rage
nom, féminin · /ʁaʒə/
Usage : fréquent (31 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Médecine. Maladie virale grave transmise notamment par la morsure d'un animal infecté.
Le chien a été vacciné contre la rage.
Colère violente et incontrôlée qui pousse à des excès.
Il a claqué la porte dans un accès de rage.
« La colère dans l'âme, et le feu dans les yeux, Il distilla sa rage en ces tristes adieux »Boileau (1636-1711)
« Télémaque.... sortit en frémissant de rage »Fénelon (1651-1715)
Douleur physique très intense et difficile à supporter.
Il a passé la nuit avec une rage de dents.
Désir excessif et passionné de faire ou d'obtenir quelque chose.
Elle a la rage de gagner et ne lâche jamais.
Synonyme : passion.
« J'aime surtout les vers, cette langue immortelle, C'est peut-être un blasphème, et je le dis tout bas : Mais je l'aime à la rage »Alfred de Musset (1810-1857)
« Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage ; Mais, malgré vos défauts, je vous aime à la rage »Destouches (1680-1754)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : être fou de rage · faire rage · patience et longueur de temps font plus que force ni que rage · qui veut noyer son chien l'accuse de la rage · rage de dents · vert de rage
Grammaire et formes (2)
- rages : pluriel · /ʁaʒə/
- rage : singulier · /ʁaʒə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 4 sens
s. f.
Terme de médecine. Maladie particulière au genre chien, qui se caractérise par le désir de mordre, des accès de fureur et une salive propre à inoculer la maladie. L'horreur des liquides n'est pas constante dans la rage. La rage inoculée à l'homme par une morsure ne se guérit, quoi qu'on dise, par aucun remède, sinon par la cautérisation pratiquée aussitôt. Rage blanche, celle où le chien écume et mord. Rage mue, voy. MUE 2.
On n'est pas toujours attaqué de la rage ou de la peste ; il suffit souvent qu'un ministre d'État enragé ait mordu un autre ministre, pour que la rage se communique dans trois mois à quatre ou cinq cent mille hommesVoltaire (1694-1778)
Mais parlons de cette sagesse qui me paraît une folie mue, comme une rage mue ; c'est un fond de rage muette, un chien ne paraît point enragé, il semble qu'il soit sage, et cependant il est profondément dévoré de cette rageMme de Sévigné (1626-1696)
Par exagération. Douleur violente. Avoir une rage de dents.
L'ivrogne et le gourmand recevront leurs supplices Du souvenir amer de leurs chères délices ; Et ces repas traînés jusques au lendemain Mêleront leur idée aux rages de la faimPierre Corneille (1606-1684)
Violent transport de colère, de dépit, de cruauté. De rage, par rage. Fig. et familièrement. Faire rage, faire un grand désordre. Les soldats ont été chez lui, et y ont fait rage. Faire rage contre, assaillir violemment. En un autre sens, faire rage, se signaler, faire des prouesses, en bien comme en mal. On a dit aussi faire des rages. Dire rage de quelqu'un, en dire tout le mal possible. On trouve aussi dire des rages. Rages au pluriel. Rage pourrait, dans l'occasion, se dire encore très bien au pluriel.
Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en ragePierre Corneille (1606-1684)
Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rageLa Fontaine (1621-1695)
Fig. Goût excessif, penchant outré. Fig. et familièrement. Aimer à la rage, jusqu'à la rage, aimer avec excès. À la rage, se dit aussi d'autres sentiments violents. Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage, ou qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, voy. CHIEN.
Si vous êtes au-dessus de la rage de la bassette, si vous vous possédez vous-mêmesMme de Sévigné (1626-1696)
Sans mentir, l'avarice est une étrange rageBoileau (1636-1711)
Étymologie : Bourg. raige ; provenç. rabia, ratje ; espagn. rabia ; ital. rabbia ; du lat. rabies, qu'on rattache à la racine sanscrite rabh, agir violemment, désirer. Palsgrave, p. 9, dit que raige se prononce par exception rage.
Historique : XIe s. Al cors vus est entrée mortel rage XIIe s. Par Deu, seigneur, fait-il, moult pensa grant folage, Qui à Charle loa tel conseil et tel rage XIIIe s. Quant cele rage m'ot si pris, Dont maint ont esté entrepris Dous-Pensers ainsinc assouage [soulage] Les dolors d'Amors et la rage XIVe s. Qui le chien veult ochirre, tuer et mehaingnier, La rage le met seure ; se le fiert d'un levier S'il avenoit que aucun qui eust fait testament se mist à mort par desespoir, par rage de chef, par maladie.... XVe s. Et lors il est plus que martir ; Car son mal vault trop pis que raige XVIe s. On nous dit que …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 8 sens
n. f.
T. de Médecine — Maladie dont sont affectés les chiens, plus rarement les loups et les chats, et qui peut se communiquer aux autres animaux et même à l’homme; elle est caractérisée par le besoin de mordre, par des convulsions et par une salivation propre à inoculer la maladie. écumer de rage. On ne connaissait pas de remède contre la rage avant la découverte de Pasteur. Cette maladie se nomme aussi Hydrophobie.
Rage blanche, La rage ordinaire, où le chien enragé écume et mord. Rage mue, La rage où l’animal atteint de cette maladie écume sans mordre ni aboyer.
Prov. et fig., Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage, On trouve aisément un prétexte quand on veut quereller ou perdre quelqu’un. On dit aussi : Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.
Par exagération, Rage de dents, Crise douloureuse d’un mal de dents.
RAGE signifie au figuré Violent transport de dépit, de colère, de haine, de cruauté, etc. Exercer sa rage contre quelqu’un. Assouvir sa rage. Satisfaire sa rage. Ce discours a excité, a rallumé sa rage. Il a la rage dans le coeur. Il écume de rage. Il a eu un violent accès de rage. Il a passé sa rage sur le premier venu. Il était au comble de la rage. Il étouffait de rage. Sa rage s’est calmée, s’est apaisée.
Il se dit aussi, figurément et familièrement, d’une Violente passion, d’un penchant outré, d’un goût excessif. Cet homme a la rage du jeu. Il a la rage de parler. Il a la rage d’écrire, de faire des vers.
Fig., Faire rage, Faire des efforts extraordinaires, faire tout son possible, se signaler en quelque chose; il se dit en bien et en mal. L’avocat en plaidant a fait rage contre la partie adverse.
Il se dit surtout, figurément, des Choses. Le vent, la tempête fait rage. La bataille, l’émeute faisait rage.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
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