scandale

scandale

nom, masculin, /skɑ̃dalə/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (5 sens)

Littré (1873)

s. m.

  1. Terme de l'Écriture sainte. Ce qui est occasion d'errer, de tomber dans l'erreur ou dans le péché. Pierre de scandale, même sens. Fig. Pierre de scandale, tout ce qui cause du scandale.

    Si votre main vous est un sujet de scandale, coupez-la — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Jésus crucifié, qui a été le scandale du monde, et qui a paru ignorance et folie aux philosophes du siècle, pour confondre l'arrogance humaine, est devenu le plus haut point de notre sagesse — Bossuet (1627-1704)

  2. Occasion de chute que donne une mauvaise action, un discours corrupteur. On dit de même : être, devenir une occasion de scandale. Par antiphrase, le scandale du bon exemple, le bon exemple que donne une personne au milieu de ses compagnons pervertis.

    Malheur au monde à cause des scandales ; car il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Sans rechercher si ce scandale était originairement une pierre qui pourrait faire tomber les gens, ou une querelle, ou une séduction, tenons-nous-en à la signification d'aujourd'hui : un scandale est une grave indécence ; on l'applique principalement aux gens d'Église — Voltaire (1694-1778)

  3. Répulsion, indignation que causent les actions, les discours, les personnes de mauvais exemple.

    [L'empereur] Julien [fut] le scandale de notre Église et la gloire de l'empire romain — Voltaire (1694-1778)

    Il [Malebranche] se livra tout entier au cartésianisme, au grand scandale de ses confrères — Diderot (1713-1784)

  4. Éclat fâcheux que cause une affaire de mauvais exemple. Par exagération. C'est un scandale, il est indigne, honteux. C'est un scandale qu'il ait obtenu cette place. Fi ! c'est un scandale.

    Et ne voyez-vous pas quel scandale ce serait de surprendre un religieux en cet état [en un mauvais lieu avec son habit de religion] ? — Pascal (1623-1662)

    Quoi ! mes pères, vous nous direz qu'.... on a droit de tuer pour des médisances ; et, après avoir ainsi violé la loi éternelle de Dieu, vous croirez lever le scandale que vous avez causé — Pascal (1623-1662)

  5. Insulte (sens qui vieillit).

    Mais, après le scandale et l'affront d'aujourd'hui, Le ciel n'ordonne pas que je vive avec lui — Molière (1622-1673)

    Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille, Et faire un tel scandale à toute une famille ? — Molière (1622-1673)

  6. En termes d'ancienne procédure, un amené sans scandale, un ordre du juge pour faire amener quelqu'un devant lui sans éclat.

    Point de bruit, Tout doux, un amené sans scandale suffit — Jean Racine (1639-1699)

Étymologie : Génev. et Berry, escandale ; provenç. escandol ; espagn. escandalo ; ital. scandalo ; du lat. scandalum ; du grec σϰάνδαλον, proprement un piége, une chausse-trape, et de là, dans la Bible grecque, un scandale ; le radical paraît être skand, qui a donné tant de mots au latin. Scandalum, avec l'accent sur scan, avait donné régulièrement escandle (voy. ESCLANDRE).

Historique : XIIe s. Iceste lur veie scandele est à els Ju [je] li durrai [donnerai ma fille Michol à David] por ço que ele li seit à eschandele e à mal XVe s. Au très grant esclande, lesion et scandalle de justice XVIe s. Il y a une maniere de scandale qui se donne, l'autre qui se prend Pour dire la verité sur cet exemple, il y a aucunes grandes dames qui ont grand tort d'elles mesmes, et qui sont les vrayes causes de leur scandale et de leur deshonneur

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

n. m.

  1. Ce qui est occasion de tomber dans l’erreur, dans le péché. Il est dit dans l’écriture sainte que la prédication de la croix a été un scandale pour les Juifs.

  2. Dans le style de l’écriture, Pierre de scandale, Occasion de chute. Il se dit encore dans le langage courant de Tout ce qui cause un éclat public. Cette discussion est délicate et pourrait bien devenir une pierre de scandale.

  3. SCANDALE se dit particulièrement d’une Occasion de chute que l’on donne à autrui par quelque mauvaise action, par quelque discours corrupteur. Il faut craindre le scandale. Malheur à ceux par qui le scandale arrive! éviter le scandale. Empêcher le scandale. Réparer le scandale. C’est une chose qu’on peut dire sans scandale. On dit de même : être, devenir une occasion de scandale.

  4. Il se dit aussi de l’Indignation qu’on a des actions et des discours de mauvais exemple. Il avança des proposition impies, au scandale, au grand scandale de tous ceux qui l’écoulaient. Il se dit encore de l’éclat que fait un mauvais exemple. Cette affaire causa un grand scandale, fut d’un grand scandale dans tout le voisinage. Horrible scandale. Quel scandale! Scandale public. Il faut lui épargner le scandale. Cela s’est fait sans scandale, sans aucun scandale. Cela fera scandale, du scandale. Il y aura du scandale. Il ne cherche, il n’aime que le scandale. Il veut du scandale. Un scandale financier, mondain.

  5. Fam., C’est un scandale se dit d’une Chose qui indigne, qui révolte, qui scandalise.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (2)
  • scandales — pluriel — /skɑ̃dalə/
  • scandale — singulier — /skɑ̃dalə/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée scandale#56270.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.