quitte
adjectif, /kitə/
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (3 sens) — Académie 1935 (7 sens)
Littré (1873)
adj.
Qui ne doit plus rien, qui s'est libéré de sa dette, en parlant des personnes. Fig. Fig. Il en mourra quitte, signifie qu'on se vengera tôt ou tard de l'offense faite. Quitte se dit aussi des immeubles. Un domaine franc et quitte de toutes dettes et hypothèques. Fig. Être quitte envers quelqu'un ou envers quelque obligation morale, s'être acquitté de ce qu'exigeait le devoir, la reconnaissance. Il s'est dit aussi des obligations accomplies, satisfaites. Fig. Tenir quitte, dispenser. Ironiquement, je l'en tiens quitte, se dit de quelqu'un dont les services ou les politesses sont à charge ou suspects.
On croit que Monsieur le Prince n'en sera pas quitte pour quarante mille écus — Mme de Sévigné (1626-1696)
Ce nouveau magistrat proposa une loi qui déclarait les débiteurs quittes de leurs dettes en payant à leurs créanciers la quatrième partie du principal — Vertot (1655-1735)
Délivré, débarrassé. Être quitte pour, en être quitte pour, n'avoir à souffrir, à supporter que.... pour. Absolument et familièrement, quitte pour, quitte à, à charge de. Quitte pour être grondé. Quitte à être grondé.
Te voilà donc bientôt quitte d'un grand souci ? — Pierre Corneille (1606-1684)
Prétendez-vous.... en demeurer quitte à si bon marché ? — La Fontaine (1621-1695)
Adverbialement. Terme de jeu. Jouer à quitte ou à double, jouer à quitte ou double, jouer quitte ou double, jouer une dernière partie par laquelle celui qui a déjà perdu sera acquitté ou payera double. Absolument. Dans le même sens, quitte ou double. Fig. Jouer à quitte ou à double, à quitte ou double, et, plus ordinairement aujourd'hui, jouer quitte ou double, risquer tout. Être quitte à quitte, ne se devoir plus rien de part et d'autre, au jeu, dans les affaires, dans les comptes. Nous sommes quitte à quitte. Nous voilà quitte à quitte. Fig. Faire quitte à quitte, être quitte à quitte, ou, absolument, quitte à quitte, se rendre la pareille, s'être rendu la pareille. Fig. Nous voilà quitte à quitte, se dit lorsqu'on a reçu quelque déplaisir de quelqu'un, et qu'on lui a rendu la pareille. On dit dans le même sens : partant quitte. Voilà l'argent que vous m'avez prêté, partant quitte. Quitte à quitte et bons amis.
Ce remède se peut mettre en comparaison avec la poudre du bonhomme ; il est même un peu violent, mais aussi on joue à quitte ou à double — Mme de Sévigné (1626-1696)
Vendôme, à qui deux assauts avaient déjà mal réussi, joua à quitte ou à double, et ordonna un troisième assaut — Saint-Simon (1675-1755)
Étymologie : Provenç. quiti ; catal. quiti ; espagn. quito ; ital. quite ; du lat. quietus, tranquille (voy. COI), et, par extension, quitte. C'est de la même façon que le lat. pacare, apaiser, a signifié payer.
Historique : XIe s. Bien sont asouz, quites de lur pecchez XIIe s. De mil souspirs que je li doi par dete [elle] Ne m'en veut pas un seul quite clamer XIIIe s. Dis et soulas et joie m'ont bien clamée quite Ainçois le [ton cœur] donne en don tout quite, Si en auras greignor [plus grand] merite Et après ce il n'est pas quites de l'amende, porce qu'il a enfreint l'establissement Lors puet savoir qu'il a boen hoste, Et lors resoit il son merite, Que Dieux et il sunt quite et quite Si tost comme le paiement fu fait, le roy nous dit que des ore mais estoit son serement quites, et que nous nous partissions de là …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Académie française, 8e édition (1935)
adj. des deux genres
Qui est libéré de ce qu’il devait, qui ne doit plus rien. Reçu tant, payé tant, et partant quitte. Je suis quitte envers vous. Je vous tiens quitte de ce que vous pouvez me devoir. Il m’a vendu ce bien franc et quitte de toutes dettes et hypothèques. Nous sommes quittes.
Par extension, être quitte envers quelqu’un, S’être acquitté envers lui de ce qu’exigeait la reconnaissance. Il m’avait rendu de grands services, mais je lui en ai rendu d’au moins équivalents : je suis quitte envers lui.
Ironiquement, Je l’en tiens quitte, se dit en parlant de Quelqu’un dont les services sont à charge ou suspects, et signifie Je l’en dispense.
Jouer à quitte ou double et plus ordinairement Jouer quitte ou double, Jouer une dernière partie qui doit acquitter celui qui a déjà perdu, ou doubler le gain de celui qui a déjà gagné. On dit absolument, dans le même sens : Quitte ou double.
être quitte à quitte, au jeu, dans les affaires, dans les comptes que l’on se rend les uns aux autres, Ne se devoir plus rien de part ni d’autre. Nous voilà quitte à quitte. Nous sommes quitte à quitte.
QUITTE signifie aussi Qui est délivré, débarrassé de quelque chose. Me voilà quitte de la corvée, du compliment, de la visite que j’avais à faire. Il a un procès, une affaire fâcheuse, il voudrait en être quitte pour une dizaine de mille francs. Vous n’avez eu qu’un rhume : vous en êtes quitte à bon marché. On croyait qu’il perdrait sa place, mais il en a été quitte pour un blâme. Il a couru un grand danger, mais il en a été quitte pour la peur.
Il s’emploie quelquefois absolument dans le style familier et signifie Au risque de. Quitte à être grondé. Quitte à perdre ma place, j’agirai suivant ma conscience. Quitte à vous déplaire, je vous dirai que...
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.
Grammaire et formes (2)
- quittes — pluriel — /kitə/
- quitte — singulier — /kitə/
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