rien

rien

nom, masculin

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (26 sens)

Littré (1873)

s. m. indéterminé

  1. Quelque chose (sens étymologique, sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé). C'est en vertu de cette signification que l'on construit quelquefois ne.... pas, avec rien. Autrement on ne construit pas ne.... pas, avec rien ; construction qui est blâmée dans ces vers de Molière.

    En tous les bienfaits d'importance, la preuve ne peut avoir de lieu ; car il n'y a bien souvent que deux qui en sachent rien — Malherbe (1555-1628)

    Et si rien à présent peut troubler son bonheur, C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes — Racan (1589-1670)

  2. Avec la particule négative ne, rien signifie nulle chose. Que rien plus, ellipse pour : que rien ne l'est plus. Cela ne ressemble à rien, se dit d'une chose inconvenante, mal faite. Fig. On ne fait rien de rien, on ne saurait réussir en quoi que ce soit, si on n'a quelques moyens, quelques ressources pour y parvenir. Cette affaire ne tient à rien, presque rien n'empêche qu'elle ne se fasse. Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, il ne s'en fallut presque rien qu'il ne la fît. C'est un homme qui ne met rien contre lui, c'est un homme très circonspect dans ses actes ou dans ses discours.

    Ne crois rien précieux, ne crois rien admirable, Rien noble, rien enfin dans la solidité, Que ce qui doit aller jusqu'à l'éternité — Pierre Corneille (1606-1684)

    Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos ? — La Fontaine (1621-1695)

  3. N'être rien, n'occuper aucun emploi, aucune position. N'être rien, n'être d'aucun prix, d'aucune valeur, d'aucun intérêt, n'être compté pour rien. Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent. N'être de rien à quelqu'un, ne l'intéresser en aucune façon. N'être de rien, n'appartenir à rien.

    Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être rien — Fontenelle (1657-1757)

    Vous épousez une personne qui n'est rien, et qui n'a rien — Marivaux (1688-1763)

  4. De rien avec ne, nullement. De rien, se dit absolument et populairement, pour : ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné.- De rien.

    Elle ne peut de rien profiter ni aussi de rien nuire — Descartes (1596-1650)

    Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là — Molière (1622-1673)

  5. Ne rien faire, demeurer dans l'oisiveté, le repos. Avec ellipse de ne. Ne rien faire, n'avoir aucun emploi. Il ne fait plus rien, il n'a plus d'emploi. N'avoir rien, être sans fortune. Ne rien dire, garder le silence, se taire. Ne rien dire signifie aussi dire des choses qui ne sont que du bavardage. Ne parler de rien, garder le silence sur un objet qu'on a sur le cœur, ou qui préoccupe, ou qui importe. Fig. Ne rien dire, avec un nom de chose pour sujet, ne pas agréer, ne pas intéresser. Cela ne me dit rien.

    Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit, dont il soulait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire — La Fontaine (1621-1695)

    Passer.... La nuit à bien dormir et le jour à rien faire — Boileau (1636-1711)

  6. Familièrement. Cela ne fait rien, est de peu d'importance. Cela ne me fait rien. On dit dans le même sens : cela me fait moins que rien.

    Deux ou trois pages qui ne font rien à la question — Bossuet (1627-1704)

  7. Ne faire semblant de rien, se comporter comme si on ignorait, comme si on ne s'intéressait pas à. Avec ellipse de ne.

    Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux — Molière (1622-1673)

    Pour moi je vais faire semblant de rien — Molière (1622-1673)

  8. Ne compter pour rien, n'avoir aucun égard à, ne faire aucun cas de. Avec ellipse de ne. On dit aussi : ne compter à rien, ne compter rien.

    Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice — Jean Racine (1639-1699)

    Tout le reste de la terre n'est compté pour rien — Massillon (1663-1742)

  9. Il n'en est rien, la chose dont il s'agit n'existe pas. Il n'y a rien que.... il y a peu de temps que.... Il n'y a rien qu'il était ici.

    S'il y avait un homme alors auprès duquel la philosophie d'Eusèbe devait réussir, c'était l'empereur Julien ; cependant il n'en fut rien — Diderot (1713-1784)

  10. Familièrement. Ne savoir rien de rien, ne savoir absolument rien. Ne dire rien de rien, ne dire rien du fait principal ni des circonstances qui s'y rapportent.

    Ver-vert, c'était le nom du personnage, Transplanté là de l'indien rivage, Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien, Au susdit cloître enfermé pour son bien — Gresset (1709-1777)

    J'eus la bêtise de dire à M. Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j'avais fait — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  11. Rien se dit quelquefois des personnes.

