut de la roue ; si rapidement nous y sommes montés ! — Massillon (1663-1742)
Il peut s'employer devant les expressions adverbiales ; des grammairiens ont prétendu le contraire ; mais de bons auteurs en ont usé de la sorte. Il peut même précéder un substantif.
Vous voyez bien, mes pères, qu'il y a peu d'opinions que vous ayez si à tâche d'établir — Pascal (1623-1662)
L'extravagance y paraît si à découvert, qu'elle ne laisse presque pas de lieu à la méprise — Massillon (1663-1742)
Il sert d'adverbe de comparaison en place de aussi, autant ; mais il ne s'emploie qu'avec la négation ou dans une phrase interrogative.
Mais de ces soupirants qui vous offraient leur foi, Aucun ne vous eût mise alors si haut que moi — Pierre Corneille (1606-1684)
Eh bien, ils se battront, puisque vous le voulez ; Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Si employé pour aussi dans une phrase affirmative a vieilli. L'usage n'a conservé que la locution familière : Si peu que vous voudrez, si peu que rien, c'est-à-dire aussi peu que vous voudrez, très peu. Si .... comme, se disait jadis pour aussi.. que ; cette tournure a vieilli.
Plein d'un amour si pur et si fort que le nôtre — Pierre Corneille (1606-1684)
On y fait si bonne chère qu'on veut — Antoine Hamilton (1646-1720)
Si.... que, quelque... que. Si mince qu'il puisse être, un cheveu fait de l'ombre. Avec ellipse du que. Si peu que, le peu que.
Protésilas sera prêt à le faire [le bien] avec vous pour conserver l'autorité ; mais, si peu qu'il sente en vous de facilité à vous relâcher.... — Fénelon (1651-1715)
Une figure, si régulière soit-elle, n'est pas agréable à la vue lorsque... — Descartes (1596-1650)
Si que, de telle sorte que.
La belle sut de la beauté le prix, Si que bientôt, nouvelle Cythérée, Paris la vit en ses murs admirée — Chaulieu (1639-1720)
Si bien que, tellement que, de sorte que. La pluie nous surprit en chemin, si bien que nous nous égarâmes. Si bien donc, se dit interrogativement en reprenant un sujet de conversation.
.... Si bien Qu'encor qu'elle ait des yeux, si ne voit-elle rien — Mathurin Régnier (1573-1613)
Nul animal n'avait affaire Dans les lieux que l'ours habitait, Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer — La Fontaine (1621-1695)
Si, signifiant étymologiquement ainsi, est quelquefois employé comme particule affirmative, mais seulement dans le cas où il s'agit de détruire une négation précédente. Vous dites que non, je dis que si. Vous gagez que non, je gage que si. Est-ce que vous n'allez pas à Paris ? Si, j'y vais. On répond si et non oui, parce que, les phrases étant négatives, on ne saurait si oui détruit la négation ou la confirme. Il faut ajouter que le mot si, étant destiné à détruire une opinion exprimée par notre interlocuteur, n'est pas une tournure polie quand on parle à ses supérieurs. On emploie alors une autre formule, comme : je vous demande pardon, JULLIEN.
Si fait, locut. qui s'emploie pour affirmer le contraire de ce qui a été dit. Si fait, c'est-à-dire ainsi fait. Si ferai, si ferai-je, autres façons d'affirmer, qui signifient je ferai ainsi. Cette tournure a vieilli ; cependant elle se dit encore. On la trouve dans cette phrase de J. J. Rousseau : Les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scrupuleuses dans les pays plus corrompus ; s'aperçoit-on que les entretiens de la halle échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoute ? si font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudrait mieux qu'une jeune fille vît cent parades qu'une seule représentation de l'Oracle, Lett. à d'Alemb. sur les spectacles. Si donnons en mandement, formule fréquente dans les anciens édits.
Je crois qu'il n'a pas été là. - Si fait, il y a été. Si fait vraiment. Je ne saurais manger. - Si fait bien moi, je meure — Molière (1622-1673)
Si fait, mon enfant, par-ci, par-là, dans de certains moments — Dancourt (1661-1725)
Familièrement. Que si, pour si fait. Vous n'y irez pas ? - Que si. Vous ne ferez donc pas cela ? - Oh ! que si. Substantivement.
Eux de recommencer la dispute à l'envi Sur le que si, que non ; tous deux étant ainsi, Une meute apaisa la noise — La Fontaine (1621-1695)
On la [la Discorde] reçut à bras ouverts, Elle et que-si-que-non son frère — La Fontaine (1621-1695)
Pourtant, toutefois (ce sens vieillit). On a dit dans le même sens : Et si, même signification. Dans cet emploi on prononce si en appuyant dessus et en faisant une petite pause. Ce mot énergique et vif, quoiqu'il ait vieilli, ne doit pas tomber en désuétude.
Si faut-il qu'à la fin j'acquitte ma promesse — Malherbe (1555-1628)
Si ne faut pas abandonner tout d'un coup à la censure publique quinze ou seize années de notre histoire — Guez de Balzac (1597-1654)
Étymologie : Berry, si, oui : le métayer qui vend des bestiaux réserve le si du maître ; bourguig. sia, ma sia, mais si ; prov. si ; ital. si, oui ; du lat. sic, ainsi.
Historique : IXe s. In quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo [je].... Xe s. Et si distrent [dirent] Si escit [sortit] foers de la civitate, et si sist contra orientem Si astreient li judei perdut, si cum il ore sunt Chi sil [ainsi le] feent cum faire lo deent XIe s. Si me gardez e de mort e de hunte Vous n'irez pas uan cette année] de mei si loin Par ce sunt Franc si fier cume lion Dreiz emperere, cher sire, si ferons XIIe s. Mais madame est de si très grant vaillance [prix], Qu'à son ami ne doit fere faillance Diex me ramaint à li [que Dieu me ramène à elle] par sa douçor, Si voirement com j'…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Grammaire et formes (1)
- si — forme de base — /si/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée si#57048.