v. a.
Avoir connaissance de. Absolument. Il ne sait rien de rien, il n'est pas averti de ce qui se passe. Familièrement. Il ne sait ce qu'il veut, se dit d'un homme indécis ou dont les résolutions sont inconstantes. Il ne sait ni ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, il ne fait ni ne dit ce qu'il devrait dire ou faire, soit par ignorance, soit par trouble d'esprit. Il sait mieux qu'il ne dit, il parle contre sa propre connaissance. Il sait le fin du fin, se dit d'un homme habile qui a connaissance des affaires les plus secrètes. Il en sait bien long, il en sait beaucoup, il a beaucoup de finesse, d'adresse. Il en sait plus d'un, il en sait plus d'une, il a plus d'un tour d'habileté à sa disposition. Savoir qu'en dire, voy. DIRE n° 8.
Comme ils ne savaient pas le pays — Vaugelas (1585-1650)
Et, pour dernier outrage.... Il faut vous voir mourir et n'en savoir la cause — Pierre Corneille (1606-1684)
Qui vous savez, que vous savez, se dit quand on ne veut pas nommer la personne ou la chose à une personne qui la connaît bien. Ce que vous savez, sert à désigner, par euphémisme, des choses qu'il ne serait pas très décent de nommer.
Ne mandez point à Paris que je n'irai pas sitôt ; ce n'est pas que je craigne que quelqu'un ne se pende, mais c'est que je ne veux pas donner cette joie à qui vous savez — Mme de Sévigné (1626-1696)
Le mariage que vous savez ne va pas bien — MAINTEN.
Familièrement. Je sais ce que je sais, se dit quand on ne veut pas s'expliquer.
Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver — Molière (1622-1673)
....Mais gardons le silence ; je sais ce que je sais — LE P. BRUMOY
Savoir une personne ou une chose, savoir que cette personne, cette chose existe, peut être trouvée. Savoir avec un participe ou un adjectif, savoir que la qualité indiquée par le participe ou l'adjectif est dans l'être auquel ils se rapportent. Je ne vous savais pas malade. Quand je vous ai su à Paris.
Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre — Molière (1622-1673)
L'on sait des gens qui avaient coulé leurs jours dans une union étroite.... — La Bruyère (1645-1696)
Ne savoir qu'une chose, être uniquement préoccupé d'une chose. Les Spartiates ne savaient qu'une chose, c'était le dévouement à la patrie. On dit en un sens analogue : Ne savoir qu'une personne. En termes de dévotion, ne savoir que Jésus-Christ, être uniquement occupé de conformer sa vie aux doctrines de l'Évangile. Ne voulant plus savoir que Jésus-Christ.
L'abbé et moi nous pétillons, et nous sommes résolus.... de nous en aller en Provence.... pour moi, je ne sais que vous, et j'ai une telle impatience de vous aller voir, que mes sentiments pour les autres n'ont pas bien toute leur étendue — Mme de Sévigné (1626-1696)
Je ne sais qui, et, substantivement, un je ne sais qui, un homme peu connu ou peu considéré. On dit de même : Un je ne sais quel homme est venu me trouver.
Qu'est-ce que ce grand je ne sais qui va penser d'elle — Marivaux (1688-1763)
On peut juger quelle était l'arrogance féroce des seigneurs croisés par le trait que rapporte la princesse Anne Comnène de je ne sais quel comte français qui vint s'asseoir à côté de l'empereur sur son trône, dans une cérémonie publique — Voltaire (1694-1778)
Je ne sais quoi, quelque chose que l'on ne connaît pas. Je ne sais quoi de, suivi d'un substantif. Par extension. Je ne sais quoi, quelque chose d'indéfinissable, en parlant d'une qualité ou d'un sentiment. Substantivement. On dit dans un sens analogue : je ne sais quel.
Que même de son maître on dit je ne sais quoi — Pierre Corneille (1606-1684)
C'est un M. Ameline, qui est je ne sais quoi à Notre-Dame — Mme de Maintenon (1635-1719)
Familièrement. Je suis tout je ne sais comment, j'éprouve un malaise que je ne puis définir.
Par manière de doute et d'interrogation. Que savez-vous ? Qu'en savez-vous ? Que sais-je ? Que sait-on ce qui arrivera ? La question est de savoir si.... Reste à savoir si.... Savez-vous, savez-vous bien, a, à peu près le sens de : ne vous y trompez pas. Que sait-on, se dit pour exprimer que l'on soupçonne quelque chose qui n'est pas su.
Qui sait même, qui sait si le roi votre père Veut que de son absence on sache le mystère ? — Jean Racine (1639-1699)
Savez-vous qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume de parler ? — Mme de Sévigné (1626-1696)
Dieu le sait, se dit pour exprimer notre ignorance dernière sur une chose. Dieu sait ! Dieu sait comme ! locution familière et elliptique dont on se sert pour donner une grande idée de quelque chose.