    Oui, je deviens tout autre avec son entretien [de Tartufe], Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien, Et je verrais mourir frère, enfant, mère et femme.... — Molière (1622-1673)

    C'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde — Molière (1622-1673)

  12. Ne.... rien que, uniquement, seulement. Elliptiquement, rien que, en ne faisant que, en ne comptant que.

    Il [le dauphin] s'aperçoit qu'il n'a tiré Du fond des eaux rien qu'une bête — La Fontaine (1621-1695)

    L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien à Jupiter que la parole — La Fontaine (1621-1695)

  13. Ne.... rien moins que, locution qui signifie nullement. Absolument. Elliptiquement. Ne.... rien moins, se dit quelquefois pour rien moindre, et prend alors un sens affirmatif signifiant que l'objet dont il s'agit n'est pas moindre que. Ne.... rien de moins, locution qui signifie rien de moindre.

    Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit — Molière (1622-1673)

    Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe Du nom de bel esprit et de grand philosophe, D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela ! — Molière (1622-1673)

  14. Quand rien est suivi d'un adjectif, on les sépare par la préposition de. Rien de fâcheux n'est arrivé. Il ne se fait rien d'utile. Il n'est rien de tel que de se bien porter. On supprime quelquefois de dans le style archaïque et dans le style poétique.

    Et n'ayant rien si cher que ton obéissance.... — Malherbe (1555-1628)

    Seigneur, réglez si bien ce violent courroux, Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vous — Pierre Corneille (1606-1684)

  15. Par abus, rien, sans la négative ne, se dit pour nulle chose. Tout ou rien. Rien du tout. Dieu a créé le monde de rien. Par exagération. Si peu que rien, pas plus gros que rien, moins que rien, extrêmement peu, très petit. Donnez-m'en si peu que rien. Dans une réponse, rien se dit pour nulle chose. Que vous a-t-il donné ? rien. Pour rien, gratuitement, sans payer. Fig. Pour rien, sans s'en ressentir. Réduire à rien, anéantir. Cela s'est réduit à rien, il n'en est presque rien resté ; se dit aussi d'une affaire dont on se promettait un grand succès et qui n'en a eu aucun. On dit dans un sens analogue : venir, devenir, aller à rien.

    Le roi et ceux qui l'accompagnaient admirèrent le courage de ce jeune homme, qui considérait comme rien les plus grands tourments — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Qu'appelles-tu sur rien, dis ? - J'appelle sur rien Ce qui sur rien s'appelle en vers ainsi qu'en prose ; Et rien, comme tu le sais bien, Veut dire rien ou peu de chose — Molière (1622-1673)

  16. De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur, le peu d'importance, etc. Cet homme est venu de rien, s'est élevé de rien, il est venu d'une basse condition. Dans le même sens : un homme de rien.

    Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'amour de déité de rien — Molière (1622-1673)

    Un précipice caché derrière une petite haie de rien — Mme de Sévigné (1626-1696)

  17. Familièrement. Rien que cela, se dit, par antiphrase, pour exprimer quelque chose qui excite l'attention, la surprise.

    Le roi a dit d'un certain homme, dont vous aimiez assez l'absence cet hiver, qu'il n'avait ni cœur, ni esprit, rien que cela — Mme de Sévigné (1626-1696)

  18. Rien signifie quelquefois, par exagération, peu de chose. Il a eu cette maison pour rien. Il mange très peu, il vit de rien. Il se fâche de rien.

    Et qu'avez-vous donné pour tout cela ? fort bien ; Un peu de votre amour ? mais vraiment c'est pour rien — Victor Hugo (1802-1885)

  19. Rien, quoique nom indéterminé, peut être représenté par le pronom il.

    Je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est impur de soi-même, et qu'il n'est impur qu'à celui qui le croit impur — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

    Quel malheur plus grand que de ne plus rien voir tel qu'il est ? — Buffon (1707-1788)

  20. S. m. déterminé. Néant, nullité. Terme de mystiques.

    Un rien s'assemble mal avec un autre rien — Pierre Corneille (1606-1684)

    . Quand il lui plut [à Dieu] vous donner l'être, Le rien fut sa matière, et l'ouvrier sa voix — Pierre Corneille (1606-1684)

Étymologie : Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein ; provenç. re ; anc. catal. ren ; catal, mod. re, res ; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier ; au pluriel, riens est le régime.

