serré · serre

serré

adjectif, /sɛʁe/ ou /seʁe/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (1 sens) · 1873 (16 sens)

Littré (1873) — entrée 2

adj.

  1. Terme de botanique. Se dit quelquefois des feuilles qui ont leur bord garni de dentelures à sinus anguleux, à la différence de dentelé, qui a les dentelures à sinus arrondis.

Étymologie : Lat. serratus, en forme de scie, de serra, scie.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Littré (1873) — entrée 1

part. passé

  1. Étreint, pressé. Nœud bien serré. Un homme serré dans ses souliers. Fig. De la toile bien serrée, du drap bien serré, de la toile, du drap qui a été bien frappé, bien battu avec le peigne.

    Télémaque et Mentor, les larmes aux yeux, prennent congé du roi, qui les tient longtemps serrés entre ses bras et qui les suit des yeux aussi loin qu'il le peut — Fénelon (1651-1715)

    Il [l'orang-outang] a les vertèbres du cou plus courtes [que l'homme], les os du bassin plus serrés, les hanches plus plates.... — Buffon (1707-1788)

  2. Rapproché. Terme d'histoire naturelle. Se dit de parties qui sont dressées et rapprochées les unes des autres ou d'un axe commun. Terme de vénerie. Tête serrée, celle dont les perches sont rapprochées, en parlant du cerf.

    Il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur les yeux pour n'être point vu — La Bruyère (1645-1696)

  3. Étroit. Terme hippique. Un cheval serré du devant, du derrière, cheval étroit par le devant, par le derrière. Qui est à l'étroit. Resserré.

    La retraite leur était difficile et par un lieu fort serré — Pellisson (1624-1693)

    Voyez comme la vertu est contrainte de marcher dans des voies serrées ; on la méprise, on l'accable — Bossuet (1627-1704)

  4. Dont les communications sont coupées.

    Quand les Gaulois, après avoir brûlé leur ville [des Romains], inondaient tout leur pays, et les tenaient serrés dans la capitale — Bossuet (1627-1704)

  5. Qui est mis près à près. Terme d'architecture. Ordonnance serrée, se dit en parlant de colonnes plus serrées que de coutume.

    Ils marcheront serrés dans leurs rangs, sans que jamais ils quittent leur route — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Restait cette redoutable infanterie espagnole, dont les gros bataillons serrés.... demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute — Bossuet (1627-1704)

  6. Au trictrac, jeu serré, jeu qui n'est pas étendu, et où l'on ne se découvre point.

  7. Terme de médecine. Pouls serré, pouls dont les battements sont séparés par de courts intervalles, et se présentent durs et tendus. Avoir le ventre serré, ne pas aller facilement à la garde-robe.

    Le malade se plaignait de froid ; le pouls redevint serré, précipité, et la respiration laborieuse — DES ESSARTZ

  8. Poursuivi de manière à être près d'être saisi.

    Il se vit si serré, qu'il fut contraint de combattre sur le sommet de la montagne — Rollin (1661-1741)

  9. Fig. Qui est concis, précis, qui n'a rien de trop, en parlant du style. Il se dit aussi de l'écrivain lui-même.

    Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sens — Boileau (1636-1711)

    Lecteurs sages, remarquez que Pascal, ce coryphée des jansénistes, n'a dit dans tout ce livre sur la religion chrétienne que ce qu'ont dit les jésuites ; il l'a dit seulement avec une éloquence plus serrée et plus mâle — Voltaire (1694-1778)

  10. Fig. Un cœur serré, un cœur qui ne se dilate pas. Avoir le cœur serré de douleur, de tristesse, et, absolument, avoir le cœur serré, être très affligé. Avoir le gosier serré, ne pouvoir parler, à cause de l'émotion qu'on éprouve.

    Sentiez-vous cette douce paix sans laquelle le cœur demeure toujours serré et flétri au milieu des délices ? — Fénelon (1651-1715)

    J'ai le cœur si serré que je ne puis parler — Tristan L'Hermite (1601-1655)

  11. Fig. et familièrement.

    Un homme serré, un homme avare, qui a de la peine à donner, à dépenser Les discours de son confesseur forcèrent Monsieur de vivre d'une manière qui pouvait passer pour serrée à son égard [quant à lui] — Saint-Simon (1675-1755)

    On appelle ordinairement ces avares qui ne donnent pas, des gens serrés, des vilains, des ladres — CHAMPAGNE

  12. Fig. Fortune serrée, situation où l'on est à l'étroit quant à l'argent.

    Une mère et un fils dans la fortune la plus serrée — Voltaire (1694-1778)

  13. Mis dans quelque lieu pour être gardé.

    Ses habits sont confiés à Bertrande, ses joyaux serrés par la bonne femme — RICCOBONI

  14. Adv. D'une manière serrée, près à près.

    M. d'Humières, quoiqu'il ait marché aussi serré qu'il a pu, a perdu deux cent quarante cavaliers, qui sont prisonniers à Mons, pour s'être écartés, tantôt les uns, tantôt les autres — Pellisson (1624-1693)

  15. Fig. Sans se compromettre, sans se découvrir.

    On s'était écouté l'un l'autre paisiblement ; on parlait de part et d'autre assez serré — Bossuet (1627-1704)

  16. Bien fort. Il gèle serré. Mentir serré, bien serré, mentir effrontément. Jouer serré, ne point se hasarder, ne jouer qu'à beau jeu. Fig. Jouer serré, agir avec prudence, avec réserve, de manière à ne pas se compromettre.

