Littré (1873) — entrée 1
v. a.
Il se conjugue comme payer. Faire des raies. Rayer de la vaisselle en la nettoyant. Rayer du papier avec le crayon pour écrire droit. Terme de vénerie. Rayer les voies d'une bête, faire une raie derrière l'empreinte du talon d'une bête, pour l'indiquer aux chasseurs. Terme d'artillerie. Faire des rayures dans un canon, dans un fusil.
Certaines variétés de pyroxène qui ont si peu de dureté qu'elles se laissent souvent rayer par l'ongle — BEUDANT
Effacer, à l'aide d'une raie qu'on passe sur l'écriture. Fig. Fig. Rayez un tel, cela de vos papiers, de vos registres, ne comptez pas sur un tel, sur cela. On lui a rayé sa pension, on l'a supprimée.
Il a été rayé de dessus l'état de la maison du roi — Mme de Sévigné (1626-1696)
Babouc, après avoir rêvé [sur le cas d'un marchand qui vendait sa marchandise trop cher], le raya de ses tablettes [où il l'avait inscrit comme condamné] — Voltaire (1694-1778)
Compter comme nul.
Tout ce que je pus faire, c'est de rayer ce discours [un propos imprudent de Ch. de Sévigné tenu à Gourville] de sur les tablettes de Gourville — Mme de Sévigné (1626-1696)
Il faut rayer ce grand exemple [Saül et David], par lequel M. Jurieu a voulu montrer indéfiniment que le peuple fait les rois — Bossuet (1627-1704)
Étymologie : Berry, rayer, rayonner, rayée de soleil ; provenç. rajar, raiar, rayar ; esp. radiar ; ital. radiare ; du lat. radiare, de radius, rayon (voy. RAIS). Rayer a signifié donner un rayon, faire comme un rayon de liquide et par conséquent couler, tracer un rayon, et de là une raie, rayer.
Historique : XIe s. Li sans touz clairs parmi le cor lui raie [coule] XIIIe s. Li san li raioit par andeus les costés [par les deux côtés], et estoit navrés en deux lius Fille, à Dieu [je] vous commant, par qui li soleus raie [rayonne] Oies noires qui sont raïes d'autre color Li articles qui est royés Briefment, que vous en conteroie ? Autre soleil leans ne roie Que cil charboucles [escarboucle] flamboians Il n'afiert pas à clerc, qu'il veste robe roiée XIVe s. Que mestier d'œuvre rayez estoit plus soutis [subtil] que le mestier de lanure planive, et que celuy qui bien sçavoit faire rayez sçavoit bien fair…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).