Nous naissons, nous vivons, bergère, Nous mourons sans savoir comment ; Chacun est parti du néant ; Où va-t-il ? Dieu le sait, ma chère — Voltaire (1694-1778)
Nous savons très bien que les tourbillons ne peuvent causer la pesanteur ; nous savons ce qui n'est pas, et Dieu sait ce qui est — Voltaire (1694-1778)
Elliptiquement, avec la négation et le subjonctif. Je ne sache personne, je ne sache rien, je ne connais personne, rien. Que je sache, locution dont on se sert à la fin d'une phrase pour indiquer que, si un fait est autrement qu'on ne le dit, on l'ignore. Est-il venu quelqu'un, que vous sachiez, que tu saches ? Il n'est venu personne, que nous sachions. Il n'a point été à la campagne, que je sache.
Vapeurs... auxquelles je restreindrai le nom d'exhalaisons, à cause que je n'en sache point de plus propre — Descartes (1596-1650)
Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire que.... — Bossuet (1627-1704)
Savoir gré, voy. GRÉ, n° 3.
Posséder une science, un art, un métier. Savoir la grammaire. Il sait le latin. Il ne sait pas son métier. Absolument. Ne savoir ni A ni B, être fort ignorant. Il en sait trop, c'est un homme trop habile, dont on se défie. Fig. Savoir la carte du pays, ou, absolument, savoir la carte, savoir, connaître parfaitement les intrigues, les intérêts, les manières du monde, d'un quartier, d'une société. Savoir bien le monde, ou savoir bien son monde, savoir bien la manière de vivre dans la société. Dans un sens analogue.
Quand je dis qu'Ergaste écrit bien, Tu me réponds qu'il ne sait rien ; Mais ton erreur est infinie ; Il sait ce qu'il n'apprit jamais ; Et toi qui n'as point de génie, Tu ne sais pas ce que tu sais — GOMBAUT
Il y a longtemps que j'ai dit que, pour savoir quelque chose, il le faut écrire — Pellisson (1624-1693)
Savoir, suivi d'un infinitif, être habile, être accoutumé à faire quelque chose. Savoir jouer du violon. Il ne sait pas danser. Il sait plaire. Il sait plaisanter. Il ne sait pas distinguer sa main gauche de sa main droite, il est sans intelligence. Savoir vivre, savoir se conduire dans le commerce du monde.
Tu sais vaincre, disait un brave Africain au plus rusé capitaine qui fut jamais [Annibal], mais tu ne sais pas user de ta victoire — Bossuet (1627-1704)
Loin du commerce des affaires et de la société des hommes, ces âmes sans force aussi bien que sans foi, qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète — Bossuet (1627-1704)
Ne pas hésiter à. Il faut savoir faire un sacrifice.
Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine De tous ces gens si peu soigneux — La Fontaine (1621-1695)
Eh bien, il faut paraître, il faut vous découvrir à ceux qui pour leur roi sauront du moins mourir — Voltaire (1694-1778)
Savoir à l'impératif, et suivi d'un infinitif ne fait que renforcer l'impératif. Sachons nous taire, c'est-à-dire taisons-nous.
J'obéis à mon dieu ; vous, sachez m'obéir — Voltaire (1694-1778)
Parvenir à, réussir à, avoir la force, le moyen de. Je saurai bien me défendre.
À deux milles d'ici j'ai su le rencontrer — Pierre Corneille (1606-1684)
Qu'il est beau, après les combats et le tumulte des armes, de savoir encore goûter ces vertus paisibles et cette gloire tranquille.... — Bossuet (1627-1704)
Au conditionnel et au plus-que-parfait du subjonctif, il s'emploie pour pouvoir.
L'un dit : je n'y vas point : je ne suis pas si sot ; L'autre : je ne saurais.... — La Fontaine (1621-1695)
Dans tous les entretiens on les voit s'introduire ; Ils ne sauraient servir, mais ils peuvent vous nuire — Molière (1622-1673)
Être informé de quelque chose, apprendre. Sachez que ma fille se marie. Afin que vous le sachiez. Dans le même sens, avec un infinitif. Familièrement. Vous savez ou vous ne savez pas, c'est une chose que je vous apprends.
Si j'avais su qu'en mains il a de telles armes... — Molière (1622-1673)
Je ne sais point qu'elles soient retranchées [ses pensions], je crois que sa terre lui vaut dix mille livres de rente, je mets tout cela ensemble et je dis.... — Mme de Sévigné (1626-1696)
Je le sais, vous le savez, nous le savons, etc. s'emploient souvent en parenthèse.
Cet art de donner agréablement, qu'elle avait si bien pratiqué durant sa vie, l'a suivie, je le sais, jusqu'entre les bras de la mort — Bossuet (1627-1704)
Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit de Tharès le complot sanguinaire — Jean Racine (1639-1699)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).