v. a.
Prendre ce qui est donné, présenté, offert. Recevoir un don, un legs, des étrennes, l'aumône. Absolument. En termes juridiques, être l'objet d'une libéralité. Terme de turf. Recevoir une certaine quantité de livres, se dit d'un cheval auquel son rival rend cette quantité, en ce sens que celui-ci court avec une plus forte charge que celui-là.
En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela — Molière (1622-1673)
Tiens, reçois ce billet a tous trois si fatal — Voltaire (1694-1778)
Prendre ce qui est dû, en être payé. Recevoir de l'argent, une indemnité, une rente, un payement. Recevoir le prix d'un travail, un salaire, des honoraires. Absolument.
Les médecins reçoivent pour leurs visites ce qu'on leur donne — La Bruyère (1645-1696)
Il [Lalli] ne demanda jamais au trésor de ce conseil [de Pondichéri] le payement de ses appointements de général ; il comptait le recevoir à Paris, et il n'y reçut que la mort — Voltaire (1694-1778)
Prendre ce qui est délivré, fourni, procuré. Les soldats ont reçu des vivres pour trois jours. L'armée a reçu des recrues, des renforts.
Prendre ce qui est envoyé, adressé. Recevoir des lettres, un placet, des renseignements. On dit de même : recevoir un courrier, un message, un parlementaire, un ambassadeur, des députés. Il se dit aussi de communications faites de vive voix. Il a reçu de l'oracle cette réponse. J'ai reçu du ministre l'ordre de....
L'envie continuelle que j'ai de recevoir de vos lettres — Mme de Sévigné (1626-1696)
On reçoit donc ici quelquefois des nouvelles ; Les dernières, monsieur, les sait-on ? — Gresset (1709-1777)
Il se dit les biens qui arrivent, des grâces qui sont faites. Les avantages qu'il a reçus de la nature. Recevoir le prix de ses services.
Il vaut mieux n'avoir point besoin de grâce que d'en recevoir — Pierre Corneille (1606-1684)
Oui, l'honneur que reçoit la vôtre [famille] par ce choix En pouvait à bon titre immortaliser trois — Pierre Corneille (1606-1684)
Il se dit de même de ce qui arrive de fâcheux, de ce qu'on subit. Recevoir une tuile sur la tête, un coup d'épée dans le entre. Recevoir un mauvais accueil. Recevoir la mort, mourir, être tué.
Après les pertes qu'il avait reçues — Vaugelas (1585-1650)
De tous les maux qu'Alexandre reçut en sa vie — Vaugelas (1585-1650)
Être investi de. Recevoir le bâton de maréchal de France, le chapeau de cardinal, la croix d'honneur, etc. Être nommé maréchal de France, cardinal, membre de la Légion d'honneur, etc.
Afin que cette autorité que Dieu leur a donnée [aux princes] ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils l'ont reçue — Pascal (1623-1662)
Recevez par cette lettre un pouvoir absolu sur tout le sérail — Montesquieu (1689-1755)
Recevoir, en parlant de ce qui est transmis, communiqué. Le maître dont il reçoit les leçons. La Germanie conquise par Charlemagne reçut le christianisme. Cet enfant reçoit une bonne éducation, une mauvaise éducation.
Avec toute sa sévérité, cette morale subsiste toujours telle que nous l'avons reçue, et toujours elle subsistera — Bourdaloue (1632-1704)
Un jeune homme, toujours bouillant en ses caprices, Est prompt à recevoir l'impression des vices — Boileau (1636-1711)
Il se dit des sacrements administrés. Recevoir le baptême, la confirmation, les ordres, etc. Ce malade a reçu tous ses sacrements, on lui a administré, vu qu'il était en danger de mort, les sacrements de la pénitence, de l'eucharistie et de l'extrême-onction. Recevoir le corps et le sang de Jésus Christ, communier.
Mais, pour en recevoir le sacré caractère [du baptême] Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire.... — Pierre Corneille (1606-1684)
Qu'elle nous parut au-dessus de ces lâches chrétiens qui s'imaginent avancer leur mort quand ils préparent leur confession, qui ne reçoivent les saints sacrements que par force.... — Bossuet (1627-1704)
Recevoir, en parlant des choses qui éprouvent quelque action au sens physique. La terre reçoit les influences du ciel. Le miroir reçoit les images des objets. Il se dit de même au sens figuré. Cet ouvrage a reçu de grandes modifications. Ma maison recevra quelques embellissements. Le ministère reçut une nouvelle organisation. Recevoir l'impulsion, le mouvement. Ce passage peut recevoir divers sens. Recevoir un nom, une dénomination, être nommé, dénommé. Les plantes reçoivent quelquefois leur nom botanique de celui qui les a décrites le premier.
