rudesse
nom, féminin, /ʁydɛsə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (6 sens) — Académie 1935 (5 sens)
Littré (1873)
s. f.
Qualité de ce qui est brut, de ce qui n'est pas dégrossi, poli.
Et que serait-ce, bon Dieu ! si j'allais rechercher toutes les impertinences de cet ouvrage, les mauvaises façons de parler, les rudesses, les incongruités, les choses froides et platement dites qui s'y rencontrent partout ! — Boileau (1636-1711)
Mais du discours enfin l'harmonieuse adresse De ces sauvages mœurs adoucit la rudesse — Boileau (1636-1711)
Qualité de ce qui est rude, âpre au toucher. La rudesse de la peau. La rudesse d'une toile neuve.
Par extension. Il se dit de ce qui est désagréable à voir, à entendre, à lire, etc. La rudesse de la voix, des traits, du style. La rudesse de son pinceau.
Rigueur, en parlant des saisons. Il se dit aussi de ce qui afflige.
La rudesse de la saison.... me fait trop de peur pour me laisser sortir de la chambre — Guez de Balzac (1597-1654)
Et des afflictions regarde les rudesses Comme des traitements dus à ta lâcheté — Pierre Corneille (1606-1684)
Fig. Ce qui, dans le caractère, dans l'humeur, dans les manières d'agir, est comparé à l'action des corps rudes. Poétiquement. Insensibilité.
Il ne faut pas.... vous figurer que ce présent [du cardinal de Retz à Mme de Grignan] soit autre chose.... qu'une pure bagatelle, dont le refus serait une très grande rudesse — Mme de Sévigné (1626-1696)
La sincérité passe pour incivilité et pour rudesse — Fléchier (1632-1710)
Action, parole dure, choquante.
Reprends, reprends, Jason, tes premières rudesses ; Leur coup m'est bien plus doux que tes fausses tendresses — Pierre Corneille (1606-1684)
La privation des rudesses me tiendrait lieu d'amitié en un besoin — Mme de Sévigné (1626-1696)
Étymologie : Rude ; prov. et esp. rudeza ; catal. rudesa. On a dit aussi ruderie.
Historique : XIIIe s. Puisque chascuns maintenant par rudece Veut estre amés ains que raisons l'adresse.... XIVe s. La rudece de l'ancien langage seurmonter La rudesce de leur entendement XVe s. Et fist plusieurs rudesses audit hostel à dame Ambroise de Loré XVIe s. Philopoemen faisoit comme le bon pilote, qui resiste le plus qu'il peult à la rudesce du temps et à la force des undes Et ne doit-on repputer, après l'injure et la rudesse du temps, le deslogement de l'empereur [CharlesQuint] qu'à vous et à vos armes Et si l'erreur de ma jeunesse Merite la grande rudesse Des traits contre moy decochez N'ayant j…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
n. f.
Caractère de ce qui est rude, âpre au toucher. La rudesse de la barbe, de la peau. La rudesse de la toile neuve.
Il signifie, au figuré, Violence, impétuosité L’attaque fut d’une telle rudesse que l’ennemi lâcha pied aussitôt.
Il se dit encore de Ce qui est rigoureux, pénible. La rudesse de l’hiver.
Il se dit également en parlant de Diverses choses qui, par leur dureté, sont choquantes, désagréables à voir, à entendre, à lire, etc. Ses traits ont de la rudesse. La rudesse de sa voix, de son accent. La rudesse de son style.
Il se dit aussi, figurément, de Ce qu’il y a de rude dans l’esprit, dans le caractère, dans l’humeur, dans les manières d’agir de certaines gens. Il a une grande rudesse d’esprit. La rudesse de son caractère, de son humeur. Quelle rudesse de langage! La rudesse de l’accueil qui lui a été fait. Traiter quelqu’un avec rudesse.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- rudesses — pluriel — /ʁydɛsə/
- rudesse — singulier — /ʁydɛsə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée rudesse#54397.