rien
nom, masculin
Usage : fréquent (16 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Chose insignifiante, sans importance : se vexer pour un rien.
Il se vexe pour un rien.
Synonyme : bagatelle.
« Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles »André Chénier (1762-1794)
« Ah ! pour un rien, Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bien »Béranger (1780-1857)
Très petite quantité de quelque chose : un rien de sel suffit.
Ajoutez un rien de poivre à la sauce.
« Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien »Alexis Piron (1689-1773)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : comme si de rien n'était · en moins de rien · il suffit d'un rien · l'air de rien · mine de rien · n'avoir rien à envier à quelqu'un · n'avoir rien à se reprocher · pour rien au monde · trois fois rien
Grammaire et formes (2)
- riens : pluriel
- rien : singulier
Témoignages historiques
Littré (1873) · 26 sens
s. m. indéterminé
Quelque chose (sens étymologique, sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé). C'est en vertu de cette signification que l'on construit quelquefois ne.... pas, avec rien. Autrement on ne construit pas ne.... pas, avec rien ; construction qui est blâmée dans ces vers de Molière.
En tous les bienfaits d'importance, la preuve ne peut avoir de lieu ; car il n'y a bien souvent que deux qui en sachent rienMalherbe (1555-1628)
Et si rien à présent peut troubler son bonheur, C'est de te voir pour lui répandre tant de larmesRacan (1589-1670)
Avec la particule négative ne, rien signifie nulle chose. Que rien plus, ellipse pour : que rien ne l'est plus. Cela ne ressemble à rien, se dit d'une chose inconvenante, mal faite. Fig. On ne fait rien de rien, on ne saurait réussir en quoi que ce soit, si on n'a quelques moyens, quelques ressources pour y parvenir. Cette affaire ne tient à rien, presque rien n'empêche qu'elle ne se fasse. Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, il ne s'en fallut presque rien qu'il ne la fît. C'est un homme qui ne met rien contre lui, c'est un homme très circonspect dans ses actes ou dans ses discours.
Ne crois rien précieux, ne crois rien admirable, Rien noble, rien enfin dans la solidité, Que ce qui doit aller jusqu'à l'éternitéPierre Corneille (1606-1684)
Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos ?La Fontaine (1621-1695)
N'être rien, n'occuper aucun emploi, aucune position. N'être rien, n'être d'aucun prix, d'aucune valeur, d'aucun intérêt, n'être compté pour rien. Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent. N'être de rien à quelqu'un, ne l'intéresser en aucune façon. N'être de rien, n'appartenir à rien.
Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être rienFontenelle (1657-1757)
Vous épousez une personne qui n'est rien, et qui n'a rienMarivaux (1688-1763)
De rien avec ne, nullement. De rien, se dit absolument et populairement, pour : ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné.- De rien.
Elle ne peut de rien profiter ni aussi de rien nuireDescartes (1596-1650)
Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-làMolière (1622-1673)
Ne rien faire, demeurer dans l'oisiveté, le repos. Avec ellipse de ne. Ne rien faire, n'avoir aucun emploi. Il ne fait plus rien, il n'a plus d'emploi. N'avoir rien, être sans fortune. Ne rien dire, garder le silence, se taire. Ne rien dire signifie aussi dire des choses qui ne sont que du bavardage. Ne parler de rien, garder le silence sur un objet qu'on a sur le cœur, ou qui préoccupe, ou qui importe. Fig. Ne rien dire, avec un nom de chose pour sujet, ne pas agréer, ne pas intéresser. Cela ne me dit rien.
Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit, dont il soulait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faireLa Fontaine (1621-1695)
Passer.... La nuit à bien dormir et le jour à rien faireBoileau (1636-1711)
Familièrement. Cela ne fait rien, est de peu d'importance. Cela ne me fait rien. On dit dans le même sens : cela me fait moins que rien.
Deux ou trois pages qui ne font rien à la questionBossuet (1627-1704)
Ne faire semblant de rien, se comporter comme si on ignorait, comme si on ne s'intéressait pas à. Avec ellipse de ne.
Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deuxMolière (1622-1673)
Pour moi je vais faire semblant de rienMolière (1622-1673)
Ne compter pour rien, n'avoir aucun égard à, ne faire aucun cas de. Avec ellipse de ne. On dit aussi : ne compter à rien, ne compter rien.
Vous ne comptez pour rien les pleurs de BéréniceJean Racine (1639-1699)
Tout le reste de la terre n'est compté pour rienMassillon (1663-1742)
Il n'en est rien, la chose dont il s'agit n'existe pas. Il n'y a rien que.... il y a peu de temps que.... Il n'y a rien qu'il était ici.
S'il y avait un homme alors auprès duquel la philosophie d'Eusèbe devait réussir, c'était l'empereur Julien ; cependant il n'en fut rienDiderot (1713-1784)
Familièrement. Ne savoir rien de rien, ne savoir absolument rien. Ne dire rien de rien, ne dire rien du fait principal ni des circonstances qui s'y rapportent.