Si le fer est mou et, par conséquent, susceptible de recevoir plus promptement le magnétisme — Buffon (1707-1788)
Assurément ; cela ne reçoit point de contradiction — Molière (1622-1673)
Faire venir de, tirer, emprunter. Cette maison ne reçoit ses jours que de la rue. La lune reçoit sa lumière du soleil. Il reçoit son vin du Bordelais.
Vous avez vu quelle lumière, quelle grâce et quelle force une pensée reçoit d'une pensée qui lui ressemble ; il s'agit actuellement de considérer ce qu'elle reçoit d'une pensée qui lui est opposée — CONDIL.
Il se dit des choses qui recueillent, contiennent ce qui coule, ce qui vient aboutir, se rendre. Un égout central qui reçoit toutes les immondices de la ville. Ce port reçoit beaucoup de bâtiments. La citerne reçoit les eaux qui proviennent du toit.
C'est un gouffre, c'est une mer qui reçoit les eaux des fleuves, et qui ne les rend pas — La Bruyère (1645-1696)
Une ville forte [Smolensk] pour appuyer et partager ses efforts [du général russe], cette ville et un fleuve pour recevoir et couvrir ses débris, s'il était vaincu — Philippe-Paul de Ségur (1780-1873)
Il se dit des personnes qui prennent dans leurs mains, recueillent, retiennent Recevoir le sang d'une saignée dans une poêlette. Le chien reçoit adroitement dans sa gueule ce qu'on lui jette. Je recevrai de la main droite la balle que vous me jetez. Il tombait blessé d'un coup de feu, ses soldats le reçurent dans leurs bras. Recevoir un enfant à sa naissance, le prendre au moment où il vient au monde. Elle était là au moment des couches de sa sœur et reçut l'enfant. Fig. Recevoir les derniers soupirs de quelqu'un, l'assister à sa mort.
Cet ange protecteur, Cet invisible ami veille autour de son cœur, L'inspire, le conduit, le relève s'il tombe, Le reçoit au berceau, l'accompagne à la tombe — Lamartine (1790-1869)
Il se dit de ce qui est confié. Il a nié le dépôt qu'il avait reçu. Recevoir déclaration sous le sceau du secret. Recevoir les dernières volontés de quelqu'un.
Terme de guerre. Recevoir le mot d'ordre, prendre le mot d'ordre, ou, en sens inverse, se faire dire le mot d'ordre par ceux de qui on est en droit de l'exiger.
Agréer, accepter. Les offres ont été reçues. On ne voulut pas recevoir ses excuses. Il se dit de garanties, de paroles, d'écrits qui sont donnés pour servir d'assurance, de gage. Il a reçu parole de lui. Il a reçu ma foi.
D'ici au mois de septembre, je ne puis recevoir aucune pensée de sortir de ce pays [Bretagne] — Mme de Sévigné (1626-1696)
Réservez-vous [ô Dieu], dans les temps marqués par votre prédestination éternelle, de secrets retours [dans le catholicisme] à l'État et à la maison d'Angleterre ? quoi qu'il en soit, recevez-en aujourd'hui les bienheureuses prémices en la personne de cette princesse — Bossuet (1627-1704)
Faire accueil aux choses. Le public ne voulut pas recevoir la nouvelle doctrine. Bien recevoir, mal recevoir, approuver, désapprouver.
L'amour qu'ils ont pour la vie leur fait recevoir favorablement tout ce qui contribue à la conserver — Pascal (1623-1662)
Cette petite licence n'a pas été bien reçue — Mme de Sévigné (1626-1696)
Prendre en un sens ou en l'autre.
Je ne sais comment vous aurez reçu la perte de vos lettres ; je voudrais bien que vous l'eussiez prise comme il faut — Pascal (1623-1662)
Tout ce qui viendra de vous sera reçu comme une guerre, ou feinte ou déclarée — Fénelon (1651-1715)
Reconnaître comme vrai, comme valable.
Le premier [précepte] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle — Descartes (1596-1650)
Que, pour toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les ôter, afin d'y en remettre.... — Descartes (1596-1650)
Il se dit des ordres, des missions, etc. Il reçut l'ordre de partir. Recevoir la loi, obéir. Les Gaulois, vaincus par Rome, reçurent la loi. Recevoir les ordres de quelqu'un, être soumis à ses volontés. Je n'ai point d'ordre à recevoir de vous. Recevoir les ordres de quelqu'un, signifie aussi s'informer auprès de lui de ce qu'on peut faire qui lui soit agréable. Avant de partir j'irai recevoir vos ordres.
Ce commandement [ne pas tuer] a été imposé aux hommes dans tous les temps ; le Décalogue n'a fait que renouveler celui que les hommes avalent reçu de Dieu avant la loi, en la personne de Noé — Pascal (1623-1662)
Peut-être en recevant sa mission, et se mettant en devoir de l'exercer, avait-on dit comme l'apôtre.... — Bourdaloue (1632-1704)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).