s. m.
Ce qui demeure d'un tout, d'une quantité quelconque. Le reste de la journée. Je finirai ce soir le reste de ma tâche. Les restes d'un festin. Fig. Laisser de reste, laisser disponible. Devoir du reste, demeurer redevable. Il donne un sou à un pauvre, et demande son reste, se dit d'un avare. Fig. Il ne demande pas son reste, il s'en va sans demander son reste, il se retire promptement, sans mot dire, après avoir reçu ou craignant de recevoir quelque mauvais compliment ou traitement. On dit dans le même sens : il n'a pas attendu son reste. Être en reste, devoir encore quelque chose sur une somme. Fig. Voici le reste de notre écu, de nos écus, se dit familièrement quand on voit venir dans une compagnie quelqu'un d'importun.
Ils mangeront, et il y en aura de reste — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Je serais bien fâchée, ma chère enfant, d'être capable de faire ce que je fais pour avoir de l'argent de reste, je craindrais l'avarice qui est ma bête — Mme de Sévigné (1626-1696)
Absolument. Au plur. Ce qui reste d'un repas. Manger les restes.
Terme d'arithmétique. Résultat d'une soustraction, dit aussi excès ou différence. Il se dit aussi dans la division, quand on retranche les produits du diviseur par chaque chiffre du quotient, des dividendes partiels ou du dividende total. En 38 combien de fois 7 ? 5 fois, avec 3 pour reste.
Terme de marine. Lieu du reste, lieu de la dernière décharge des marchandises lorsque le voyage est fini.
Fig. Il se dit des choses que l'on compare à une quantité.
S'il est arrivé que la république soit demeurée ferme sous telles puissances faibles, elle était peut-être obligée de son repos aux bons et solides fondements qui avaient été posés de longue main ; ce n'était pas tant un fruit du gouvernement présent que les restes de l'heureuse conduite du passé — Guez de Balzac (1597-1654)
Le sanglier, rappelant les restes de sa vie, Vient à lui [archer], le découd, meurt vengé sur son corps — La Fontaine (1621-1695)
Il se dit de ce qu'une personne conserve de sa première apparence. Ce n'est plus qu'un reste, un beau reste, se dit d'un homme ou d'une femme qui a eu de la beauté, mais qui a vieilli. Des restes d'hommes, des hommes vieillis ou mutilés. Un reste de lui-même, se dit d'une personne qui a perdu ce qu'elle avait de bien au physique ou au moral. Un reste de cheval, un cheval à qui le temps a ôté de sa vigueur et de sa beauté, mais qui en conserve encore.
On veut ménager des restes de beauté ; cette économie ruine plutôt qu'elle n'enrichit — Mme de Sévigné (1626-1696)
C'était une dame d'environ trois cents années ; mais elle avait encore de beaux restes ; et on voyait bien que vers les deux cent trente à quarante elle avait été charmante — Voltaire (1694-1778)
Ce qui reste d'une nation, d'une troupe, d'une famille.
Pour perdre et exterminer entièrement toutes les troupes d'Israël et les restes de Jérusalem — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
On ne voit plus aucun reste ni des anciens Assyriens, ni des anciens Mèdes, ni des anciens Perses, ni des anciens Grecs, ni même des anciens Romains — Bossuet (1627-1704)
Ce qui était encore à faire, à dire. Je n'ai pas le temps de vous en écrire davantage ; le porteur vous dira le reste. Et le reste, formule qui annonce qu'on abrége une énumération. un récit, une citation. Fig. Le porteur vous dira le reste, phrase dont on se sert pour se moquer d'une lettre qu'on a faite beaucoup trop longue.
Le chantre, s'arrêtant à cet endroit funeste, à ses yeux effrayés laisse dire le reste — Boileau (1636-1711)
Viens m'engager ta foi, le temps fera le reste — Jean Racine (1639-1699)
S. m. pl. Dépouille mortelle de l'homme. Ses restes glacés. Ce tombeau contient ses restes. Il se dit aussi au singulier, en poésie.
Tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu'à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes — Bossuet (1627-1704)
Ô vous, à ma douleur objet terrible et tendre, Éternel entretien de haine et de pitié, Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié — Pierre Corneille (1606-1684)
Le reste signifie les autres, par rapport aux objets dont on parle.
Les Macédoniens aiment le monarchique, Et le reste des Grecs la liberté publique — Pierre Corneille (1606-1684)
Le reste [des conspirateurs avec Cinna] ne vaut pas l'honneur d'être nommé — Pierre Corneille (1606-1684)
Ce que quelqu'un a refusé ou abandonné. Il n'a eu que vos restes, que votre reste. Les restes d'un rival, en parlant de rivalité d'amour, une femme qui a appartenu à un autre homme. Fig. C'est un reste de gibet, il a mérité d'être pendu, c'est un coquin. Un reste d'esclavage, un ancien esclave.
Et beaucoup, attrapés par un maintien modeste, Pensent prendre en plein drap, qui n'achètent qu'un reste — Thomas Corneille (1625-1709)
Dans l'âme il hait Félix et dédaigne Pauline, Et, s'il l'aima jadis, il estime aujourd'hui Les restes d'un rival trop indignes de lui — Pierre Corneille (1606-1684)
Terme de jeu. Faire son reste, mettre au jeu tout l'argent qu'on a encore devant soi. Fig. Jouer de son reste, employer ses dernières ressources, hasarder tout. Il se dit aussi de celui qui, n'ayant plus que peu de temps à rester dans une place, en remplit négligemment les fonctions. Il joue de son reste. Au jeu du quinze, être de reste, perdre son enjeu.
S'attaquer aux esprits, c'est jouer de son reste — Hauteroche (1617-1707)
Ce que voyant messer Sergeste, Il voulut jouer de son reste — Scarron (1610-1660)
Terme de jeu de paume, de volant. Donner le reste à quelqu'un, lui pousser la balle, le volant, de telle sorte qu'il ne puisse le renvoyer. Je lui ai donné son reste. Fig. Familièrement. Donner son reste à quelqu'un, le battre, le corriger. Il ne fera plus le tapageur, on lui a donné son reste. Il signifie aussi : l'emporter en quelque chose.
Je viens de lire Bérénice ; vous m'aviez préparé à tant de tendresse, que je n'en ai pas tant trouvé ; du temps que je me mêlais d'en avoir, il me souvient que j'eusse donné là-dessus le reste à Bérénice,
Vous avez beau raisonner ; monsieur est frais émoulu du collége, et il vous donnera toujours votre reste — Molière (1622-1673)
De reste, loc. adv. Plus qu'il n'est nécessaire pour ce dont il s'agit. On dit aussi, familièrement : que de reste. Avez-vous encore de la besogne ? Que de reste.
J'étais dans ce tracas embarrassé de reste — Hauteroche (1617-1707)
La maison à présent, comme savez de reste, Au bon monsieur Tartuffe appartient sans conteste — Molière (1622-1673)
Au reste, du reste, loc. adv. Au surplus, d'ailleurs, cependant.
Ç'a été au reste un grand bonheur pour moi de n'avoir vu ce témoignage de son esprit qu'en un temps où j'en ai un autre de sa civilité — Voiture (1597-1648)
Il [Hypéride] a beaucoup de plaisant et de comique, et est tout plein de jeux et de certaines pointes d'esprit qui frappent toujours où il vise ; au reste il assaisonne toutes ces choses d'un tour et d'une grâce inimitable — Boileau (1636-1711)
Au reste, dans le sens de : parlons d'autre chose. Cette formule de transition est blâmée par Voltaire dans son Commentaire.
N'en parlons plus ; au reste, on a vu dix vaisseaux De nos vieux ennemis arborer les drapeaux — Pierre Corneille (1606-1684)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).