sentiment

sentiment

nom, masculin, /sɑ̃timɑ̃/

Définitions

  1. État affectif, émotion que l'on éprouve.

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  2. Opinion ou jugement personnel que l'on se forme sur quelque chose, souvent subjectif et non fondé sur une certitude objective.

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  3. Capacité à ressentir ou à juger une chose de manière intuitive, souvent liée à une sensibilité particulière.

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  4. Affection tendre, en particulier amoureuse.

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Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (14 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. En général, faculté de sentir. Avoir le sentiment exquis, prompt, délicat. Terme de chasse. Se dit de l'odorat des chiens. Quand un chien ne peut suivre le gibier, on dit qu'il n'a point de sentiment.

    Il perd le sentiment — Jean Racine (1639-1699)

    En baignant son visage, Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage — Jean Racine (1639-1699)

  2. Résultat de l'action de sentir. Sentiment douloureux. Sentiment agréable.

    Le mot de sentiment, pris dans le sens métaphysique, n'exprime que les résultats de l'impression des objets sur la machine et de la machine sur l'âme, en vertu des lois de l'union — Charles Bonnet (1720-1793)

  3. Particulièrement. Sensibilité physique. Il n'y a plus de sentiment dans son bras. Il se dit aussi de sensations internes, de modifications perceptibles de nos organes intérieurs. Le sentiment de la faim, de la douleur, de la fatigue.

  4. Fig. Intérêt pour quelqu'un ou quelque chose.

    Un homme [Boucard] de cette lenteur et de cette indifférence pour mes intérêts ....je m'en vais tâcher de lui redonner quelque sentiment sur toutes ces choses — Mme de Sévigné (1626-1696)

  5. Conscience que l'on a de la réalité d'une chose.

    J'ai un sentiment clair de ma liberté — Bossuet (1627-1704)

    On ne connaît son âme que par le sentiment intérieur qu'on en a — Malebranche (1638-1715)

  6. Faculté de comprendre, d'apprécier certaines choses. Il n'a pas le sentiment de la musique, des beaux-arts. Sentiment musical. Choses de sentiment, choses qui appartiennent à l'appréciation du sentiment, non à celle de la raison. Juger par sentiment, juger par l'impression qu'on reçoit.

    À mesure que le souvenir de nos chutes s'éloigne, le sentiment de notre fragilité s'affaiblit — Massillon (1663-1742)

    Uniquement conduits par le sentiment présent du bien et du mal — Montesquieu (1689-1755)

  7. Il se dit des affections, des mouvements de l'âme, des passions.

    Ah ! mon père, prenez un plus doux sentiment — Pierre Corneille (1606-1684)

    Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement persuadés — Pascal (1623-1662)

  8. Particulièrement, les affections bonnes, bienveillantes, tendres. Absolument. Avoir des sentiments, avoir de l'honneur, de la probité, etc. L'éducation fortifie les sentiments. Sentiments naturels, certains mouvements qui sont inspirés par la nature. On dit dans le même sens : Cet homme a perdu tous les sentiments de la nature. Familièrement. Grands sentiments, sentiments exagérés de probité, d'honneur, etc.

    Les sentiments du cœur me paraissent seuls dignes de considération ; c'est en leur faveur que l'on pardonne tout ; c'est un fonds qui nous console, et qui nous paye de tout — Mme de Sévigné (1626-1696)

    Il me fallait des romans à grands sentiments — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  9. Absolument. Le sentiment, l'ensemble des affections tendres qui sont dans le cœur de l'homme. Être capable de sentiment, se piquer de sentiment, avoir l'âme sensible, délicate, se piquer de sensibilité, de délicatesse d'âme.

    C'était [une dame] l'âme la plus sensible et l'esprit le plus réglé qui fût jamais ; tout était sentiment en elle, jusqu'à ses pensées, mais sentiment dans un accord parfait avec les lumières les plus pures — Mme de Staal-Delaunay (1684-1750)

    Vous savez bien qu'on a du sentiment avant d'avoir de l'esprit — Marivaux (1688-1763)

  10. Spécialement. La passion de l'amour. Par plaisanterie. Pousser les beaux sentiments, affecter de dire des choses recherchées et passionnées en matière de galanterie.

    Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments ? — Pierre Corneille (1606-1684)

    Son sentiment était si profond, que rien au monde ne pouvait la distraire des objets qui servaient à le nourrir — Mme de La Fayette (1634-1693)

  11. Disposition à être facilement touché, attendri. Le théâtre met à profit le sentiment. Feindre, jouer le sentiment. Mouvement affectueux.

    Le roi y envoya [chez Luxembourg mourant] quelquefois, par honneur plus que par sentiment — Saint-Simon (1675-1755)

  12. Dans la littérature, la peinture, la sculpture, expression vive, animée, douce. Ce tableau est plein de sentiment. Un morceau rempli de sentiment. Trait de sentiment, vers de sentiment, trait, vers qui exprime un mouvement du cœur.

