quatre
numéral
Entrée attestée par un témoin historique — absente de la nomenclature contemporaine (Morphalou).
Témoignages historiques
Frise des témoins : Littré 1873 (19 sens)
Littré (1873)
adj. numéral des deux genres
Deux fois deux. Quatre au cent, les quatre unités que la coutume est d'ajouter à un cent que l'on vend. Cela est clair comme deux et deux font quatre, cela est évident. Terme de danse. En avant quatre, se dit, à la danse, de quatre danseurs, deux cavaliers et deux dames qui s'avancent au-devant les uns des autres. Terme de musique. Morceau à quatre mains, composé pour être exécuté par deux personnes sur un même piano. Tirer un criminel à quatre chevaux, écarteler un criminel, à l'aide de chevaux dont chacun est attaché à l'un de ses membres. Fig. et avec un jeu de mots. Être tiré à quatre épingles, être ajusté avec soin. Fig. Couper du fil en quatre, s'occuper de choses petites et futiles. Fig. Fendre un cheveu en quatre, être trop subtil. Fig. N'y pas aller par quatre chemins, voy. CHEMIN, n° 1. Les quatre épices, voy. ÉPICES. Quatre épices se dit aussi de la poudre du fruit du myrtus pimenta. Quatre-fleurs, voy. FLEURS. Vinaigre des quatre voleurs, voy. VINAIGRE. Les quatre fruits, voy. FRUITS. Les quatre jeux, espèce de jeu de cartes.
Je ferai venir contre Élam les quatre vents des quatre coins de la terre — Lemaistre de Sacy (1613-1684)
Nous sommes quatre à partager la proie — La Fontaine (1621-1695)
Il s'emploie quelquefois pour un petit nombre indéterminé.
À quatre pas d'ici je te le fais savoir — Pierre Corneille (1606-1684)
Parbleu, pour un moment laissez-nous en repos, Afin que nous puissions nous dire quatre mots — Hauteroche (1617-1707)
À quatre, quatre ensemble. Il faut le tenir à quatre, se dit d'un fou, d'un furieux qui ne peut être contenu que par les efforts de plusieurs personnes ; et aussi d'un homme qui se débat, qui fait une grande résistance. Fig. Il faut le tenir à quatre, on a de la peine à le contenir, à l'arrêter. Fig. Se tenir à quatre, faire un grand effort sur soi-même. Se faire tenir à quatre, opposer la plus vive résistance, le refus le plus déterminé. En un autre sens. Se faire tenir à quatre, faire le furieux et le méchant, et au fond ne l'être pas beaucoup témoigner en apparence qu'on se veut battre, et au fond n'en avoir pas grande envie.
Sur le pauvre arbre ils se mettent à quatre — La Fontaine (1621-1695)
Ce Frangipany se trouva si incapable de supporter la mort en public, qu'il le fallut traîner au supplice, et le tenir à quatre ; voilà justement tout comme je ferais — Mme de Sévigné (1626-1696)
Descendre, monter un escalier quatre à quatre, avec une grande vitesse (locution elliptique : quatre marches par quatre marches). Quatre à quatre et le reste en gros, se dit d'une chose faite à la hâte, sans grand examen.
Ce jeune monsieur qui était avec vous ? le voilà qui descend les montées quatre à quatre — Dancourt (1661-1725)
Fig. et familièrement. Comme quatre, beaucoup, excessivement. Comme les quatre chats, d'une façon très peu soignée.
....Non pas le moi d'ici, Mais le moi du logis qui frappe comme quatre — Molière (1622-1673)
Que j'aurai là une habile femme ! elle a de l'esprit comme quatre — Molière (1622-1673)
En quatre, de façon qu'il y ait quatre parties. Feuille pliée en quatre. Terme de marine. Cordage en quatre, dans le commettage duquel il entre quatre torons. Populairement et fig. Du fil en quatre, de la mauvaise eau-de-vie de cabaret, ainsi dite probablement parce qu'elle est forte comme est fort du fil en quatre, c'est-à-dire à quatre brins. Fig. Se mettre en quatre, voy. QUARTIER, n° 1.
Avoir la tête en quatre, l'avoir comme si elle était fendue en quatre, l'avoir extrêmement fatiguée.
Hélas ! je les ai lues [ces belles choses], quoique j'aie la tête en quatre — Mme de Sévigné (1626-1696)
Faire le diable à quatre, faire beaucoup de bruit, causer beaucoup de désordre (locution qui provient d'une représentation scénique du moyen âge qu'on appelait la grande diablerie à quatre personnages ; celle où il n'y en avait que deux se disait la petite diablerie). Il y a fait le diable à quatre, il s'est beaucoup tourmenté pour....
Courir les quatre coins et le milieu de la ville, faire bien du chemin pour quelque affaire.
Je suis excédé de fatigue, j'ai fait aujourd'hui les quatre coins de Paris, et j'ai vu, je crois, toute la terre — Diderot (1713-1784)
Marcher a quatre pattes, marcher sur les mains et les pieds.
Entre quatre yeux (prononcez entre quatre-z-yeux), tête à tête. Je lui dirai cela entre quatre yeux.
De quatre parties, loc. En totalité, tout à fait (locution vieillie).
Si les médecins n'avaient des soutanes et des mules, et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils n'auraient dupé le monde — Pascal (1623-1662)
Quatre pour quatrième. Henri Quatre (on écrit ordinairement Henri IV). La page quatre. Chapitre quatre.
S. m. Quatre multiplié par deux donne huit. On dit de même : le nombre quatre ou de quatre. Le quatre du mois, le quatrième jour du mois.
Il m'a parlé d'un peuple de Thrace tellement grossier qu'il ne peut compter au delà du nombre quatre — Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
La ville sera prise vers le quatre ou le cinq de ce mois — Mme de Maintenon (1635-1719)
Caractère qui marque en chiffre le nombre quatre. Le chiffre quatre. Un quatre de chiffre, un quatre en chiffre, ou, simplement, un quatre. Il ne prend point l's au pluriel. Quarante-quatre s'écrit par deux quatre. On dit de même : numéro quatre. Quatre de chiffre, piége pour prendre des rats, des souris, des oiseaux, etc. ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec un quatre chiffre.
Un poids de cinq livres posé sur un quatre de chiffre — Voltaire (1694-1778)
Terme de jeu. Le quatre, carte marquée de quatre cœurs, de quatre trèfles, etc. Il ne prend point d's au pluriel. J'ai tous les quatre dans mon jeu.
Face de dé marquée de quatre points.
Terme de généalogie. Être du cinq au quatre, voy. ÊTRE 1, n° 8.
Le quatre à la livre, variété de cerisier.
Étymologie : Wallon et bourguig. quate ; Berry, quat (t prononcé) ; provenç. quatre, catre ; espagn. cuatro ; ital. quattro ; du lat. quatuor ; comparez le grec τέσσαρες ou τέτταρες, l'éolien πίσυρες, le gothique fidvor, le persan tchehâr, le russe tchetire, le sanscrit catur.
Historique : XIe s. D'or et d'argent quatre cenz muls chargez XVe s. Mais on ne vous tient pas si saige Des quatre pars comme on souloit XVIe s. Mais, monseigneur, ce que demander j'ose, Des quatre pars n'est pas si grande chose La grande diablerie à quatre personnages estoit bien [le diable était] en ce que possible n'estoit longuement les reserver [les tripes]
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).
Source de l'entrée : Dictionnaire de la langue française (Littré), 1863-1873, licence CC-BY-SA-3.0 — entrée QUATRE.