qui

qui

pronom, /ki/

Témoignages historiques

Frise des témoins : Littré 1873 (25 sens) — Académie 1935 (8 sens)

Littré (1873)

  1. Il unit un substantif à une proposition subordonnée ; en cet emploi, il n'est jamais le régime direct d'un verbe, bien qu'il puisse être le régime d'une préposition. Les femmes qui vous parleront. Vos sœurs avec qui j'ai fait connaissance. Les roses qui fleurissent.

    Les médecins, sans qui on avait mis l'emplâtre, ne dirent point ce qu'ils en pensaient — Mme de Sévigné (1626-1696)

    L'amour avidement croit tout ce qui le flatte — Jean Racine (1639-1699)

  2. Qui, précédé d'une préposition ne s'emploie pas en parlant des choses. Ne dites pas : la chose de qui vous parlez, mais dont vous parlez ; l'exemple sur qui vous vous réglez, mais sur lequel. Cela ne s'applique pas aux cas où l'on personnifie un objet inanimé. On fait aussi une exception pour les animaux. On a conclu que l'usage permettait souvent à qui hors des personnes, surtout en parlant des animaux domestiques, comme : c'est un chien à qui elle fait mille caresses, Acad. Observ. sur Vaugel. p. 67, dans POUGENS. Cependant en poésie, on s'affranchit souvent de cette règle ; et même en prose, les auteurs du XVIIe siècle sont loin de l'observer.

    On ne dirait : le bâton sur qui je m'appuie, la plante à qui je crois le plus de vertu ; on dira ; le bâton sur lequel je m'appuie, la plante à laquelle je crois... — Abbé d'Olivet (1682-1768)

    La gloire à qui je me suis dévoué — Vaugelas (1585-1650)

  3. Qui, correspondant à nul, aucun, premier, second, dernier, etc. ou à personne, guère, rien, etc. veut au subjonctif le verbe de la proposition subordonnée. Cependant on peut aussi mettre l'indicatif ; c'est l'intention qui en décide : si l'idée est, comme plus haut, indécise, on se sert du subjonctif ; si elle est positive, affirmative, on se sert de l'indicatif. Ce livre est le dernier qu'il a fait contre ses adversaires.

    Il n'y a rien qui rafraîchisse le sang comme d'avoir su éviter de faire une sottise — La Bruyère (1645-1696)

    Il n'y a aucun de ses sujets qui ne hasardât sa propre vie pour conserver celle d'un si bon roi — Fénelon (1651-1715)

  4. Qui veut le verbe de la proposition subordonnée à la même personne que le nom ou le pronom auquel il se rapporte. Mais qui pouvant être considéré comme étant de la troisième personne, ce que font plusieurs langues, par exemple l'allemand, on a accordé, pour la personne, le verbe non avec le substantif, mais avec qui ainsi considéré. Cette construction est aujourd'hui complétement abandonnée, et c'est une faute de la suivre.

    N'accuse point mon sort, c'est toi seul qui l'as fait — Pierre Corneille (1606-1684)

    Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie, Lui qui gouverne l'univers, J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers — La Fontaine (1621-1695)

  5. Quand qui est précédé d'un substantif ou d'un adjectif tenant lieu d'un substantif, on peut mettre le verbe de la proposition subordonnée ou à la personne du sujet ou à la troisième personne. Je suis le premier qui ait fait cela ou qui aie fait cela. Vous êtes le seul qui connaisse ce sujet ou qui connaissiez ce sujet. C'est d'après cette construction que Bossuet, traduisant le mot de la Bible, a dit de Jéhovah : Je suis celui qui suis. Après : un homme comme vous, comme moi, on suit ou ne suit pas l'accord des personnes, suivant l'idée. J'en crois un homme comme vous qui a vu par ses yeux ou qui avez vu par vos yeux, suivant qu'on fait rapporter qui à vous ou à homme.

    Pour moi, je ne suis qu'un particulier qui ne me mêle de rien — Cardinal de Retz (1613-1679)

    De tels secrets je ne me pique, Comme homme simple et qui vit à l'antique — La Fontaine (1621-1695)

  6. Qui ne se peut rapporter à un nom qui n'a point d'article, quand le nom n'est pas susceptible de recevoir en ce cas le nombre pluriel. On ne peut dire : Il a fait cela par avarice, qui est capable de tout ; il faut dire : par avarice, passion qui est capable de tout. Il y a des phrases où le substantif, sans un article, peut recevoir après lui le qui conjonctif ; c'est quand le substantif y est susceptible de pluralité. Il agit en politique qui sait gouverner. Il est coupable de crimes qui méritent châtiment. Il n'y a homme qui ne sache cela. Une sorte de bois qui est fort dur. Ce sont gens habiles qui m'ont dit cela.