Ver-vert, c'était le nom du personnage, Transplanté là de l'indien rivage, Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien, Au susdit cloître enfermé pour son bienGresset (1709-1777)
J'eus la bêtise de dire à M. Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j'avais faitJean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Rien se dit quelquefois des personnes.
Oui, je deviens tout autre avec son entretien [de Tartufe], Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien, Et je verrais mourir frère, enfant, mère et femme....Molière (1622-1673)
C'est n'estimer rien qu'estimer tout le mondeMolière (1622-1673)
Ne.... rien que, uniquement, seulement. Elliptiquement, rien que, en ne faisant que, en ne comptant que.
Il [le dauphin] s'aperçoit qu'il n'a tiré Du fond des eaux rien qu'une bêteLa Fontaine (1621-1695)
L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien à Jupiter que la paroleLa Fontaine (1621-1695)
Ne.... rien moins que, locution qui signifie nullement. Absolument. Elliptiquement. Ne.... rien moins, se dit quelquefois pour rien moindre, et prend alors un sens affirmatif signifiant que l'objet dont il s'agit n'est pas moindre que. Ne.... rien de moins, locution qui signifie rien de moindre.
Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soitMolière (1622-1673)
Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe Du nom de bel esprit et de grand philosophe, D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela !Molière (1622-1673)
Quand rien est suivi d'un adjectif, on les sépare par la préposition de. Rien de fâcheux n'est arrivé. Il ne se fait rien d'utile. Il n'est rien de tel que de se bien porter. On supprime quelquefois de dans le style archaïque et dans le style poétique.
Et n'ayant rien si cher que ton obéissance....Malherbe (1555-1628)
Seigneur, réglez si bien ce violent courroux, Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vousPierre Corneille (1606-1684)
Par abus, rien, sans la négative ne, se dit pour nulle chose. Tout ou rien. Rien du tout. Dieu a créé le monde de rien. Par exagération. Si peu que rien, pas plus gros que rien, moins que rien, extrêmement peu, très petit. Donnez-m'en si peu que rien. Dans une réponse, rien se dit pour nulle chose. Que vous a-t-il donné ? rien. Pour rien, gratuitement, sans payer. Fig. Pour rien, sans s'en ressentir. Réduire à rien, anéantir. Cela s'est réduit à rien, il n'en est presque rien resté ; se dit aussi d'une affaire dont on se promettait un grand succès et qui n'en a eu aucun. On dit dans un sens analogue : venir, devenir, aller à rien.
Le roi et ceux qui l'accompagnaient admirèrent le courage de ce jeune homme, qui considérait comme rien les plus grands tourmentsLemaistre de Sacy (1613-1684)
Qu'appelles-tu sur rien, dis ? - J'appelle sur rien Ce qui sur rien s'appelle en vers ainsi qu'en prose ; Et rien, comme tu le sais bien, Veut dire rien ou peu de choseMolière (1622-1673)
De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur, le peu d'importance, etc. Cet homme est venu de rien, s'est élevé de rien, il est venu d'une basse condition. Dans le même sens : un homme de rien.
Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'amour de déité de rienMolière (1622-1673)
Un précipice caché derrière une petite haie de rienMme de Sévigné (1626-1696)
Familièrement. Rien que cela, se dit, par antiphrase, pour exprimer quelque chose qui excite l'attention, la surprise.
Le roi a dit d'un certain homme, dont vous aimiez assez l'absence cet hiver, qu'il n'avait ni cœur, ni esprit, rien que celaMme de Sévigné (1626-1696)
Rien signifie quelquefois, par exagération, peu de chose. Il a eu cette maison pour rien. Il mange très peu, il vit de rien. Il se fâche de rien.
Et qu'avez-vous donné pour tout cela ? fort bien ; Un peu de votre amour ? mais vraiment c'est pour rienVictor Hugo (1802-1885)
Rien, quoique nom indéterminé, peut être représenté par le pronom il.
Je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est impur de soi-même, et qu'il n'est impur qu'à celui qui le croit impurLemaistre de Sacy (1613-1684)
Quel malheur plus grand que de ne plus rien voir tel qu'il est ?Buffon (1707-1788)
S. m. déterminé. Néant, nullité. Terme de mystiques.
Un rien s'assemble mal avec un autre rienPierre Corneille (1606-1684)
. Quand il lui plut [à Dieu] vous donner l'être, Le rien fut sa matière, et l'ouvrier sa voixPierre Corneille (1606-1684)
Étymologie : Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein ; provenç. re ; anc. catal. ren ; catal, mod. re, res ; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier ; au pluriel, riens est le régime.
Historique : XIIe s. Quant jà por riens qui soit née N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor Las ! Pourquoi l'ai de mes euz [yeux] regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? Et s'il est riens qui m'en puisse partir Car riens, fors moi, ne porroit endurer Les grans travaus que j'ai por li [la] servir Voir, il n'est riens dont je soie en tristour Par ço les voil partut à raisun maintenir ; Ne jà pur nule rien ne m'en verrez flechir N'a baron en la court qui de rien l'en desdie XIIIe s. Chanter m'esteut, que m'en est pris courage, Non pas pour ce que d'amours me soit rien Se j'onques fis rien que…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
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