    Dans les vers de Virgile, tout pense, tout a du sentiment, tout vous en donne — Fénelon (1651-1715)

    Il faut s'interdire ce ton didactique ; on doit le plus qu'on peut mettre les maximes en sentiment — Voltaire (1694-1778)

  13. Manière de percevoir les impressions morales.

    Comme on se gâte l'esprit, on se gâte aussi le sentiment ; on se forme l'esprit et le sentiment par les conversations ; on se gâte l'esprit et le sentiment par les conversations — Pascal (1623-1662)

    Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment ; mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu'on ne peut distinguer entre ces contraires ; l'un dit que mon sentiment est fantaisie, l'autre que sa fantaisie est sentiment — Pascal (1623-1662)

  14. Avis, opinion qu'on a sur quelque chose, jugement qu'on en porte.... Au sentiment de, selon l'opinion de. Autant de têtes, autant de sentiments, sur une chose il y a autant d'avis qu'il y a de personnes.

    Le mien [intérêt] ne m'est pas si cher que je ne l'oublie volontiers en cette occasion, et ne sorte de mes sentiments pour entrer dans le dessein de la Providence — Guez de Balzac (1597-1654)

    Cet avis, qui tombait dans le sentiment de tous les autres académiciens, fut généralement suivi — Pellisson (1624-1693)

Étymologie : Sentir, et le suffixe ment (voy. ...., MENT, n° 2) ; provenç. sentiment ; espagn. sentimiento ; ital. sentimento.

Historique : XIIe s. Et ke li amors de la devantriene [intérieure] compassion sormontat en luy lo sentement del corporiien torment XIIIe s. Là je choisi [vis] un papegaut [perroquet], Qui prioit amoreusement Et dousement De sentement Une mauvis par douz assaut, Lay d'amours XIVe s. Il [le nerf] a la nativité du cervel ou de la nuche, portant le sentiment et le mouvement d'iceus à chacun membre Bauduins de Sebourc chante joïeusement Une chanson d'amours, faite par sentement, Que Blance li avoit apris noviellement XVe s. Et là [Philippe d'Artevelle aux Gantois] de grand sentement parla Prince, selon mon sent…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Action, faculté de sentir, de recevoir des impressions. Perdre le sentiment. Il semble qu’il soit mort, il n’a plus de mouvement ni de sentiment.

  2. Il désigne encore la Faculté que nous avons de connaître, de comprendre, d’apprécier, de sentir directement certaines choses sans le secours du raisonnement, de l’observation ou de l’expérience. Avoir le sentiment du juste, de l’injuste. Il n’a pas le sentiment du beau. il a le sentiment de la musique, le sentiment des arts. Avoir le sentiment des convenances. il a le sentiment de sa force, de sa faiblesse.

  3. En matière de goût, Juger par sentiment, Juger d’un ouvrage de l’esprit ou d’un ouvrage de l’art par l’impression qu’on en reçoit.

  4. SENTIMENT se dit en outre des Affections, des passions, des émotions et généralement de tout phénomène de la vie affective. Le plaisir et la douleur sont des sentiments. Sentiment d’amour, de tendresse. Sentiment de haine, d’aversion, de colère, de vengeance. Sentiment de pitié. Sentiment de reconnaissance, d’estime, de respect. Sentiment de repentir. Sentiment noble, élevé, généreux, bas, lâche, vil. C’est un homme qui a des sentiments honnêtes, des sentiments vertueux, qui n’a que de bons sentiments.

  5. être capable de sentiment, se piquer de sentiment, Avoir l’âme sensible, délicate, se piquer de sensibilité, de délicatesse d’âme.

  6. Sentiments naturels, Mouvements qui sont inspirés par la nature. La tendresse des pères envers leurs enfants et celle des enfants envers leurs pères sont des sentiments naturels.

  7. SENTIMENT se dit absolument de la Disposition à être facilement ému, touché, attendri. Feindre, jouer le sentiment. Il agit trop par sentiment et trop peu par raison.

  8. Il désigne aussi l’Opinion qu’on a de quelque chose, ce qu’on en pense, ce qu’on en pressent. Je ne suis pas de son sentiment. Je partage, j’adopte votre sentiment. J’entre dans votre sentiment. Je suivrai toujours vos sentiments. Selon mon sentiment. Je voudrais bien savoir quel est son sentiment là-dessus. Parler contre son sentiment. Tel est mon sentiment. J’ai le sentiment que cela tournera mal.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • sentiments — pluriel — /sɑ̃timɑ̃/
  • sentiment — singulier — /sɑ̃timɑ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée sentiment#56782.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.