prép.
Il marque le manque, l'exclusion. Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Cet enfant a fait un exercice sans faute ou sans fautes. C'est un acteur sans défaut ou sans défauts. Ce que vous dites là est sans exemple. Je le sais bien sans vous, sans qu'il soit besoin que vous me le disiez.
Bérénice la belle, Qui semble contre amour si fière et si cruelle, Me dit tout franchement en pleurant, l'autre jour, Qu'elle était sans amant, mais non pas sans amour — Mathurin Régnier (1573-1613)
Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre ou le sceptre sans lui — Pierre Corneille (1606-1684)
Il se met, avec le même sens, devant un infinitif. Sans mentir, en vérité.
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler — Pierre Corneille (1606-1684)
Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion, sans l'être de la personne qu'ils aiment — La Rochefoucauld (1613-1680)
Il se met assez souvent au commencement des phrases. Sans argent, sans protecteurs, que pouvais-je faire ? Sans vous, je n'aurais pas réussi.
Sans effort et sans bruit, il savait faire les grandes choses — Montesquieu (1689-1755)
Sans la bataille de Chéronée, Démosthène eût sauvé la Grèce — Marmontel (1723-1799)
Sans quoi, sans cela, autrement, sinon. Vous ferez cela, sans quoi vous serez puni. Partez à l'instant même, sans cela vous serez en retard.
Sans entre dans la composition de plusieurs locutions adverbiales : sans doute, sans fin, sans façon, sans faute, sans crainte, etc.
Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? — Jean Racine (1639-1699)
Sans plus, sans qu'il y en ait davantage.
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte : Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour — La Fontaine (1621-1695)
Je me suis présenté [à l'Académie], mais une fois sans plus, messieurs — Paul-Louis Courier (1772-1825)
Sans plus avec un infinitif, non davantage.
Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières [des dieux], Sans plus les fatiguer d'inutiles prières — Jean Racine (1639-1699)
Et sans plus me charger du soin de votre gloire — Jean Racine (1639-1699)
Sans que, locut. conjonct. avec le subjonctif.
Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'effet aux promesses réponde — La Fontaine (1621-1695)
Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage, Et juger imparfaitement, Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument — La Fontaine (1621-1695)
Sans peut se construire avec que, qui prend le sens de sinon.
Je pensai qu'il valait mieux que j'examinasse seulement ces proportions en général, et sans les supposer que dans les sujets qui serviraient à m'en rendre la connaissance plus aisée — Descartes (1596-1650)
Sachant combien de divers automates ou machines mouvantes l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces — Descartes (1596-1650)
Sans que, avec l'indicatif ou le conditionnel, signifie : n'eût été que, n'était que, sans cette raison, sans ce fait, sans cette considération (cette locution, très usitée au XVIIe siècle, ne l'est plus maintenant, mais rien n'empêcherait de la reprendre).
Sans que je crains de commettre Géronte, Je poserais tantôt un si bon guet, Qu'il serait pris ainsi qu'au trébuchet — La Fontaine (1621-1695)
Sans que mon bon génie au devant m'a poussé, Déjà tout mon bonheur eut été renversé — Molière (1622-1673)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).