rude
adjectif, /ʁydə/
Définitions
Qui présente une surface âpre et inégale au toucher.
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Qui est pénible, rigoureux ou difficile à supporter.
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Qui manque de délicatesse ou de douceur dans les manières.
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Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (15 sens) — Académie 1935 (20 sens)
Littré (1873)
adj.
Qui n'est pas dégrossi, qui est brut, inculte (sens propre et étymologique). Des mœurs rudes, des mœurs d'une simplicité grossière.
Vous avez ouï parler de cet amas rude et indigeste [le chaos] qui précéda la disposition et la beauté des choses que nous voyons — Guez de Balzac (1597-1654)
S'ils [les vers] n'étaient remplis d'une certaine beauté qui se fait sentir aux personnes même les plus rudes et les plus grossières — Pellisson (1624-1693)
Par extension du sens de non dégrossi. âpre au toucher. Avoir la barbe rude. Une brosse fort rude. Couvert de petites saillies ou aspérités nombreuses et sensibles au toucher. Avoir la peau rude. Se dit des plantes qui présentent au tact une aspérité insensible à l'œil.
Qu'était-ce donc que son vêtement ? un rude cilice — Bourdaloue (1632-1704)
âpre au goût. Vin rude.
âpre et difficile, en parlant des chemins. Chemin rude. Fig. Le rude sentier de la vertu.
Le juste, sévère à lui-même.... ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire et rude, où il grimpe plutôt qu'il ne marche — Bossuet (1627-1704)
Qui cause de la fatigue, de la peine. Un rude métier. Il a entrepris une rude tâche. Ce cheval est rude, il a le train rude, fatigant. Ce barbier a la main rude, il ne rase pas légèrement. Ce cavalier a la main bien rude, il mène durement son cheval.
Notre sort est beaucoup plus rude Chez les grands que chez les petits — Molière (1622-1673)
Brontin.... Sort à l'instant, chargé d'une triple bouteille.... L'odeur d'un jus si doux lui rend le faix moins rude — Boileau (1636-1711)
Par extension, désagréable à voir, à entendre, à prononcer, etc. Avoir le visage, l'air, le regard, la voix rude. Ce peintre a le pinceau rude, il peint d'une manière dure et sans grâce.
....Sollicitude à mon oreille est rude — Molière (1622-1673)
La colère et la tristesse les rendent [les traits du visage] plus rudes, et leur donnent un air ou plus farouche ou plus sombre — Bossuet (1627-1704)
Il se dit de la rigueur des saisons. Un froid rude. Fig. Temps rudes, temps où le travail manque, et où la misère est grande.
Le rude hiver des années dernières acheva de la dépouiller de ce qui lui restait de superflu — Bossuet (1627-1704)
La Haie est un séjour délicieux l'été, et la liberté y rend les hivers moins rudes — Voltaire (1694-1778)
Où il y a effort violent, lutte violente.
Après avoir achevé le rude siége de Besançon — Bossuet (1627-1704)
Vous avez soutenu de rudes guerres, je l'avoue — Fénelon (1651-1715)
Impétueux, intense. Une rude secousse. Essuyer une rude tempête. Fig. Un coup rude, une chose qui cause beaucoup de peine. Fig. C'est un rude coup pour lui, cet événement est très fâcheux pour lui.
Vous soutenez en paix une si rude attaque — Jean Racine (1639-1699)
Nous lui donnons quelquefois de rudes coups [au gouvernement anglais], mais nous ne le cassons pas — Voltaire (1694-1778)
Fig. Qui cause du mal, de la souffrance. Fig. Une rude épreuve, une situation difficile et délicate, ou dangereuse pour le maintien de l'amitié.
Deux choses dont la privation m'est bien rude — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il y a des endroits dans la vie qui sont bien amers et bien rudes à passer — Mme de Sévigné (1626-1696)
Familièrement. Il se dit de ce qui se fait vivement sentir. Une rude tentation, une tentation à laquelle il est difficile de ne pas succomber. J'eus une rude tentation de le confondre en public. Cela me paraît rude, se dit d'une chose difficile à croire. Ce trait est un peu rude, ce propos, ce procédé est difficile à supporter, à dissimuler. On commence aujourd'hui en ce sens à dire raide pour rude, tant par confusion que par besoin de varier les locutions.
J'arrivai, sur le soir, au village d'Ataquinès, avec un très rude appétit — Lesage (1668-1747)
Serait-il possible que les bontés de M. le duc de Choiseul pour ma colonie m'eussent fait tort, et que je fusse à la fois ruiné et opprimé pour avoir fait du bien ? cela serait rude — Voltaire (1694-1778)
Dur, fâcheux, en parlant des personnes. Un père rude à ou envers ses enfants. Il est rude aux pauvres gens, à pauvres gens, se dit quand un homme prend avantage de sa supériorité pour maltraiter un inférieur. Il se dit des choses en un sens analogue. Il reçut un traitement bien rude. Une rude réprimande.