Historique : XIIe s. Quant jà por riens qui soit née N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor Las ! Pourquoi l'ai de mes euz [yeux] regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? Et s'il est riens qui m'en puisse partir Car riens, fors moi, ne porroit endurer Les grans travaus que j'ai por li [la] servir Voir, il n'est riens dont je soie en tristour Par ço les voil partut à raisun maintenir ; Ne jà pur nule rien ne m'en verrez flechir N'a baron en la court qui de rien l'en desdie XIIIe s. Chanter m'esteut, que m'en est pris courage, Non pas pour ce que d'amours me soit rien Se j'onques fis rien que…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Grammaire et formes (2)
  • riens — pluriel
  • rien — singulier

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée rien#101061.

rien

pronom, /ʁjɛ̃/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Académie 1935 (26 sens)

Académie française, 8e édition (1935)

pron. m. ind.

  1. Il se disait pour Quelque chose; il s’emploie encore en ce sens dans un certain nombre de locutions. Est-il rien de plus beau? Qui vous dit rien? Si rien pouvait l’affliger, c’était cette nouvelle. Sans qu’il en sache rien. Etc.

  2. Il s’emploie le plus souvent avec la négation ne et signifie Nulle chose. Rien n’est plus glorieux, plus commode, plus avantageux, plus nécessaire. Rien ne me plaît davantage. Il n’y a rien de si fâcheux. Il ne fait rien. Il ne sent rien. Je ne dis rien. Je ne demande rien. C’est un homme qui n’aime rien, qui ne se soucie de rien. Cela ne signifie rien, ne prouve rien. Il semble que cela ne tienne à rien. Tenez cette affaire secrète, n’en dites rien. Ne faites semblant de rien. Je ne lui ai rien fait, ni rien dit. Il ne fait rien qui vaille. Il passe sa vie à ne rien faire. Cela ne vaut rien. Je ne ferais cela pour rien au monde. N’avoir rien au monde. Il n’a plus rien pour vivre. Cet homme n’a rien. Tout cela n’aboutit à rien, ne mène à rien, ne conduit à rien. Cela ne vous servira de rien. Cet homme n’est bon à rien. Je ne veux vous nuire en rien.

  3. Je n’ai rien fait que ce qu’il m’a dit, Je n’ai pas fait autre chose que ce qu’il m’a dit.

  4. Il n’en est rien, Ce n’est pas exact, ce n’est pas vrai, il n’y a rien de vrai dans ce qu’on a dit.

  5. Fam., Ne savoir rien de rien, Ne savoir absolument rien.

  6. Cet homme ne fait rien, Il n’a aucun emploi, aucune occupation. Il ne fait plus rien, Il n’a plus d’emploi. Cet auteur ne fait plus rien, Il n’écrit plus.

  7. Fam., Cela ne fait rien, Cela n’importe pas. Cela ne fait rien à l’affaire. Cela ne me fait rien. On dit dans le même sens : Cela me fait moins que rien.

  8. Fam., Cela ne me dit rien, Je n’en ai nulle envie. Cela ne me dit rien qui vaille, Cela ne m’inspire nullement confiance.

  9. Fam., Cela ne ressemble à rien, Cela est mal fait, cela n’a pas le sens commun.

  10. Il ne tint à rien qu’il ne fît telle chose, Il s’en fallut de peu qu’il ne la fît.

  11. Cet homme ne m’est rien, il n’est point mon parent; et familièrement, Cet homme ne m’est de rien, cela ne m’est de rien, Je n’y prends aucun intérêt.

  12. Comme si de rien n’était, Comme si la chose dont il s’agit n’était pas arrivée. Après cette querelle, ils se sont parlé amicalement comme si de rien n’était.

  13. Prov., On ne fait rien de rien, On ne saurait réussir dans une entreprise, mener une oeuvre à bien, si l’on n’a les moyens, les matériaux nécessaires.

  14. Prov., On ne fait rien pour rien, Il entre toujours quelques vues d’intérêt personnel dans les services que rendent les hommes.

  15. Prov., Qui ne risque rien n’a rien. Qui prouve trop ne prouve rien.

  16. RIEN s’emploie souvent pour Nulle chose avec la négation sous-entendue. Que vous a coûté cela? Rien, rien du tout. Rien de nouveau. Tout ou rien. Ce que vous dites et rien c’est la même chose. Moins que rien. Si peu que rien. Dieu a créé le monde de rien. Compter pour rien.

  17. Cela s’est réduit à rien, Il n’en est presque rien resté. Les frais une fois payés, Le bénéfice de l’affaire s’est réduit à rien.

  18. Cet homme est sorti de rien, s’est élevé de rien, Il est d’une très basse extraction. On dit aussi : C’est un homme de rien.

  19. Rien que signifie, elliptiquement, En ne faisant que. Rien que d’y penser on en est effrayé. Rien qu’à le voir on prenait de lui une bonne opinion.

  20. Rien moins. Voyez

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • rien — singulier masculin — /ʁjɛ̃/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée rien#53681.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.