  7. La construction ordinaire veut que qui ne soit pas séparé de son antécédent ; quelquefois pourtant on les sépare ; en ces cas, ce sont le goût et l'oreille qui décident ; surtout il faut prendre garde à ne pas rendre obscure la phrase. Cette construction est moins bonne dans les exemples suivants.

    Et le fils dégénère, Qui survit un moment à l'honneur de son père — Pierre Corneille (1606-1684)

    Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure — La Fontaine (1621-1695)

  8. Qui se rapportant à un pronom qui ne le précède pas immédiatement. Le voici qui vient. Il est là qui fait le démon.

    Voilà monsieur, je l'entends qui monte — A. DUVAL

  9. Absolument, qui, en parlant des personnes, se dit pour celui qui, celle qui, ceux qui, celles qui. N'avoir qui..., n'avoir personne à. Dans cette construction, le membre qui a qui en tête peut se mettre par inversion après le verbe du membre de phrase principal. Qui, employé absolument, c'est-à-dire sans antécédent énoncé, est le sujet du verbe suivant ; le second verbe ne peut point avoir de sujet énoncé ; c'est cet antécédent sous-entendu qui en est le sujet. Ainsi ne dites pas : qui est fidèle à sa parole, il est estimé. Cependant dans le XVIIe siècle on ne craignait pas cette tournure. Qui se dit absolument aussi en parlant des choses. Voici qui me convient. Voilà qui vous plaira. Qui plus est. Qui pis est.

    Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage — Pierre Corneille (1606-1684)

    Qui creuse la fosse y tombera, et qui rompt la haie sera mordu du serpent — Lemaistre de Sacy (1613-1684)

  10. Quelquefois deux membres de phrase sont liés l'un et l'autre à une phrase principale par un pronom relatif, et l'un sert de déterminatif à l'autre. C'est l'homme qui porte un chapeau, qui a fait la commission.

    Il n'y a qu'une affliction qui dure, qui est celle de la perte des biens — La Bruyère (1645-1696)

  11. Qui, précédé d'une préposition, pris elliptiquement pour celui qui, ceux qui, celles qui. À qui exprime aussi la compétition, la rivalité.

    J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour — Pierre Corneille (1606-1684)

    Mais j'ai tort d'en parler à qui ne peut m'entendre — Pierre Corneille (1606-1684)

  12. On rencontre la locution plus.... plus..., jointe à un membre de phrase par un qui, lequel se trouve n'avoir point de verbe à lui en propre. C'est d'une façon analogue que Racine dit : Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon Achille préférât une fille sans nom, Qui de tout son destin ce qu'elle a pu comprendre, C'est qu'elle sort d'un sang.... Iph. II, 5.

    Si la répugnance qu'on a pour les devoirs était un titre d'exemption, où est le fidèle qui, plus il sentirait de corruption dans son cœur, plus il n'y trouvât sa justification et son innocence ? — Massillon (1663-1742)

    Ces exécrables mystères, dit-il [saint Léon], qui plus ils sont impurs plus on a soin de les cacher, sont communs aux manichéens et aux priscillianistes — Voltaire (1694-1778)

  13. Au XVIIe siècle, on pouvait faire rapporter qui à un participe pris absolument, de sorte que le membre de phrase subordonné continuait par un autre sujet que qui.

    On vit en eux [les apôtres] une véritable foi, et, dans cette foi, une véritable justice, qui étant l'ouvrage du Saint-Esprit, il s'ensuit qu'il donna au monde une parfaite conviction de la justice — Bossuet (1627-1704)

  14. Un des hommes qui ont.... ou qui a..., voy. UN.

  15. Qui pris substantivement. Les qui, les quand, les quoi.

    Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphthongue — Mathurin Régnier (1573-1613)

  16. Emploi archaïque de qui pour si l'on, si quelqu'un. Il est dommage que cette tournure vive et légère tombe en désuétude.

    Qui lui pourrait un peu tirer les vers du nez, Que nous verrions demain des gens bien étonnés ! — Pierre Corneille (1606-1684)

    Qui pourrait toutefois en détourner Lysandre, Ce serait le plus sûr — Pierre Corneille (1606-1684)

  17. Emploi archaïque de qui pour ce qui. Qui pour ce que dans une phrase dubitative.

    Elle y coupe la courbe à angles droits, qui est ce qu'il fallait faire — Descartes (1596-1650)

    Elle fut admonestée, qui est une très légère peine — Mme de Sévigné (1626-1696)

  18. Emploi archaïque de qui, avec un que antécédent, voy QUE 1, n° 8.

    Cette madame Quintin que nous disions qui vous ressemblait — Mme de Sévigné (1626-1696)

  19. Qui ni quoi, voy. QUOI.

  20. Qui que ce soit, qui que ce puisse être, etc. signifie quiconque, quelque personne que ce soit. Qui que ce soit qui ait fait cela, c'est un habile homme. À qui que ce soit que nous parlions, nous devons être polis. Qui que ce soit, avec la négation, signifie nul, nulle personne. Je n'y ai trouvé qui que ce soit. Je n'envie la fortune de qui que ce soit. On ne doit jamais mal parler de qui que ce soit en son absence.