Au moins, Seigneur, pardonne à cette multitude, à ce peuple ignorant ; ne lui sois point si rude — GARN.
Je croyais avoir été trop rude de refuser ce portrait à Mme de Fontevrault — Mme de Sévigné (1626-1696)
Rigide, austère. La règle de cet ordre est bien rude.
Redoutable. Un rude adversaire. C'est un rude joueur, une rude joueuse, se dit d'une personne qui ne sait pas jouer ou folâtrer sans faire du mal. Fig. et familièrement. C'est un rude joueur, c'est un homme à qui il ne fait pas bon se jouer. C'est un rude jouteur, c'est un homme avec qui il ne fait pas bon se mesurer, au propre et au figuré. Populairement. Un rude lapin, un homme courageux, hardi.
Le pays délivré d'un si rude ennemi — Pierre Corneille (1606-1684)
Il avait souvent dit à Mme de Senantes, en parlant de Matta, que c'était la plus rude épée de France — Antoine Hamilton (1646-1720)
S. f. Espèce de couleuvre.
Étymologie : Provenç. rude ; espagn. rudo ; it. rude ; du latin rudis.
Historique : XIIIe s. Li rudes hom fet la rude œuvre ; Se rudes est, rudes est bues [le bœuf] ; Rudes est, s'a nom Rudebues ; Rustebues oevre durement XIVe s. Rudes, malgracieux jamais plus ne sera ; Il bat, il fiert, il rue les enfants de deça Semblant doulx et courtois vers tous, Et, en cuer, faulx, rude et estous [arrogant] Il avoit enseigné les letres aus gens de la terre qui erent [étaient] rudes et simples Oroison rude et mal composée XVe s. ....Et ne soyons pas si rudes et si rebelles, que nous fassions perdre davantage, puisque bellement.... nous pouvons venir à paix Posons encore que l'homme soit …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. des deux genres
Qui est âpre au toucher et dont la surface est inégale et dure. La toile grosse et neuve est extrêmement rude. La haire et le cilice sont rudes sur la peau. Avoir la peau rude. Avoir la barbe rude. Le grès est rude au toucher. Une brosse rude.
Il se dit aussi de Ce qui est âpre au goût, au palais. Voilà du vin qui est rude.
Il signifie encore Qui est raboteux. Les chemins en ce pays-là sont fort rudes.
Il se dit figurément de Tout ce qui cause de la peine, de la fatigue. Il a entrepris une rude tâche. Le métier de tailleur de pierre est très rude. Nous avons eu une journée très rude.
RUDE signifie aussi Qui est violent, impétueux. Un rude assaut. Un rude choc. Une rude attaque. Une rude secousse. Essuyer une rude tempête.
Il signifie encore Qui est difficile à supporter, rigoureux. Un temps rude. Une saison rude. Un froid extrêmement rude. L’hiver a été rude.
Les temps sont rudes se dit des Temps où l’on a beaucoup à souffrir, surtout des temps où il y a peu de travail et beaucoup de misère.
C’est un rude coup pour lui, Cet événement est très fâcheux pour lui.
Une rude épreuve, Une situation difficile et pénible. Sa vertu fut mise à une rude épreuve, à de rudes épreuves.
Une rude tentation, Une tentation à laquelle Il est difficile de ne pas succomber.
Fam., Cela me paraît rude se dit d’une Chose difficile à croire.
Fam., Ce trait est un peu rude se dit d’un Propos ou d’un procédé difficile à supporter, à accepter.
RUDE se dit encore de Diverses choses qui, par leur dureté, sont choquantes, désagréables à voir, à entendre, à lire, etc. Avoir le visage rude, l’air rude, les manières rudes. Avoir la voix rude, la prononciation rude. Un auteur qui a le style rude. Ces vers-là sont rudes.
Ce peintre a le pinceau rude, Il peint d’une manière rude et sans grâce. Ce coiffeur a la main rude, Il ne rase pas légèrement. Ce cavalier a la main très rude, Il mène durement son cheval.
Des moeurs rudes, Des moeurs d’une simplicité grossière.
RUDE signifie également Qui est fâcheux, dur, extrêmement sévère. Cet homme a l’humeur rude, l’esprit rude. Un maître qui est rude envers ses domestiques. Dire des paroles rudes à quelqu’un. Il a reçu un traitement très rude.
Il est rude aux pauvres gens se dit d’un Homme qui traite avec dureté, avec hauteur ceux qui ont affaire à lui.
RUDE signifie aussi Qui est rigide, austère. La règle de ces religieux, de cet ordre est très rude.
Il signifie encore, familièrement, Qui est redoutable. Vous avez là un rude adversaire. C’est un rude dialecticien.
Fam., C’est un rude jouteur, C’est un homme avec lequel il ne fait pas bon se mesurer. On le dit au propre et au figuré.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- rudes — pluriel — /ʁydə/
- rude — singulier — /ʁydə/
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée rude#54393.