v. a.
Porter en arrière. Reculez la table. Reculez cette chaise de la cheminée.
Reporter plus loin. Il faut reculer cette muraille. Reculer les bornes, les frontières d'un État, l'agrandir.
Trajan, qui avait rétabli la gloire du nom romain chez les étrangers, et reculé les frontières de l'empire par des victoires signalées — CONDIL.
Et toujours créateur même alors qu'il imite, De son art étonné recule la limite — Millevoye (1782-1816)
Écarter, éloigner.
Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux — Boileau (1636-1711)
La lumière du jour ....ne renaît que pour éclairer sa nudité, son impuissance [du voyageur perdu dans le désert], et pour lui présenter l'horreur de sa situation en reculant à ses yeux les barrières du vide — Buffon (1707-1788)
Éloigner quelqu'un du but, une affaire de son issue. La disgrâce de son protecteur l'a bien reculé.
Cette indiscrétion de ma part servirait plutôt à reculer vos affaires qu'à les avancer — Voltaire (1694-1778)
Ajourner, retarder.
Tous mes soins, tous mes vœux hâtent cette vengeance, Ta perte la recule, et ton salut l'avance — Pierre Corneille (1606-1684)
N'eût-il [Horace] que d'un moment reculé sa défaite, Rome eût été du moins un peu plus tard sujette — Pierre Corneille (1606-1684)
Porter au loin dans le temps.
Ces peuples [les Japonais] ont eu aussi la manie de reculer leur origine — Diderot (1713-1784)
V. n. Aller en arrière, exécuter la progression en sens inverse de la direction ordinaire et naturelle. La voiture recula. Ce cheval a de la peine à reculer. Fig. Terme de marine. On dit que les vents reculent, lorsque, au lieu de tourner de gauche à droite, comme lorsqu'ils vont du sud au nord en passant par l'ouest, ils reviennent du nord au sud en passant de même par l'ouest. S. m. Terme de manége. Le reculer, action par laquelle le cheval se déplace dans un ordre inverse à celui des mouvements progressifs.
Reculez un peu pour la troisième [révérence] — Molière (1622-1673)
Les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte de leurs agréments, voudraient reculer vers la jeunesse — Montesquieu (1689-1755)
Il se dit des armes à feu que l'explosion fait aller en arrière. Un canon recule par l'effet de la réaction égale à l'action.
Se retirer en arrière. Il ne recule jamais, on ne l'a jamais vu reculer, se dit d'un homme très brave. Cela se dit aussi de celui qui soutient son opinion avec fermeté. On dit dans le même sens : Il aimerait mieux se faire hacher en pièces, que de reculer.
Pourrait-on reculer en combattant sous vous ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Ah ! coquin ! ah ! canaille ! vous en voulez par là !... soutenez, marauds ; soutenez.... comment, vous reculez ! — Molière (1622-1673)
Fig. Renoncer, céder, en parlant des personnes. Reculer pour mieux sauter, temporiser pour mieux prendre ses avantages. Il a reculé pour mieux sauter, il a sacrifié un petit avantage présent pour en obtenir plus tard un beaucoup plus grand. Cela se dit aussi quand, après un mauvais succès, on en obtient un signalé ; et, en sens inverse, quand on évite un petit inconvénient pour tomber dans un plus grand.
J'accepte la proposition, et ne suis point personne à reculer lorsqu'on m'attaque d'amitié — Molière (1622-1673)
Vous reculez, lui dis-je en l'interrompant, vous reculez, mon père : vous abandonnez le principe général — Pascal (1623-1662)
Il se dit des choses qui ne réussissent pas. Ses affaires reculent au lieu d'avancer.
Être ajourné.
Le baptême de M. le duc de Chartres recule ; et je ne puis partir qu'il ne soit fait — Mme de Maintenon (1635-1719)
Perdre l'avance qu'on avait. La civilisation recula dans ce pays sous la domination des conquérants étrangers.
Qui n'avance pas dans les voies de Dieu recule — Massillon (1663-1742)
Les Espagnols avancent quand nous reculons ; ils ont fait plus de progrès en deux ans que nous n'en avons fait en vingt — Voltaire (1694-1778)
Aller plus loin, s'écarter.
L'homme a fait reculer peu à peu les bêtes féroces, il a purgé la terre de ces animaux gigantesques.... — Buffon (1707-1788)
Différer, éviter de faire. On le presse d'agir, il recule toujours. Il recula devant une proposition si hardie. Reculer à, ne pas se soumettre à, craindre de. Il ne recule à rien, il n'est aucun travail qu'il n'accepte. La Fontaine a dit dans ce sens : reculer de. Il n'y a plus moyen de reculer, il n'y a plus à reculer, on ne peut plus échapper, différer. Reculer trop loin à, trop différer.
Hé bien ! oui, puis qu'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point — Molière (1622-1673)
Comme je l'avais sur moi, et qu'apparemment je reculais à l'ôter, n'y a-t-il plus rien à mettre, disais-je, est-ce là tout ? — Marivaux (1688-1763)
Se reculer, v. réfl. Aller en arrière, s'écarter.
Et pour la décevoir, il use d'une feinte, Se recule en passant, et se laisse frapper — Jean Mairet (1604-1686)
Les premiers jours, il fallait voir comme elle se reculait d'auprès de moi, et puis elle reculait plus doucement, et puis petit à petit elle ne reculait plus — Marivaux (1688-1763)
Être différé.
C'est toujours dans cette vue de vous plaire que je me conserve et que j'ai soin de moi, étant très persuadée que l'heure de ma mort ne se peut ni avancer, ni reculer — Mme de Sévigné (1626-1696)
Le retour du roi se recule toujours — Mme de Sévigné (1626-1696)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).