    Quand un coup il a desserré, Il en reçoit un bien serré — Scarron (1610-1660)

    Je dormais bien serré — Dancourt (1661-1725)

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (4)
  • serrées — pluriel féminin — /sɛʁe/
  • serrés — pluriel masculin — /seʁe/ ou /sɛʁe/
  • serrée — singulier féminin — /sɛʁe/
  • serré — singulier masculin — /seʁe/ ou /sɛʁe/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée serré#56913.

serré

adverbe

Grammaire et formes (1)
  • serré — forme de base

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée serré#160703.

serre

nom, féminin, /sɛʁə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (9 sens) — Académie 1935 (4 sens)

Littré (1873)

s. f.

  1. Action de serrer ; résultat de cette action. Donner une serre. Populairement. Il a la serre bonne, se dit d'un homme qui a le poignet vigoureux. Fig. Cela se dit d'un homme avare ou rapace. Il a la serre bonne, se dit aussi d'un homme qui dans un écrit pince fortement un adversaire.

    Il [Linguet] a de l'esprit pourtant, et a quelquefois la serre assez forte — Voltaire (1694-1778)

  2. Action de serrer, de presser les fruits dans un pressoir. La première serre. La seconde serre.

  3. Presse pour serrer l'une contre l'autre les deux parties d'un moule de fondeur. En chirurgie, serre-fine, voy. SERRE-FINE.

  4. Petit cadre qui s'enchâsse dans les moules où l'on jette en lames les matières d'or et d'argent. Coin pour affermir un châssis.

  5. Terme de marine. Synonyme de vaigre, planche qui sert au revêtement intérieur des membres du navire. Serre-bauquière, serre placée immédiatement au-dessous de la bauquière. Serre-gouttière, serre placée au-dessus de la fourrure de gouttière, pour seconder l'effort de cette ceinture. Serres de mât, pièces de bois qu'on met au pied des mâts pour les affermir.

  6. Pied des oiseaux de proie ; dit main en termes de fauconnerie. Le milan a les serres bonnes. L'aigle a les serres très fortes. Fig. Fig. La serre, la rapacité. Terme de fauconnerie. Chausser la grande serre de l'oiseau, entraver l'ongle du gros doigt du faucon avec un petit morceau de peau. La Fontaine a dit serre en parlant de l'ours.

    Mais la pauvrette [l'alouette] avait compté Sans l'autour aux serres cruelles — La Fontaine (1621-1695)

    Le peuple vautour, Au bec retors, à la tranchante serre — La Fontaine (1621-1695)

  7. Galerie close de vitrages dans une exposition chaude, où l'on serre pendant l'hiver les plantes qui craignent la gelée. On admet trois espèces de serres : les serres chaudes, où le degré de chaleur doit être maintenu depuis quinze degrés jusqu'à trente ; la serre tempérée, où le thermomètre ne doit pas descendre en hiver au-dessous de six degrés, ni monter au delà de quinze ; et la serre froide, où le thermomètre ne doit pas descendre au delà du terme de la congélation, ni monter au-dessus de huit ou dix degrés. Fig. Cela est venu en serre chaude, c'est un fruit de serre chaude, se dit de talents précoces dont on a hâté la maturité par un travail forcé. Fig. Être tenu en serre chaude, n'avoir aucune liberté d'action. Serre chinoise, serre enfoncée dans la terre.

    Nous ne songeons pas que cette énorme population [de Paris] a été longtemps entretenue, comme en serre chaude, par l'ancien ordre de choses — Mirabeau (1749-1791)

  8. Serre à légumes, espèce de cellier.

  9. Terme de pêche. Chambre de la bourdigue, qui sert de décharge à la dernière tour, quand il y a beaucoup de poissons.

Étymologie : Bourguig. et Berry, sarre ; provenç. et ital. serra ; du lat. sĕra, barre pour fermer une porte, serrure.

Historique : XIIIe s. De Got et de Magot que il enclost et prist, Et estoupa la serre del mur que il i fist, Bien t'ai apris à ceste fois, Comment et par quel art tu dois Amor acointer et requerre ; Or te vueil doner cles et serre, Par quoi lonctens garder porras L'amor que porchacie auras, Ovide Li crestien, cil de sa terre, Ne doutoient prison ne serre Et maintenant vinrent as portes, et brisierent les sieres sans le seu dou castelain Desor un palefroi norrois, Dont les regnes erent d'orfrois, La cheveciere ert bien ovrée ; Un fevre i mist une jornée Qui fist les faces et les serres Com li cuers el ventr…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. f.

  1. Lieu clos et couvert de vitrages où, pendant l’hiver, on renferme les arbres ou plantes qui craignent la gelée. Retirer, sortir les orangers de la serre; les rentrer dans la serre.

  2. Serre chaude, Serre où l’on entretient une température permettant d’obtenir des fruits ou des légumes avant la saison, et de conserver des plantes exotiques qui ne supportent pas notre climat. On n’obtient ce fruit-là que dans la serre chaude. Un fruit de serre chaude. On est dans cet appartement comme dans une serre chaude.

  3. Fig., Culture en serre chaude se dit de Procédés artificiels dont on se sert pour hâter l’éclosion de talents auxquels on ne laisse pas le temps de se développer naturellement. C’est un fruit de serre chaude.

  4. SERRE se dit aussi du Pied des oiseaux de proie, qui s’appelle Main en termes de Fauconnerie. L’aigle a les serres très fortes. Cet oiseau de proie tenait une perdrix dans ses serres.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • serres — pluriel — /sɛʁə/
  • serre — singulier — /sɛʁə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée serre#56906.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.