    Mais comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis — Pierre Corneille (1606-1684)

Étymologie : Saintong. chi ; provenç. qui ; ital. chi ; du lat. qui ; goth. hvas. Dans l'ancienne langue, la règle est de mettre qui pour le sujet, et cui pour le régime ; mais, comme ces mots se prononçaient probablement de même, l'orthographe les confond souvent. Dans les plus anciens textes, on trouve une forme que, qued, employée avec les noms de chose, et qui répond au quod latin.

Historique : IXe s. Nul plaid, qui cist mon fradre Karle in damno sit Xe s. Qu'elle Deo raneiet [renie] chi maent [réside] sus en ciel Chi sil [si le] feent [font] eum faire lo deent [doivent]. XIe s. N'i ad castel ki devant lui remaigne Qui ce vous loe [conseille] que cest plait dejetun [repoussions] Ne lui chaut... Seit ki l'ocie, toute pais puis auriumes Et d'Apollin, cui [de qui] saintes leis [nous] tenons Qui donc oït Montjoie demander, De vasselage [vaillance] lui peüst remembrer Ki qu'el compert [paye], venu en sont ensemble [aux mains] Ki mult est las, il se dort contre terre Signur baron, qui i en…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).

Académie française, 8e édition (1935)

Pronom relatif des deux genres et des deux nombres

  1. Lequel, laquelle, lesquels, lesquelles. L’homme qui raisonne. La femme qui a soin de son ménage. Les livres qui traitent de cette matière. Les personnes qui m’ont parlé. Voici ce qui est arrivé. Il se rapporte quelquefois à un nom ou à un pronom qui ne le précède pas immédiatement. Le voici qui vient. Un homme est là qui est déjà venu. Je l’entendais qui parlait avec chaleur.

  2. Précédé d’une préposition, il ne s’emploie ordinairement qu’en parlant des Personnes. Celui, celle de qui je parle, à qui j’ai donné cela. Les gens à qui j’ai appris cette nouvelle, à qui j’ai dit votre affaire. Celui pour qui, contre qui je plaide. C’est vous à qui je parle. On dit plus ordinairement : C’est à vous que je parle. Il s’emploie aussi en parlant des Objets inanimés personnifiés. Rochers à qui je me plains. Il s’emploie également en parlant des Animaux. Un chien à qui elle fait mille caresses.

  3. Qui que ce soit, qui que ce puisse être, etc., Quiconque, quelque personne que ce soit, etc. Qui que ce soit, qui que ce puisse être qui ait fait cela, c’est un habile homme. Qui que ce soit qui vous l’ait dit, il s’est trompé. Quand il est employé avec la négative, il signifie Nul, aucune personne. Il n’y a qui que ce soit. Je n’y ai trouvé qui que ce soit.

  4. QUI se dit aussi, par ellipse, pour Celui qui, celle qui. Aimez qui vous aime. Je croirai qui vous voudrez. Vous trouverez à qui parler. Jouera qui voudra. On ne sait qui vit ni qui meurt. Qui observera les commandements de Dieu sera sauvé. C’est à qui l’aura. Quelqu’un est arrivé à l’improviste : devinez qui. J’ignore qui a fait cela. Il tient cela de je ne sais plus qui.

  5. à qui mieux mieux, à l’envi l’un de l’autre.

  6. QUI s’emploie aussi, par ellipse, pour Ce qui, en parlant des Choses. Voilà qui est beau. Voici qui me plaît. Qui plus est. Qui pis est.

  7. QUI est aussi pronom interrogatif et signifie Quel homme, quelle personne? Qui d’entre vous oserait? à qui pensez-vous parler? Avare, pour qui amassez-vous tant d’argent? Je connais un homme capable d’en prendre soin; et qui? me dit-il. Qui l’aurait cru? Qui vous l’a dit? Qui est là? Qui va là? Qui vive? Qui sont ceux qui prétendent à cette place? Qui demandez-vous? Qui a fait cela?

  8. QUI, répété, est distributif et signifie Ceux- ci... ceux-là, les uns... les autres. Qui d’un côté, qui de l’autre. Ils coururent aux armes et se saisirent qui d’une épée, qui d’une lance qui d’une hache.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935) — domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire.

Grammaire et formes (1)
  • qui — forme de base — /ki/

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée qui#51304.

qui

pronom

Grammaire et formes (1)
  • qui — forme de base

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR — entrée qui#172238.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.